‹ La jeunesse de LamartineChapitre 35 sur 227 · Le Manuscrit de ma mère · texte numérisé non relu

Le Manuscrit de ma mère

Charles de Sévignépour sa « maman mignonne ».

Si donc, d'un côté, ce n'est que « expansion et amour », de l'autre c'est une tranquille possession de soi-même, une légère infatuation, une condescendance à se laisser adorer. C'est loin d'être une abdication de sou vouloir, c'est au contraire une affirmation constante de son moi.

Lorsque les Confidences furent écrites, l'auteur avait perdu sa mère, il avait senti le vide immense qu'elle laissait, la place qu'elle occupait dans son cœur, le rôle qu'elle avait eu dans la formation et dans la culture de son esprit; il se reprochait peut-être de n'avoir pas été assez affectueux pour la chère morte et il voulut, par piété fdialc, par une sorte d'humilité touchante, n'avoir plus d'individualité, reporter tout à elle, s'anéantir en elle, et il publia les pages que nous avons citées.

Maintenant que nous touchons du doigt, pour ainsi dire, cette éducation de la mère, ne la rendons pas responsable de ce que M. Subit appelle les « amères défaillances », si tant est qu'elles existent.

Au demeurant, devrait-on se plaindre, si les

caresses, les effusions de cette mère, sa suave douceur, la tournure mélancolique de son esprit ont eu leur répercussion sur cette âme et si elle en a été pour toujours imprégnée ?

« Que serait-il devenu, avec son imagination « débordante, avec son exquise et périlleuse « sensibilité, s'écrie Mgr Perraud, s'il avait eu le « malheur d'avoir pour mère une femme mé- « diocre et frivole, esclave du monde et de la « mode, à religion routinière et superficielle? [ »

Cette mère, dans son rôle d'éducatrice, au milieu des distractions multiples de la vie des champs, avait besoin de tout son zèle, de toute sa persévérance pour garder auprès d'elle la couvée toujours prête à s'envoler.

C'est son aîné surtout, c'est Alphonse, avec sa nature indocile à la contrainte qui veut déployer ses ailes.

Lamartine ne peut penser sans émotion à ses jeunes années passées à Milly :

Je suis né parmi les pasteurs.

Enfant, j'aimais comme eux à suivre dans la plaine

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