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Souvenirs et portraits, t. I, p

F. Reyssié. — La Jeunesse de Lamartine. C

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Lamartine soutint publiquement ses thèses de philosophie, le 7 septembre 1807 « in aida schohc Bellicensis die septimâ septembris anno 1807, horâ noua matutinâ et tertiâ po/neridiana. »

Son ami Aymon de Virieu est mentionné comme ayant soutenu sa thèse avec lui, ainsi que deux autres du collège : « Has thèses, Deo duce, et auspice Deipard, tueri conabantnr. »

Ces thèses étaient de simples interrogations publiques sur les différentes parties du cours de philosophie (logica, metaphysica, etliica).

Le jeune philosophe quitte Belley en septembre 1807.

Il y est resté de 1803 à 1807, c'est-à-dire quatre ans, de treize à dix-sept ans.

M. le professeur Subit, dans le discours dont nous avons parlé, regrette le séjour à Belley :

« La mère de Lamartine, dit-il, lut heureuse « de placer son fils à Belley, chez les Jésuites. « L'enfant rencontra, dans cette maison, le a genre d'éducation qui convenait le moins et o qui poiii tant plaisait le plus à son imagination « ardente et déjà maladive. C'est là, en effet, « que le jeune Lamartine allait achever de s'im-

« prégner tout entier de ce sensualisme pieux, « sanctifié par le mysticisme, qui se retrouve « plus tard dans ses rêveries poétiques comme « dans les réalités de son existence. Assurément, a une éducation plus virile et moins mystique, « une direction plus ferme , sans être moins « bienveillante, auraient maintenu, dans ce « jeune homme, la suprématie de la raison sur « l'exaltation de son imagination et fortifié son « caractère, sans effleurer même l'exquise sensi- « bilité de son cœur. »

Et d'abord, le Lamartine des Méditations n'est pas, comme poète et comme homme, « impré- « gné de sensualisme pieux, sanctifié par le « mysticisme ». C'est un Lamartine vigoureux, puissant, au vol parfois audacieux.

Dans un lycée de l'Empire, que serait devenu le jeune homme? Un mathématicien? un ingénieur? Jamais. Ses aptitudes, ses inclinations ne le portaient pas là. Il serait resté toujours poète, mais poète comme un Ecouchard-Lebrun, un Fontanes, dont trop longtemps il a suivi les inspirations. Sa personnalité, qu'avait développée le nid de Milly, tout gazouillant d'un gai ramage de voix grecques, refoulée dans son

Oï LA JEUNESSE DE LAMARTINE

essor, se serait peut-être atrophiée. Elle put, au contraire, se compléter, s'accentuer dans cette nature riante, aux moelleux horizons, aux ciels baignés, aux coteaux virgiliens, sous l'œil indulgent de ces bons Pères, excellents latinistes et poètes à leurs heures, adorant la campagne, aimant à la décrire. (Les Jésuites ont toujours donné dans le descriptif,) a dit Sainte-Beuve, jésuites le moins possible, plutôt frères de la doctrine chrétienne, amis du paysan, vivant avec lui, tout aux bonnes œuvres, au bien de la contrée ,

Aimables sectateurs d'une aimable sagesse.

Remercions donc et la mère d'avoir senti quelles affinités fécondantes existeraient entre L'esprit de son fils et l'éducation des Pères (le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas !), et ces modestes éducateurs de n'avoir pas gêné le développement naturel de leur élève et d'avoir, au contraire, par une direction éclairée, contribué à nous faire notre grand poète en le nourrissant de fortes études classiques, et en lui inspirant l'amour du vrai, par les leçons de choses qui étaient la base de leur enseignement.

Lamartine, en 1856, revenant par la pensée à sa vie à Belley, nous parle d'une des compositions données au collège : une description du printemps à la campagne, et il se rappelle avec fierté son premier chef-d'œuvre littéraire. Pendant que ses camarades évoquaient, pour traiter ce sujet, les souvenirs grecs et latins, et faisaient une pénible compilation, lui s'avisa de décrire sa vie campagnarde, telle qu'il l'avait vécue à Milly.

(( Le coq chante sur le fumier du chemin, etc l. »

Il se faisait déjà le poète de la nature vue, sentie, aux « impressions sincères », dont parle M. Brunetière.

Les bons Pères de Belley applaudirent à cet essai et le couronnèrent ; ils eurent le mérite de comprendre cette poésie et ils étaient, en cela, en avance sur leurs contemporains qui en étaient encore aux images vagues, impersonnelles, incolores des poètes de la fin du xvine siècle.

Lamartine, à Belley, se fit trois amis avec lesquels il va entretenir cette correspondance publiée par Mme de Lamartine, correspondance

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