‹ La jeunesse de LamartineChapitre 189 sur 227 · Le Manuscrit de ma mère p · texte numérisé non relu

Le Manuscrit de ma mère p

La presse rend compte des Méditations poétiques. M. de Feletz, dans le Journal des Débats ,

sous le pseudonyme A., révèle le nom du jeune auteur '.

1. L'article de M. de Feletz que M. l'administrateur du Journal des Débats a eu la complaisance de nous communiquer, est tris intéressant en ce qu'il reflète l'opinion du moment même, et cette opinion est, à beaucoup d'égards, celle de gens qui partageaient la manière de voir du vieux Didot sur cette poésie si nouvelle. L'article est du samedi 1er avril 1820. En voici quelques extraits :

« Ces poésies sont déjà fort connues et fort goûtées du « public. Elles plaisent aux âmes sensibles par les accent^ 'lf « la passion, de la mélancolie et de la douleur, aux rmagina- « tions vives par des tableaux pleins de vie et de chaleur, « aux caractères sérieux et méditatifs par de hautes considé- « rations philosophiques, aux esprits religieux par un senti- « ment profond des grandes vérités sur lesquelles se fondent « la religion et la morale, aux femmes de goût et aux amis de « la poésie par des compositions brillantes et par de beaux « vers... Les femmes surtout, naturellement religieuses, natu- « rellement sensibles, ont été charmées par un double attrait « en lisant les Méditations poétiques. L'auteur est M. A. de « Lamartine. Je prends la liberté de le nommer; il est bon « qu'il -• trouve quelquefois des gens un peu indiscrets auprès » des personnes trop modestes qui se cachent pour se dérober H aux j u - 1 p s louanges qui leur sont du

Puis suivent quelques réticences aux doges:

te poésie n'est pas toujours exempte de recherche ou de a mauvais goût.

« Je lis dans la Méditation V. Le Lac : «< Le flot fut alten-

■ lii : t c'est h ti hémistiche <!«■ Quinault. ■< 0 temps ! Buspcnds

i roll i) C'est un hémistiche de Thomas. Il ne faut point

L EPITRE A BYHOX

Plusieurs contemporains, natures rêveuses et

que tourmentait l'au-delà, se donnèrent tout d'abord et sans réserve à ces accents si savoureux et si peu connus.

Jules Janin ne put jamais se rappeler sans

« confondre une imitation avec un plagiat. Ainsi Rousseau, « dans son ode admirable au comte du Luc se moque des « poètes sans génie et sans enthousiasme dans cette strophe « pleine d'une sublime ironie :

« Je n'ai point l'heureux don de ces esprits faciles

« Pour qui les doctes sœurs, caressantes, dociles,

« Ouvrent tous leur trésors.

« M. de Lamartine a visiblement imité cet endroit de Rous- « seau dans la 5e strophe de son ode sur L'Enthousiasme ; il en « avait le droit sans doute ; mais il aurait du faire des efforts « pour approcher plus près de son modèle et ce « pusillanime « Icare », comme il appelle son poète sans enthousiasme, « forme dans cette strophe un vers peu agréable et peu har- « monieux. Cependant il appartient à M. de Lamartine de par- « 1er de l'enthousiasme et d'en bien parler. Ses poésies en « portent généralement l'empreinte et le caractère ; il parait « doué de ce qui le produit et l'alimente, d'un génie poétique, « d'une extrême sensibilité de l'âme et d'une imagination « forte et vive. On voit dans ses conceptions le « mens divi- « nior » et dans les expressions et les images dont il les revêt « 1' « os magna sonaturum » qui, selon Horace, constitue le « poète. Qu'il s'adonne donc à la poésie pour laquelle un si « heureux début annonce un si rare talent.

« Huic musa? indulgent; « Hune poscit Apollo.

émotion Le jour où il lut pour la première lois le petit in-8" édité par Nicolle *. Le jeune Victor Hugo clans le Conservateur littéraire salua cette gloire à son aube.

Mais il y eut de passionnés défenseurs des antiques traditions littéraires que les Méditations poétiques exaspérèrent : « M. Patin aimait « ii raconter qu'entrant un jour chez le secré- « taire perpétuel de l'Académie française « M. Andrieux, professeur au Collège de « France;, il le trouva arpentant son cabinet « comme un forcené. Ah ! pleurard, disait-il à ( L'auteur absent, tu te lamentes; tu es sem- « blable à une feuille flétrie et poitrinaire!

1. « C'était un modeste volume que je vois encore et que o j'achetai par hasard un jour que j'étais sorti de mon collège o pour y rentrer le soir. Je me souviendrai toute ma vie de « mon extase quand, pour la première fois, j'ouvris ce livre « d'un poète sans nom. J'étais bien jeune alors, j'étais tuul ti pénétré d'admiration pour les grands maîtres... Quel ne fut o mon étonnement et mon admiration quand soudain, mes i yeux éblouis comme mon cœur, découvrirent ce nouveau <■ monde poétique. Quoi! dans un même livre, sonl réunis < enfin tous les Bentiments de l'âme et toute- les passions du « coeur, t<m- les bonheurs de la terre et les ravissements du toutes les espérances 'lu temps présenl el toutes les i inquiétudes de l'avenir!... »

Dictionnaire de l<> conversation, v. Lamartine .

l'épitrb a byron 3 L3

ce Qu'est-ce que cela me fait à moi ? Le poète « mourant! le poète mourant! Eh bien! crève, (( animal, tu ne scias pas le premier1 ! »

Le succès est éclatant ; les éditions se succèdent.

La première, sous le voile de l'anonyme, avait paru en mars. Une seconde, avec le nom de l'auteur s'imprime au commencement d'avril2.

Un exemplaire déposé à la Bibliothèque nationale, ayant appartenu au chevalier de Paravey, qui l'a annoté et y a joint des extraits d'un journal contenant de fort beaux vers de M. A. de Sigoycr, porte la date de 1820 et la mention de cinquième édition3.

1. La Littérature française sous la Résolution , l'Empire et la Restauration, par M. Maurice Albert. 3e édit. Paris, Lecène et Oudin, 1891, in-12, p. 177-178.

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