Correspondance, p. 175, t. II
2. Idem, t. II, p. 178. Saùl a été édité par Michel Lévy, in-12. Cette tragédie se développe en majestueux alexandrins comme la Médée. C'est toujours l'inspiration racinienne qui domine; inspiration biblique comme Athalie, au lieu de l'inspiration des tragiques grecs comme Phèdre.
Montculot ; le soir, il s'occupe de politique ; il lit M"10 de Staël : « Vous croyez, écrit-il à son amie <c d'Aix, Mlle de Canonge, que les peuples cor- « rompus doivent être gouvernés par la seule « vérité, la seule raison, la seule justice et que, « dès qu'on la leur montrera, ils l'embrasseront « comme des philosophes sans passion. Moi, je « crois que la seule fin pour laquelle on doit « gouverner est la paix, l'ordre et la justice, « mais que le seul moyen de gouvernement, « c'est la force. Mme de Staël est de votre parti ; « l'expérience de tous les siècles et la nature de « l'homme sont du mien. En philosophie et en « littérature, je regarde Mme de Staël comme un « grand homme, en politique comme une des « dernières femmelettes1. » Dans ces dispositions d'esprit, il se remet à son César. Craignant qu'il ne soit pas lu, il y renonce, mais c'est à regret à cause du caractère moitié Dieu, moitié Henri IV qu'il lui destinait « pour écraser « les singes de liberté et montrer aux hommes « que, quand ils sont pourris dans les vices de « l'égoïsme, un tyran est un bienfait pour eux2. »