Correspondance, t. IIF, p. 3'i
2. 2741. Samedi, 1-ï mai 1825. Le dernier chant du pèlerinage d'IIarold, in-8" de 12 feuilles y compris li pages de catalogue. Imprimerie de Dondcy-Dupré père. — A Paris, chez Dondey- Dupré fils, chez Ponthieu. Prix 4 fr. [Journal de la librairie.)
71't4. 17 décembre 1825. Le dernier chant du pèlerinage d Harold, 5e édition. [Journal de la librairie.)
pourquoi supposez vous que votre lettre de Tannée passée esl restée sans réponse pour ce motif? Il n'en est rien. Je vous ai écrit deux fois par Virieu mais qu'aura-t-il fait de mes lettres? Dieu seul le sait et non pas lui. Je réponds en deux mots à celle d'aujourd'hui au milieu des préparatifs de mon départ pour Paris où je vais passer quinze jours avant de partir pour Florence. Vous avez mal saisi le sens de mon Child Harold; le but n'était pas (s'il y avait un but) de montrer que l'homme peut aller au ciel par sa propre force ; au contraire, c'était de montrer la nécessité d'une foi venant d'en haut, vous n'avez vu que le songe et non pas l'ensemble de l'ouvrage. Il a été écrit dans une intention relligieuse el la pensée qui en sort doit être telle. Je suis bien loin aussi de métro installé juge d'un autre homme. Relisez le tout et vous verrez que la charité n'y manque pas. Peut-être y a-t-il bien d'autres choses à reprendre en tout ceci, mais je passe volontiers condamnation, et comme vous dites si bien, j attends le souflle d'en haut. Mais, hélas! viendra-t-il ? Je ne sens jusqu'ici que la fièvre qui me tient depuis neuf grands mois; mon imagination est éteinte. Je ne
fais lien et (lie sens ilieapahle de tout !
Adieu mon cher ami. Je vous verrai à Pari- >ans doute. Je serai logé a l'hôtel de Rastadt, rue neuve S t- Augustin. Nous parlerons à notre aise de tout ce
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que nous ne comprenons pas encore très nettement, des l«>i> morales et de l'état futur; vous avez le don de faire luire la lumière dans 1rs ténèbres de nos
pensées. Virieu vous a-t-il remis comme je l'en ai deux fois chargé la petite somme que je vous devais. Si non, je le ferai moi-même à Paris.
Votre ami,
Lamartine.
St-Point au moment de partir.
En suscription :
Monsieur de Fréminville
à Laumusse près et par Màcon.
Ce poème plut moins encore à la mère ; elle a des scrupules ; certains vers ('alarment :
a II y a des passages, écrit-elle, qui me font « de la peine ; je crains qu'il n'ait un enthou- « siasme dangereux pour les idées modernes de « philosophie et de révolution, contraires à la « religion et à la monarchie, ces deux jalous de « ma route qui devrait être aussi la sienne; « hors de cette route, je ne vois que brouillards « et précipices et surtout le précipice sans fond « de l'incrédulité... Ah! j'ai quelquefois de « l'orgueil à cause de mon fils ; mais j'en suis
(( bien punie ensuite par mes appréhensions sur a son indépendance d'esprit. Je trouve autant a de poésie dans la soumission d'esprit que dans « la révolte. Les anges fidèles sont-ils donc « moins poétiques que les anges élevés contre « Dieu? J'aimerais mieux que mon enfant n'eût « aucun de ces vains talents du monde que de .( se tourner contre ces dogmes qui font ma « force, ma lumière et ma consolation '. »
La pauvre mère ne peut se faire aux tendances de ce poème; elle éprouve, au sujet de son fils, les craintes que va bientôt éprouver Eugénie de Guérin au sujet de son frère. Eugénie, cette tille de Saint-François de Sales, cette âme fénelonienne, a élevé Maurice dans les plus stricts principes de l'enseignement chrétien. En dépit de cette éducation, que va-t-il devenir? « 11 « était, dit Sainte-Beuve, une de ces organisait tions tendres et vagues, ouvertes et profondes a que l'aspect de la nature physique et cham- « pêtre passionne et attire jusqu'à les enivrer, <c jusqu'à les absorber en soi et, par moments, « les anéantir. Bon gré, mal gré, qu'on le veuille