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CHAPITRE III

Le village. — La maison. — Les deux montagnes : le Monsard et le Craz. — Aspect différent suivant les saisons. — Influence des lieux.

Milly est un village situé à 14 kilomètres de Màcon, à gauche de la route conduisant de cette ville à Cluny.

Il s'élève en amphithéâtre, dominé par un vieux clocher de pierres grisâtres en forme de pyramide et juché dans une vallée haute, au pied de deux montagnes qui se creusent puis se renflent à l'est et à l'ouest.

Une vingtaine de maisons aux toits rouges et aux murs blancs de chaux composent ce village.

Aucune rivière, aucun ruisseau ne l'arrose. Des vignes, quelques champs de trèfle, de luzerne, de blé, de fèves ou de pommes de

terre, des sentiers caillouteux hordes de pierrailles branlantes, où gambadent des chèvres conduites par une femme tricotant un bas ou fiiaut la laine qui pend du sommet d'un bâton fixé à sa taille, voilà ce qui l'entoure.

À l'extrémité ouest, est une grosse maison carrée, non crépie, aux tuiles rougeâtres, moussues et herbeuses, « aux murs noircis par les ans, » qu'enlacent de toutes parts des treilles, des lierres et des rosiers grimpants. C'est la maison du poète.

On y accède à l'est par une cour assez vaste, contenant les bâtiments d'exploitation et fermée d'une vieille porte à vantaux pleins à sa partie inférieure, à claire-voie à son sommet, porte encastrée dans de belles pierres de taille jaunies formant moulure et chapiteau.

Au midi, à l'ouest et au nord, l'habitation est entourée de jardins et de grands arbres.

Grâce au goût des propriétaires actuels, la physionomie extérieure n'a guère changé ; des volets gris ont seulement remplacé les anciens volets verts.

La porte cochère avec ses lourds panneaux de chêne a caissons renaissance, surmontée de

son linteau de fer forgé du siècle dernier, portant un écusson effacé avec casque de chevalier, existe toujours, bronzée par le temps.

Il existe toujours aussi le perron aux cinq marches disjointes, dans les interstices desquelles poussent la pariétaire, la lin aire ruine de Rome, où se cachait autrefois et chantait pendant les nuits d'été, au dire du poète, « la petite grenouille à la voix si mélancolique » et où résonne aujourd'hui au crépuscule, suivant l'expression bizarre, mais juste, d'un peintre poète *, « la douce flûte du crapaud. »

L'intérieur de la maison a été modifié et aménagé aux besoins modernes. Les carreaux froids de brique rouge ont été dissimulés sous d'épais tapis. Le vestibule aux murs nus, jonché de sacs de noix et de pommes de terre et qu'animait seul le bruit monotone et berceur du balancier d'une vieille horloge, est décoré de riches tentures. La cuisine pourtant est restée intacte avec sa grande cheminée en pierre, sa table en noyer d'un seul bloc et ses bancs de chêne. Les belles poutres à la française ont été conservées aussi.

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