Ms. autographe et inédit
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«J'ai dit assez d’absurdités dans ma vie pour m'y connaître !. » Le plus curieux, cette fois, c’est que Jean-Jacques Rousseau pässe au nombre des philosophes contre lesquels il s’est élevé lui-même avec tant d’ardeur.Les onze premières pages du cahier reproduisent les diatribes violentes de Diderot contre Jean- Jacques. Diderot déclare qu’il s’est laissé tromper dix-sept ans par un sophisteet un fourbe : « Jettez loin de vous son infâme libelle (es Confessions). Détestez l’ingrat qui dit du mal de son bienfaiteur; détestez l’homme atroce qui ne balance pas à noircir ses anciens amis; détestez le lâche qui laisse sur sa tombe la révélation des secrets qui lui ont été conliés, ou qu'il a surpris de son vivant? » Il continue sur ce ton, et sans se lasser, à flétrir Jean-Jacques Rousseau « que ses plus ardents défenseurs n’absoudraient de méchanceté qu’en accusant de folie 3». Comment Diderot s’y tromperait-1l ? « Ce qu'il a écrit à M. de Malesherbes, déclare-t-il, il me l’a dit vingt fois : « Je me sens le cœur ingrat; je hais les bienfaiteurs, parce que le bienfait exige de la reconnaissance, que la reconnaissance est un devoir, et que le devoir m'est insupportable#... » Il lui conteste même son originalité d'écrivain, et signale âprement ses contradictions, ses plagiats : « Il serait aisé de prouver qu'il doit à Sénèque, à Plutarque, à Montaigne, à Locke et à Sidney la plupart des idées philosophiques et des principes de morale et de politique qu'on a le plus loués dans ses écrits 5... » J'en passe et des meilleurs. La Mettrie, « auteur sans jugement», Montesquieu, qui ne savait pas le grec et se trompait grossièrement dans tout ce qu'il disait de la République d'Athènes, Mably, auteur superficiel, écrivant sur ce qu’il ne connait pas $, Marmontel, intéressé, flatteur, faux, lent, long, lourd dans la conversation®, ne sont pas davantage épargnés. La verve satirique de Kélicité de La Mennais s'exerce ici, dans le simple rapprochement des textes qui
. Les Philosophes modernes, etc., p. 1.
. Ibid, pp. 1-2.
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. Joid., p.56:
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. Ibid., p. 18.
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- mettent en lumière à la fois l’ orgueil et la bassesse philosophiques.
La rentrée des classes, qui survint en octobre, mit fin à ces distractions. Il fallut se remettre à la tâche : le collège et la paroisse occupèrent de nouveau Jean-Marie et Félicité. Mais aux fatigues qu'ils s’imposaient ainsi, vint s’ajouter bientôt la cruelle douleur que leur causa la mort de leur frère aîné Louis- Marie : il mourut le 17 décembre 1805, à 29 ans !, emporté | par une maladie de poitrine.
Ce malheur acheva d’altérer la santé des deux frères déjà compromise par les fatigues du travail et de l’enseignement. Jean-Marie souffrait de à poitrine, Félicité de troubles nerveux accompagnés d’oppression et d’inflammation. Sur le conseil du médecin, dans les derniers jours de décembre 1805,
ils retournent à la Chenaiïe. [ls y passent un mois environ, et cherchent une diversion à leur peine dans le travail et dans l'étude.
Une trace de leurs recherches subsiste dans la lettre importante que Félicité de La Mennais adresse le 11 janvier 1806 au baron de Sainte-Croix ?, l’auteur de l’Examen crilique des historiens d'Alexandre *. Le baron de Sainte-Croix avait formulé ce principe de critique historique : il ne faut pas se régler sur la vraisemblance des faits pour rejeter ceux qui sont attestés par des témoignages dignes de foi. Et cependant, il avait rejeté comme invraisemblable le miracle de Typase, attesté par Procope et par cinq autres témoins oculaires. [ls rapportaient tous que des chrétiens à qui Hunerice, en 484, avait fait arracher la langue, avaient cependant recouvré l’usage de la parole. Félicité de La Mennais lui reproche d’avoir ainsi manqué aux exigences de la méthode qu'il avait lui-même formulée. Objection importante à noter au passage, puisqu'elle nous montre, dès cette époque, Félicité de La Mennais réfléchissant sur la méthode historique, et plaçant l'autorité du témoignage qui établit un fait bien
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1. Mairie de Saint-Malo. Élat civil, années 1805-1806, fol. 16. Acte de décès de Louis-Marie Robert, âgé de 29 ans, célibataire, négociant, fils de Pierre-Louis Robert de La Mennais, domicilié à Saint-Malo, âgé de 61 ans.
2. Rev. d’Hist. litt. de la France, avril-juin 1899, pp. 271-276.