‹ La jeunesse de LamartineChapitre 23 sur 227 · Lamartine, Cours familier de littérature · texte numérisé non relu

Lamartine, Cours familier de littérature

Le Craz, un moment baigné de clarté, allonge bientôt une grosse masse noire sur Milly.

Les ombres à longs plis descendent des montagnes * .

Le bas des vallées s'embrume de vapeurs et de ténèbres, tandis que l'entonnoir formé par les hauteurs de Berzé, de Saint-Sorlin et de Vergisson est inondé de chaleur. Dans cette lumière mourante tout se tait et tout parle; c'est un sourd battement d'ailes, un bruissement imperceptible et vague des choses, un murmure, un chuchotement mystérieux, douce mélodie des voix du soir.

Le signal de Berzé prend un aspect féerique. Ses rochers noirs dentelés frappés par le soleil luisent comme des diamants; sa croupe nue, pelée, a la forme des monts de Sicile, d'un Pellegrino minuscule.

Avec son pic aride, son calcaire rouge à ses pieds, ses maisons blanches s'échelonnant en gradins et croulant jusqu'au fond de la vallée, Saint-Sorlin est un village volsque; la résonnance italienne hante les oreilles : Sancto Sorlino.

MILLT 41

Seul, son clocher gothique jure dans cet aspect méridional. C'est une tour en vedette d'un oppidum romain, un castellum de la Sabine ou une vieille ruine sarrazine qu'évoque ce paysage.

Découpée par les trois sphinx du Monsard, de Vergisson et de Solutré, que dore un dernier rayon, la plaine bressane prend les nuances cérulées de l'océan. A mesure que le jour baisse, la teinte devient plus sombre, elle est bientôt d'un bleu crû méditerranéen et les maisons qui se détachent toutes blanches sont comme des voiles voguant sur une mer d'azur,

Voiles, grâces des eaux, qui fuyez sur la mer'.

Les idylles de Théocrite, la délicieuse pastorale de Longus chantent dans la mémoire; c'est Syracuse, c'est Mitylène qui passent devant les yeux et éveillent le souvenir.

Le soleil a disparu.

De l'absence du jour pour consoler les ci eux Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux2.

Page 1