TS
il aime encore, il remercie, il loue sans cesse le Dieu bon
qui l’éprouve et qui prépare à sa patience une récompense
immortelle!! »
Quoique le manuserit de eet ouvrage inédit soit de la main de Jean-Marie, on à pu reconnaître soit au début, soit à la fin, la touche de Félicité de La Mennais, comme on tronve aisément à toutes les pages son inspiration. Invoquer les philosophes contre eux-mêmes, prendre Bayle à parti, surtout mettre Jean-Jacques Rousseau à si large contribution, c’est affaire à Félicité. Nous touchons du doigt ici la place importante que le philosophe de Genève n’a pas cessé d'occuper dans l'esprit de celui qui s’en est nourri si longtemps, et surtout si jeune. Et c’est pourquoi ce travail philosophique, qui s’épanouira plus tard dans lEssai d’un système de philosophie catholique et dans l'Esquisse d’une philosophie, permet déjà de pressentir l’orientation de ses écrits.
IT
La Réponse aux objections des athées n'avait été pour les deux frères qu’un délassement des fatigues que l’enseignement leur imposait. Après une année de labeur écrasant, aux vacances, ils se retirent à la Chenaie pour y chercher le repos dont ils ont besoin. Mais le repos, pour eux, ne va pas sans les livres. Voilà done Félicité de La Mennais dans cet Enfer où, dix ans plus tôt, il avait puisé à pleines mains. 1] a, selon son habitude, apporté de Saint-Malo plusieurs registres, de ceux où, dans la maison de commerce de son père, il copiait soigneusement sa correspondance d’affaires. Il en choisit un. Avec ce soin minutieux qu'il doit à la fois à son hérédité paternelle et à son éducation commerciale, il inscrit de sa main, au verso de la couverture, la date : 25 août 1805. Les philosophes, comme autrefois, sont près de lui; et c’est à eux qu’il va s’en prendre. Il les choisit sur les rayons, les meilleurs, les plus audacieusement emportés contre la religion, Raynal, Diderot, Vauvenargues, d’Alembert, et même un écrit anonyme en deux volumes intitulé : le Bon Sens puisé dans
1. Inédit. Arch. des Frères, dossier I, n° 685, $ IX, pp. 35-86.
MARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais. 7
la nature, suivi du testament du curé Meslier. Il en connaît l’auteur; c’est d'Holbach. Tous parleront pour la foi : Félicité de La Mennais en a fait la gageure ; il la tiendra. Il ouvre son cahier, et pendant une vingtaine de jours, au courant de ses lectures, il réunit sous ce titre superbement calligraphié :
Témoignages des philosophes modernes en faveur de la religion chrétienne !,
des fragments bien choisis pour mettre en vive lumière les vertus incomparables de ce qu'ils ont tant combattu.
Le recueil porte en exergue cette devise qui en annonce les intentions : Mentita est iniquitas sibi (Ps.). L’iniquité s’est démentie. Ces 70 pages si soigneusement rédigées sont probablement destinées à l'impression : elles commenceront sans doute une collection d’apologétique chrétienne.
Le choix des textes est tout à fait remarquable. Les uns sont dirigés contre les protestants ei le sens propre : Raynal approuve les théologiens catholiques d’avoir montré que de tout temps les Ecritures diversement entendues ont donné naissance aux opinions les plus extravagantes et les plus impies, et que le sentiment intérieur pris pour interprète de la révélation permet de soutenir les dogmes les plus contradictoires?; il avoue qu’« on voit moins dans la Réforme l'ouvrage de la raison que de la passion 3», et surtout 1l montre que « par une impulsion fondée dans la nature même des religions, le catholicisme tend sans cesse au protestantisme, le protestantisme au socinianisme, le socinianisme au déisme, le déisme au septicisme #». Les anabaptistes sont sortis du luthéranisme, et qu’était-ce que cette religion nouvelle, sinon une révolte du fanatisme destinée seulement à secouer le joug de l'Eglise et de l'Etat par la chimère de l'égalité de fait, qui ne peut jamais produire que du brigandage et des crimes ? ?
Voilà maintenant Diderot qui bataille contre le scepti-