‹ La jeunesse de LamartineChapitre 149 sur 227 · Idem, p. 215 et suiv · texte numérisé non relu

Idem, p. 215 et suiv

Cette voluptueuse poésie, en ce moment sous ses doigts, dans le volume qu il lisait à ses collègues et qu'il avait lue bien souvent in petto, chanta-t-elle dans la mémoire de l'amant inconsolé; évoqua-t-elle la femme adorée et le souvenir des amours du printemps précédent ; vit-il dans les applaudissements de l'auditoire un encouragement aux confidences, à un tendre abandon, ou fut-ce simplement le besoin d'expansion d'un cœur trop plein. Toujours est-il que c'est à cette séance du 26 mars, après cette communication des odes de Manoël, que le jeune académicien risqua X Hymne au soleil.

Nous avons vu l'accueil que cette pièce y reçut. L'auteur dut en être froissé. Le lendemain de cette lecture, nous le voyons de méchante humeur. « J'ai fait, écrit-il à Virieu , mes dispo- « sitions pour le cas de ma mort, ces temps-ei. « Je te lègue tous mes manuscrits et poésies « pour en faire ce que tu voudras, même du feu « si cela n'est bon qu'à cela... Sans existence, « ni avenir, ni liberté, ni occupation d'aucun « genre en ce monde, je ne sais que faire de la « vie quand elle me revient. Fiat voluntas ! » Puis réapparaît l'image toujours chère : a Après

T. A JKUXKSS1Ï Dlî LAMARTINE

« ce que j'ai vu d'un auge, ce n'est pas à moi de « me plaindre de Dieu... Jenief...1 de la gloire « à présent plus que de toute autre chose ; de « tous les néants, c'est le plus néant2. »

A la fin d'avril, il fuit la ville et va s'enfermer à Milly, ce sans aucune espèce de société, dit-il, « que mon cheval et mon chien, un jardin que « je cultive tant bien que mal et quelques livres « pour mes très courtes soirées. Cette vie là est « seule supportable pour moi... Mais je m'en « détache le plus possible ; il faut savoir briser « peu à peu les liens qui vous retiennent dans la a vie, pour la quitter avec plus de tranquillité « et de liberté... Je m'abandonne à la seule voce lonté suprême ; je crois absolument à la l'ata- « lité et je la laisserai agir en tout sans la gêner « par le moindre effort3. »

Il finit son Saill qu'il dédie à Virieu et à

1. Lamartine, dans la conversation, faisait usag-c souvent et comme inconsciemment de F. et de B. C'était chez lui locutions passées en habitude et dites aussi naturellement que : dame! parbleu! corbleu!... Ces locutions se trouvent jusque dans ses lettres. Dans ses mouvements d'impatience, de vivacité, et

moments n'étaient pas rares, c'étaient des jurons plus accentue- <|ui désolaient sa mère.

Page 1