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Jules Breton, Les champs et la mer, in-12, Lemerre

F. Reyssié. — La Jeunesse de Lamartine. 3

Dans la cour, l'aire dallée où l'on battait le blé au fléau a été couverte d'un sable fin et une élégante corbeille de fleurs en occupe le milieu.

Les hangars où l'on amoncelait les ustensiles de culture et les chariots, les granges où Ton répandait le grain de Tannée, les étables des grands bœufs blancs du Charollais , ont été abattus et remplacés par des bâtiments neufs. Au cellier, les pressoirs modernes, les cuves aux liens de fer ont chassé le pressoir à grand point et les cuves cerclées de châtaignier.

Dans le jardin, les plantes potagères, les platesbandes bordées de buis et d'œillets et plantées de vieux rosiers et de mauves géantes, les allées droites ombragées de noisetiers , promenades accoutumées de la mère du poète, ont fait place aux pelouses anglaises, aux massifs de fleurs et aux allées en méandres se perdant sous les arbres verts. Mais la charmille est toujours là, à l'extrémité nord du jardin ; là aussi la citerne « huileuse » qu'entourent les sycomores; là enfin le gros lierre touffu escaladant le mur, les fenêtres, le toit.

Deux montagnes dominent Milly.

L'une à l'est, le Monsard, nions ardu us, au

sommet crénelé, plonge ses pieds dans un terrain rougeâtre que couvrent des vignes maigres, des plantes fourragères, des buis, quelques rares graminées et enfin un éboulis de roches.

Le soir, au soleil couchant, il se dresse d'un jet hardi comme drapé dans un manteau blanc, teinté de rose.

Quand on s'approche, sa masse est moins compacte et moins continue ; elle se déchiqueté en dentelures multiples et ressemble à une acropole.

Le dos de ce rocher gigantesque, monstre bizarre surplombant Milly dans une pose hiératique, est aussi uni que sa tête est abrupte. Il est tapissé d'une herbe fine, drue, émaillée de coquettes polygalées roses et bleues, vraie prairie d'Ecosse comme suspendue dans l'air, où paissent des vaches faisant des notes blanches et rousses dans le ciel où elles se détachent.

Notre j:>oète, sur ses vieux jours, se rappelait avec émotion les stations faites par son père, par M. Bruys de Yaudran et par l'abbé Dumont, au pic du Monsard, « tous trois assis dans une niche « ou plutôt dans une chaire de cathédrale formée « par les créneaux de cette forteresse démante-

« lée, » et il se souvenait surtout d'une soirée d'été « où M. de Vaudran, ayant apporté un « Platon en grec, le lut en le traduisant à ses a deux amis jusqu'au moment où le crépuscule « manqua sur la dernière page du Phédon et où « les premières étoiles scintillèrent dans le ciel, « autour du rocher, comme pour assister, du « ciel, à la mort de Socrate l ;».

C'est aussi en pensant au Monsard qu'il écrit : « Visitant Athènes, la colline de l'Acropole, la « roche taillée du Pnyx et les pentes dénudées « du Pentélique, je reconnus une ressemblance « parfaite entre ces collines rocailleuses de « l'Attique et les collines ruisselantes de pierres « de mon pays 2. »

L'autre montagne à l'ouest, le Craz, corruption du mot Cret, s'élève insensiblement du vallon de Milly, émergeant des vignes. Il devient nu, pelé, gris. Des bruyères, des plants de serpolets réunis en touffes, des centaurées, des scabieuses naines, des hélianthèmes, des vipérines avortées, servant de pâture aux chèvres, par-

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