‹ La jeunesse de Louis XI, 1423-1445Chapitre 22 sur 44 · LOUIS EST ENVOYE AU SECOURS DE DIEPPE ÉTAPES ET INCIDENTS DU VOYAGE · texte numérisé non relu

LOUIS EST ENVOYE AU SECOURS DE DIEPPE ÉTAPES ET INCIDENTS DU VOYAGE

Restée française de cœur, après vingt-six ans d'occupation anglaise \ la Normandie frémissait sous le joug des anciens ennemis du royaume, alors que ceux-ci, mus autant par Tintérêt que par Torgueil, tentaient les derniers efforts pour la conserver; n'était-elle pas, en effet, la plus fertile des provinces de France, avec ses champs si riches en céréales, ses pâturages immenses, ses troupeaux nombreux, ses fermes où abondaient volailles et volatiles de toute espèce, avec ses fleuves aux larges vallées, ses ports faisant face aux côtes anglaises ; avec ses villes enfin, peuplées d'une foule industrieuse et sur lesquelles Ton pouvait lever de grosses contributions*? La reprise de cet ancien patrimoine des Rois normands n'avait-elle pas été, d'ailleurs, célébrée à Londres, comme la revanche

* Cf. G. Lefèvrc-Pontalis, La Guerre de Partisans dans la Haute' Normandie (i4a4-i4'i9)» dans la Bibl. Ec. des Chartes, année 1893, t. LIV, p. 475-5ai, et 1894, t. LV, p. aSg-SoS.

^ Voy. Robert Blondel, De reductione Normanniœ (dans la Coll. du Maitre des Râles , t. XXXIl), p. i35.

■aS'i campagnes et négociations du dauphin

des spoliations de Philippe-Auguste? Aussi, les Anglais eussent bien vite conclu la paix si Charles VII avait consenti à leur abandonner la seule Normandie ; ils auraient sans peine renoncé à la Guyenne, préférant au vignoble la ferme et le grenier d'abondance. Pour bien montrer qu'ils tenaient le pays normand « à tous jours », ils avaient fait de Rouen le centre de leur domination en France, et quand ils étaient parvenus à s'emparer de Jeanne d'Arc, leur implacable ennemie, ils l'avaient conduite à Rouen pour la juger et l'immoler*. Or, les cendres de leur victime, dispersées aux quatre vents, étaient retombées sur la terre normande en semences de patriotisme*.

Tandis que la garnison du Mont Saint-Michel continuait à défier les tentatives désespérées des Anglais', un hardi capitaine roturier, Charles Desmarets, au lendemain même du traité d'Arras,

' Jeanne d'Arc fut brûlée le 3o mai i43i) à Rouen, sur la place du Vicux-Marchë. Cf. J. Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation... y t. I. — Ch. de Bcaurepaire, Recherches sur le procès de condamnation de Jeanne d'Arc (dans le Précis des ira- %'aux de l'Académie de Rouen, année 1867-1868, p. 3a 1-^48) et Mémoire sur le lieu du supplice.. ., [ibid. an. 1866-1867, p, 166-195).

'^ Sur les insurrections normandes pendant la domination anglaise — particulièrement à dater de i43i, voy. L. Puiseux, Insurrections populaires en Normandie, dans les Mémoires de la Soc. des Antiquaires de Normandie, t. XIX, p. 138-139. — Ch. de Beaurepaire, Les Etats de Normandie sous la domination anglaise (Evreux, 1859, in-S*^). — A. Gasté, Etude sur Olivier Basselin (Caen, 1866, in-i8}.

' Cf. Chronique du Mont Saint-Michel, i343-i468 (éd. par S. Luce dans la Soc. des Ane. Textes, Paris, 1879-1883, a vol. in-8^) t. II, nombreuses pièces relatives à la résistance nationale dans la Basse- Normandie. — S. Luce, Louis d'Estouteville et la défense du Mont Saint-Michel dans la France pendant la Guerre de Cent Ans, ,ro série, p. 2i7-a79.

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