‹ La jeunesse de LamartineChapitre 222 sur 227 · I ..■ rêve doré de l'immortalité · texte numérisé non relu

I ..■ rêve doré de l'immortalité

C'est lui qui, sans cesse, cherche Dieu et qui s'écrie :

Ah ! j'aurais dû peut-être, humblement prosterné, Le recevoir d'en haut, tel qu'il nous fut donné, Et. courbant sous sa foi ma raison <[ui l'ignore, L'adorer dans la langue où l'univers l'adore.

C'est de son àme enfin que jaillissent ces vers si puissants que reproduit tout entiers M. Faguet, dans son étude sur Lamartine, « les plus beaux « vers, dit-il, de philosophie naturaliste qui « eussent été écrits jusque-là et qu'on peut « mettre à côte de tous ceux qui sont nés « depuis '. »

Triomphe, disait-il, immortelle nature,

Quoi donc! n'aimes-tu pas au moins celui qui t'aime? N'as-tu pas de pitié pour notre heurt' suprême ?

1. Etudes sur le xix° siècle. Lecesnc et Oudin, 1889. in-12. F. KEYSiié. — La Jeunesse de Lamartine. 24

Oui, seul deshérité des biens que l'âme espère.

Tu me ferais encore un Eden de la terre,

Et je pourrais, heureux de ta seule beauté,

Me créer dans ton sein ma propre éternité !

Pourvu que dans les yeux d'un autre être, mon âme

Réfléchît seulement son extase et sa flamme,

Comme toi-même, ici, tu réfléchis ton Dieu.

Je pourrais, mais j'expire... arrête, encore adieu.

Adieu, "soleils flottants dans l'azur de l'espace.

Jours rayonnants de feux, nuits touchantes de grâce,

Voiles, grâces des eaux qui fuyez sur la mer

Harmonieux concerts de tous les éléments, Bruit, silence, repos, parfums, ravissements,

Nature enfin, adieu

La mort de plus près va réunir à toi

Kl ce corps et ces sens et ce qui pense en moi . Et les rendant aux flots, à l'air à la lumière, Avec les éléments confondre ma poussière.

M. Leconte de Lisle et M. Sully-Prudhommc n'auront pas d'accents plus mâles et plus harmonieux en même temps.

Lamartine était fier de son poème.

« Les amateurs véritables, écrivait-il, ont été, « à ce qu'il m'a paru, réellement contents1. »

Puis : « Son succès me paraît assez clair, par « les lettres de toutes parts que je reçois et par

l. Correspondance, t. III, p. 840.

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