‹ La jeunesse de LamartineChapitre 25 sur 227 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

de Sologny. Quelques nuages s'en détachent qui cheminent un moment dans les gorges , les gravissent lentement, inondent peu à peu les villages et les ensevelissent. Ils s'arrêtent enfin à mi-côte dans l'épaisseur des forêts. Les hauteurs de l'ouest et du midi émergent seules de cet océan srris. Les signaux de Saint-Sorlin et de Berzé, la tète du Craz, les pics du Monsard, de Vergisson et de Solutré se dressent comme autant d'îles , de promontoires pendant sur l'abîme. C'est la Norwège, c'est l'Ecosse, c'est un site d'Ossian.

En été, c'est un paysage de Calabre, de Sicile, de Grèce ou de Judée.

L'aspect si particulier des lieux où s'écoulèrent ses premières années devait exercer sur le poète une action décisive, marquer sa poésie de la teinte parfois nuageuse des contrées septentrionales, mais plus souvent la vivifier au soleil d'Orient et surtout de la Grèce ; cette poésie devait être toujours animée d'un grand souffle et s'ouvrir aux larges horizons.

Cette influence des lieux, Lamartine lui-même en proclame la puissance :

« Il est évident que l'âme n'est point indépen-

« dante du milieu habituel clans lequel l'homme « vit i . »

« Nous sommes fils de la terre ; c'est la « même vie qui coule dans sa sève et dans notre « sang. Tout ce que la terre, notre mère, semble « éprouver et dire aux yeux, dans ses formes, « ses aspects, sa physionomie, sa mélancolie et « sa splendeur a son retentissement en nous 2. »

« Les lieux nous entrent dans Famé par les « yeux et s'incorporent a nos sensations et ces « sensations deviennent des caractères 3. »

C'est la pensée même de M. Taine :

« Le ciel et le sol marquent tout l'homme à leur empreinte 4. »

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