Revue des Deux Mondes
dcr dans l'expression un peu plus de courtoisie pour une si haute personnalité.
Mais nous sommes surpris qu'en 1888, longtemps après la publication des deux documents, pareille appréciation ait pu être formulée.
Voici les paroles que prononçait M. le professeur Subit dans un discours très étudié, a une distribution de prix du Lycée Lamartine, le 31 juillet de ladite année :
« Rien ne contrebalança l'exagération de ten- « dresse maternelle... L'âme de l'enfant appar- « tient tout entière à la mère. C'est à ce sys- « tème d'éducation maternelle et par trop fémi- « nine qu'on peut à bon droit attribuer les « suaves inspirations du poète aussi bien que <c les amères défaillances de l'homme, dont les ce premières enthousiasmèrent autant que les ce secondes attristèrent le cœur des nombreux (( et sincères amis de Lamartine. Cette éduca- « tion donna à l'enfant une âme toute d'expan- « sion et d'amour, mais lui laissa un caractère a faible, indécis et passionné. On lui apprit à « aimer; on ne lui enseigna pas à vouloir. « Milly fut une école de tendresse, non de a volonté. »
M. Subit est resté aux Confidences; il a cru, lui aussi, l'auteur sur parole ; il n'a lu ni la Correspondance, ni le Manuscrit de ma mère. Il y aurait vu, comme nous le verrons au cours de cette étude, que Lamartine jeune, quoi qu'il en eût dit, avait une volonté, une indépendance d'esprit qui bien souvent effraya sa mère , « horrori ci erat ejus ingenium K » Son caractère fut vif, emporté ; ses colères soudaines , vite apaisées, car son cœur était bon, mais violentes. On pourrait adresser à Mrae de Lamartine, a propos de son fils, le reproche que faisait Arnaud d'Andilly à Mmc de Sévigné au sujet de sa fille. On pourrait lui dire : qu'elle était une jolie païenne qui faisait de son fils une idole dans son cœur. Oui, elle le gâtait trop, aussi devint-il exigeant. Aucune prévenance, aucune patience même pour ses sœurs, ses tendres sœurs, plus jeunes que lui. « Il est difficile à gouverner'2, » dit sa mère. Sa mère! il l'aimait bien, mais il n'avait pas pour elle ces paroles caressantes, ces mille soins empressés, ces câlineries qu'avait
1. Saint Augustin, cité par Mgr Perraud lors du Centenaire de la naissance de Lamartine.