Témoignages, p
4. Un examen superficiel laisserait croire qu'il l'a croisé, mais n’a pas eu commerce avec lui. On supposerait alors que dans ses extraits sur je hasard et sur l’ordre de la nature, Lamennais ne retient que ce qui peut favoriser une conception finaliste de la divinité, allant ainsi conter
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Félicité de La Mennais ne juge pas encore la victoire suffisante. Il n’est pas homme, on le sait, à se contenter d’un demi-succès. Le 20 septembre 18051, son premier travail terminé, il commence donc un autre recueil. Sans doute les philosophes se sont démentis eux-mêmes ; mais il faut encore que, juge ant leur caractère, et montrant à nu sa laideur, ils se condamnent ainsi sans appel. Le titre de cenouveau cahier en résume les intentions : Les philosophes modernes jugés par eux-mêmes?. Diderot ouvre la marche avec cette devise, empruntée à son Essai sur les règnes de Claude el de Néron:
e sens profond de la doctrine de d'Holbach ; que dans ses extraits sur le scepticisme en matière de religion il ne retient que la condamnation du scepticisme et l'attitude dogmatique de d'Holbach, ôtant ainsi à ses attaques toute leur portée ; enfin qu'il élimine systématiquement toutes les attaques contre la théologie et :es prêtres dont sont remplies les œuvres du philosophe. On conclurait que ces citations ne manifestent point d'autre souci que celui de faire servir à une démonstration nouvelle, en les détournant de leur sens premier, et à-la faveur de véritables équivoques, les arguments empruntés à un ouvrage de vulgarisation antireligieuse.
Ce serait, je crois, méconnaître la vraie portée de ces extraits. Le choix de l'ouvrage, celui des passages mêmes auxquels ils sont empruntés, prouvent une connaissance réelle de la doctrine du baron d'Holbach. Si Félicité choisit tel fragment dans lequel l’athée rompt une lance contre la preuve téléologique, ou tel autre qui développe une conception spinoziste de la nature, ou celui-ci, dans lequel il bataille contre l’optimisme, ou cet autre encore qui lui sert à faire valoir le matérialisme, ce n’est pas hasard, croyez-le ; mais notre jeune apologiste n’ignore pas que le finalisme et l’optimisme sont les deux bêtes noires de son adversaire qui, dans toute sa polémique, tend perpétuellement à tirer du spinozisme les conséquences matérialistes qu'il lui paraît naturellement impliquer. Mais il y a mieux, et c'est ici que se révèle toute la malice — ou, si vous préférez la finesse — de Félicité de La Mennais. Il emprunte à un fragment destiné, daas la pensée du baron d’'Holbach, à ruiner le finalisme, une citation très favorable aux causes finales ; comme le passage qui prétend condamner l’œuvre divine fournit un argument préciéux en faveur de la religion. Tel est le jeu: faire avouer au philosophe sur le terrain qu'il a choisi, lui faire confesser de sa bouche la vérité qu’il veut détruire. On reconnaît l'arme redoutable qu'avait si bien maniée Voltaire. Ainsi le philosophe s’en va, comme chez Platon le sophiste, berné, bafoué, sous les rires.
14 La date est, de la main de Félicité de La Mennais, à l’intérieur de la couverture.