‹ La jeunesse de LamartineChapitre 52 sur 227 · Le Manuscrit de ma mère, p · texte numérisé non relu

Le Manuscrit de ma mère, p

LE PBBMIBB AMOUR 91

flanquée de quatre grosses tours coiffées de toits plats aux tuiles rouges feutrées de mousse et de lichens, avec un éboulis aux pieds de masures noirâtres servant de communs et, à la suite, un verger planté de pommiers, pruniers et poiriers rabougris en guise de jardin.

Fièrement campée sur un mamelon ombragé de grands ormes et de tilleuls, cette vieille bicoque féodale, tenant du colombier et de la gentilhommière, avait fort grand air et dominait crânement la vallée de la Valouze.

Elle était dans un délabrement complet, mais ce n'était pas à l'intérieur qu'on eût pu trouver le futur poète ou sa mère. Tous deux, ils savaient à Saint-Point, non loin du château, de petits coins charmants ; tous deux, ils connaissaient ce délicieux ravin, appelé la clairière de Jocelyn, amoureusement décrit dans les premières pages du Manuscrit de ma mère, et ils y passaient, à l'ombre des chênes, les heures chaudes du jour, occupés à regarder « les abeilles, les bourdons, « les papillons, les insectes ailés sans nom qui « se complaisent dans la tiédeur parfumée du « sol et remplissent le creux de ce petit vallon « méridional de vols entre-croisés, de mouve-

(( ments terre h terre, de vie et de bourdonne- « ments1 ».

On arrive à la clairière par un chemin qu'ont défoncé les sabots des vaches et des bœufs, et que couvre, de chaque côté, un buisson croulant sous les houppettes folles des clématites. Le buisson fait place à un bois où « les vieux « troncs de charmilles , creusés comme des « ruches, les grands hêtres dont l'écorce est ce tigrée comme d'une toison de mousses dorées, « les châtaigniers aux bras étendus comme le « cèdre et à la feuille aiguë comme un fer de a lance2 » se croisent et forment une voûte de verdure impénétrable aux rayons du soleil.

C'est le soir, à la clarté de la lune, que le jeune homme aimait à se glisser dans ce réduit mystérieux. A ses yeux tout éblouis encore des visions des métamorphoses d'Ovide ou des odes d'Horace, tout s'animait; Cythérée conduisait ses chœurs et la danse des nymphes et des sylvains commençait.

Ce ravin aux bruissements values, ce sentier où pèle-mèle s'enchevêtraient, s'enlaçaient les

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