‹ La jeunesse de LamartineChapitre 225 sur 227 · I.r Manuscrit <U nia mère, p. 264 et · texte numérisé non relu

I.r Manuscrit <U nia mère, p. 264 et

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« ou non, Guério reste bien une sorte <1 André « Chénier du panthéisme '. » L ■ Centaure est eb effet absolument panthéiste.

Le chant d'Harold, de même, est du plus pur sentiment gfrec des anciens iWes, sentiment tout naturaliste, tout panthéiste des vieux poètes, des vieux philosophes de la Grèce, des Anaxagore , des Xénophane, des Parménide, des Empédoele. « Le panthéisme aux époques pri- « mitives, a dit un savant universitaire, est « l'écho des premiers doutes et des premières

« espérances de l'humanité C'est une doc-

« trine essentiellement poétique, puisqu'elle « satisfait les plus nobles aspirations de notre « àme et réconforte l'homme en le rattachant « aux sources mêmes de la vie, à la nature « entière-'. »

Cette doctrine, dès le commencement du siècle, avait eu des adeptes passionnés en Angleterre et en Allemagne. UEndymion et Y Hyper ion de Keats , le Prométhée délivre de Shellev et le

1. Maurice et Eugénie de Gaérin. Nouveaux lundis, t. IJI. p. 157 et 102. Michel Lévy, in-12.

2. Essai sur la poésie philosophique en Grèce, par Guillaume Breton. Paris, Hachette, in-8, 1882, p. 73.

Manfred de Byron l'avaient chantée clans des vers admirables. En France, elle était pour ainsi dire dans l'air dès la fin du xvme siècle. Dans les premières années de ce siècle, Alfred de Vigny, avant de se plonger dans la poésie biblique , avait effleuré cette doctrine avec ses « poèmes antiques » et surtout avec Symethœa et La Dryade ; Maurice de Guérin allait bientôt s'y noyer tout entier. Mais ce fut le second Faust de Goethe qui l'éleva a la hauteur d'une religion en célébrant pour ainsi dire l'hyménée de la nature et de l'humanité.

Goethe est le grand panthéiste.

« Il a, a dit éloquemment Caro, je ne sais « quelle parenté poétique à travers les siècles « avec ces grands ancêtres de la philosophie « enivrés, éblouis des splendeurs du monde nais- « sant. Son panthéisme a quelque ressemblance « avec cette philosophie primitive qui ne soup- « connc pas la destruction des êtres ; qui pource suit partout le mystèred'une seule et même « existence, vaguement entrevue à travers les « phénomènes, qui multiplie les forces créa- « trices et les répand à Ilots dans l'univers divi- « nisé, mais en même temps qui essaye de

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« ramoner toutes ces forces diverses à une Force « primordiale, universelle, dpnl les change- « ments expliquent la variété. L'apparition et la « disparition des êtres1. »

Le panthéisme de Goethe s'allie d'ailleurs avec le plus grand éclectisme el la plus grande liberté d'allure philosophique. La caractéristique de son génie est l'universalité. Il veut tout connaître, tout voir, l'homme et les choses; il se met en rapport avec le monde entier. La France, surtout, a pour lui le plus grand attrait; il a toujours été en communion d'idées avec elle , il connaît sa littérature à fond, il sait par cœur Racine et Molière. Le grand mouvement intellectuel de la Restauration l'intéresse beaucoup. Il entre en relations avec Cousin, avec les rédacteurs du Globe, qui vient de se fonder. 11 ne dédaigne pas même de se mettre en rapport avec les académies de province. Il accepte, comme on La vu, de faire partie comme membre correspondant de l'Académie de Màcon2.

1. La philosophie de Goethe. Paris, in-12, Hachette. L880, p. 181, 192.

2. Il avait lui-même fait sa demande d'admission, ainsi qu'il résulte du compte rendu des travaux de la Société :

« Le premier qui se présente est l'illustre vétéran de la lit-

Il n'est pas étonnant que ce grand rénovateur de la pensée humaine ait exercé, comme Byron, la plus grande influence sur Lamartine; il n'est pas étonnant que Le dernier chant de Childe Harold ait subi le contre-coup de ces deux grands génies et le retentissement des idées ambiantes du temps. Et puis, l'amour, la passion qu'avait notre poète pour la nature, pour ses forces secrètes, pour ses fascinations mystérieuses, l'attrait qu'il ressentait pour les poètes qui l'avaient chantée aux époques lointaines, à l'aube des choses, le prédisposaient aussi.

Dans ce poème de Childe Harold, Lamartine revient aux origines de sa poésie, aux premières inspirations qu'a fait éclore le coin grec de son enfance, de son adolescence, et qu'a fait épanouir son voyage dans la grande Grèce. Il est le dernier chant de sa muse grecque. Son œuvre de jeunesse est achevée.

Cette œuvre est considérable.

< tératnre allemande; le nom de Goethe remplace à lui seul « tous les éloges. » Voici ses noms et qualités tels qu'ils sont libellés audit compte rendu : a M. le baron de Goethe, ministre « d'état, président de la Société de minéralogie d'Iéna, grand •< croix "l chevalier de plusieurs ordres, membre d'un grand « nombre d'académies », année 1825, p. 140.

Goethe et Byron, dans des chants immortels, avaient dit les souffrances de l'humanité, ses

espérances, ses ardents désirs d'une destinée pins hante, sa soif de l'idéal, de l'infini.

Lamartine, dans les Méditations poétiques, dans les Nouvelles Méditations poétiques , redit et ces tourments et ces aspirations, sans l'àpreté, l'amertume et la brunie de lame septentrionale, mais avec les « clartés souveraines » de la race latine.

Rousseau, Saint-Pierre, Chateaubriand, Mma de Staël, en France, avaient fait entendre cette même plainte et exprimé cette même ardeur d'espoir, avec quelle savoureuse éloquence! Mais il y manquait les ailes du rythme, la musique du vers. Lamartine les leur donna. Il leur donna l'harmonie enchanteresse et je ne sais quel accent plus intime, plus aimant, qu'il avait puisé, peut-être, dans l'âme de sa mère, dans ses caresses, qui sont, comme on l'a dit, « le lait du cœur K »

Dans La Mort de Socrate, il aura eu la gloire de fixer, en des strophes mélodieuses, la manifestation du plus beau mouvement de l'esprit

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