Le dernier chaut du pèlerinage de Childe ffaroid
Nous avons vu quelle impression fil sur notre poète la haute personnalité de Byron ; nous avons vu quelle émotion il ressentit de sa mort. C'était pour lui, on l'a dit l, « une âme sœur. » Il avait osé, dans un moment d'angoisse, lui adresser son épître L'Homme, si belle, si poignante.
Goethe, dans les noces mystiques de Faust et d'Hélène, en traçant le portrait d'Euphorion, cet enfant promis à d'illustres destins et ravi dans sa fleur, avait décrit la vie du héros de Missolonghi et sa fin si prématurée.
Lamartine veut, lui aussi, dresser à cette grande image un tombeau digne d'elle. Le
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poème de Childe Haroid est resté inachevé ; il ose former le projet de le continuer.
C'est son héros, c'est Byron qu'il veut faire parler; mais Lamartine, comme Rousseau, comme Chateaubriand, comme Byron surtout, est essentiellement fidèle à son moi ; c'est son âme qu'il dépeint et c'est son âme qui ne tarde pas à paraître sous l'âme de son héros. Un critique éminent l'a dit en termes excellents : « M. de « Lamartine voudrait en vain imiter un poète
1. M. Darmesteter. Etudes sur la littérature anglaise, Dclagrave, in-12.
a ou un poème; sa nature l'emporte bientôt, « sa rôvcne le domine, son inspiration devient « plus puissante; dites donc au cygne de voler « avec les ailes de l'aigle. Aussi, après quelques « efforts pour suivre la trace à'Harold, M. de « Lamartine rentre naturellement dans son « propre sentier, et ce poème , commencé « comme un poème, devient peu à peu la plus « simple, la plus poétique et la plus touchante « élégie qui soit sortie de l'âme d'un poète, en « l'honneur d'un autre poète l. »
C'est bien notre poète lui-même, en effet, qui parle quand il commence son chant par une magnifique et fière invocation à la Liberté :
Trop souvent les mortels, du ciel même jaloux, Se ravissenl entre eux ce bien commun à tous ; Plus <lius que le destin, dans d'indignes entraves, De ce que Dieu fit libre, ils ont fait des esclaves ! Ils ont de ses saints droits dégradé la raison...
C'est bien notre poète qui salue Homère,
Homère ! à ce grand nom, du Piode à l'Hellespont, Les airs, les cieuz, les flots, la terre, tout répond.