CHAPITRE IV
Le domaine rural. — Le vigneron et son « maître ». — Le père ; son caractère. — La mère ; ses sentiments pieux ; sa nature aimante, fénelonienne. — « La couve'e de colombes » de Sainte-Beuve. — L'éducation maternelle.
La vie campagnarde; scènes rustiques.
Le milieu familial, pastoral et agricole sur la poésie de Lamartine.
Après le milieu physique, il nous faut connaître le milieu moral au sein duquel le poète a été élevé , et les scènes qu'il a eues sous les yeux.
La terre de Milly était depuis longtemps dans la famille Lamartine.
La maison avait été construite au commencement du xvme siècle, par le trisaïeul du poète.
46 LA JEUNESSE DE LAMAîlTINE
En 1705, elle avait été bénie par le curé de Milly*.
Louis-François de Lamartine, le seigneur de Montée au, petit-fils de Jean-Baptiste, donna le domaine en dot à son fils Pierre, aux termes de son contrat de mariage. Ce dernier n'en avait que la nue propriété, mais le seigneur de Montceau lui en abandonna effectivement la pleine propriété, dès 1794.
Quelle valeur avait alors ce domaine ? Lorsque Pierre de Lamartine, faisant entre tous ses enfants le partage définitif de ses biens, à la date du 17 février 1830, attribua a son fils Alphonse la terre de Milly, celui-ci fit rapport à la masse de la somme de 205.000 francs. « La récolte annuelle était alors évaluée à 250 pièces de vin, de 213 litres chacune. Les terres avaient, à cette époque, une superficie d'environ 52 hectares et s'étendaient sur les
1. Voici l'extrait de cet acte émané « du registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Milly », à nous gracieusement communiqué :
« L'an de N. S. 1705, le 15e juillet, je soussigné ay bénit la « maison de M. Jean-Baptiste de Lamartine, conseiller du roi « au bailliage et siège présidial de Màcon, à G beurcs du « soir. » Signé : « Dautbon, curé de Milly. »
communes de Milly, Berzé-le-Châtel et Saint Sorlin K )>
Mais ce domaine avait été agrandi par le père depuis son mariage. A cette dernière date, Lamartine dit qu'il ne valait « qu'un millier d'éeus de rente 2. »
Il se composait de vignes et de champs affermés à des vignerons ou colons partiaires qui cultivaient la terre et en partageaient le produit avec le propriétaire. Chacun de ces vignerons avait une existence indépendante, un chez soi, mais il était logé dans un bâtiment du propriétaire, tout près de lui, sous sa main, à l'ombre de sa maison. Il lui payait certaines redevances, faisait certaines corvées, était tenu à certaines obligations qui, surtout au lendemain de la Révolution, portaient encore l'empreinte d'un lien de vassalité. Le propriétaire était, selon l'expression encore en usage dans le Maçonnais, son « maître ». Le vigneron n'avait pas à se plaindre de ce vague souvenir de droit féodal ou seigneurial , car il trouvait auprès de ce
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1. Album du Centenaire de la naissance de Lamartine, par M. Lex. Màcon, 1890.