DANS L'ILE-DE-FRANCE ET EN GUYENNE
Avant de reprendre le chemin de la Touraine, Charles VII fît une longue tournée en Auvergne afin d'étaler son triomphe dans les lieux mêmes où sa cause avait couru le plus de dangers. Accom ' pagné de Louis, il entra d'abord à Saint-Pourçain * ; il enleva aux habitants leurs privilèges municipaux, témoignant ainsi qu'il se souvenait de la résistance obstinée que cette place avait opposée à ses troupes ; puis il visita et traita avec non moins de rigueur Souvigny, Saint-Pierre-le-Moùtier* et la Charité. Le Dauphin éprouvait une cruelle humiliation à reparaître aux côtés de son père, en fils soumis, en rebelle maté, dans ces pays que, quelques semaines auparavant, il s'était fait fort d'enrôler sous sa bannière en les soulevant
* Héraut Berry, Chronique, 1402-1461 (éd. Godefroy), p. 4ïi- 4*2. — Bcaucoart, Histoire de Charles VII, p. 1 65- 166.
^ Souvigny, ch,-l. de cant., arr. de Moulins, dép. de l'Ailier. — Saint-Pierre-le-Moùlier, ch.-l. de canl., arr. de Nevcrs, dép. de la Nièvre.
îi6'| CAMPAGNES ET ?îÉGOCIATIONS DU DAUPHIN
contre le Roi ; et son supplice dura tout le temps du voyage, car, parvenu dans les provinces du Centre, il fut intimement blessé des louanges qui y furent données à sa soumission, et, quand il rentra à Tours, la Reine et la Dauphine Taccueillirent comme un coupable repentant.
Cependant Charles VII ne méditait pas de prolonger rhumiliation de son fils : certes, il n'eût pas consenti à ce que Louis allât administrer son Dauphine ; il ne voulait pas non plus lui confier Tun des gouvernements qu'il convoitait (Ile-de- France ou Languedoc), mais il était sincèrement résolu à remployer à de grands travaux politiques et militaires, et, en effet, Ton va voir le Dauphin exercer pendant cinq ans (i44o-i445) son activité sur les terrains les plus divers, sans que le Roi entrave son initiative ou paraisse en prendre ombrage.
Les Anglais avaient profité des troubles de la Praguerie pour reprendre l'offensive ; en septembre i44o, ils assiégeaient Harfleur* ; à cette nouvelle, Charles VII quitta Tours avec le Dauphin et se rendit à Orléans ' pour y organiser deux armées, dont Tune marcherait sur Harfleur et l'autre opérerait vers Couches et Louviers \ Pendant les pré-
^ Jean Chartier, Chronique de Charles Vil, t. I, p. aSg. — Monstrelct, Chronique..., t. V, p. 4i8-4^4-
^ Louis était à Orléans, le 4 octobre, et ce jour il donnait des lettres touchant l'administration du Dauphine ; voy. Pilot de Thorey, Catalogue des actes du Dauphin. ..y t. I, p. 4-5.
*Beaucourt, Histoire de Charles 17/, t. III, p. 166-167.
LE DAUPHIN LIEUTENANT DU ROI î6f>
paratifs de cette campagne, le Roi s'établit à Chartres, où il demeura d'octobre i44o jusqu'au commencement de Tannée suivante ; plusieurs actes et mandements de Louis, datés de cette ville, témoignent qu'il y résidait avec son père* ; mais, un soulèvement de gens d'armes s'étant alors produit en Champagne, le Roi tourna son attention de ce côté : ce tumulte pouvait avoir des conséquences graves, car les rapports de la Couronne de France avec le duc de Bourgogne étaient extrêmement tendus*; les Ecorcheurs avaient non seulement dévasté les terres royales ce y faisant la plus grande mangerie')) qu'on y eût jamais vue, mais ayant franchi la frontière, ils avaient porté ce grans et excessifs domaiges et maulx » dans le pays de Bourgogne ; le Conseil de Dijon en avait adressé des remontrances à Charles VII, et le duc Philippe, toujours disposé à intervenir dans les affaires de France, semblait prêt à se rendre lui-même en Champagne afin d'y châtier les brigands. Le Roi qui n'eut pu tolérer que la police de ses Etats fût faite par le duc de Bourgogne, prit les devants, il abandonna brusquement l'expédition de Normandie et partit, accompagné de Louis, pour faire rentrer les mutins
^ Lettres du Dauphin, ai octobre i440| sur les affaires du Dauphiné, dans Pilot de Thorey, Catalogue des actes... ^ t. I, p. 5. — Commission donnée à Jean Bochetel, 'i5 octobre, Bii)l. Nat. pièces orig. t. 377, doss. Bochelel, n^ 3. — Lettres de» 26 octobre, 5 novembre, et 3o décembre. Catalogue des actes, t. I, p. 6 et 7.
* Beaucourt, /Tis^o/re de Charles Vif, t. III, p. 168-170. — A. Tuetey, Les Ecorcheurs sous Charles K//, t. I, p, 5o-5i.
' Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VI f^ t. I, p. 179.
^66 CAlfP.%G5ES ET ?fÉG0CIATI05S DU DAUPHIN
dans le devoir*. Par Montargis 6janvier i-i-i'* ' l^s deux princes gagnèrent Bar-sur-Aube* ; là, Charles VII fît arrêter une vingtaine de chefs de bandes, au nombre desquels Alexandre, bâtard de Bourbon, Tincorrigible fauteur de complots qui, depuis trois ans, fomentait sans cesse la révolte. Après une instruction sommaire de leur procès» les rebelles furent tous exécutés; le bâtard de Bourbon, mis dans un sac, fut a rué » dans l'Aube '; cette mort ignominieuse lui fut infligée, moins pour le punir des désordres commis par sa compagnie (seul motif inscrit dans le jugement) que pour lui faire expier son crime d'avoir « deslogié le Dauphin d'avec le Roi, son père* », terrible exemple qui fit trembler
* Sur cette expédition, roy. Monstrelet, Chronique..., t. V, p. 457- 458. — Jean Charlier, Chronique de Charles VII, t. II, p. ia-i3. — Beaucourt, Histoire de Charles VU, X. 111, p. 170-173. — A. Tuctey, les Ecorcheurs sous Charles Vil, l. I, p. 5o-5i.
' Voy. les Comptes de l'Hôtel de Louis i439-i44'^« publ. par Et. Charavay, pièces just., éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
— Charles VII et le Dauphin passèrent à Sens le 1 1 janWcr (Vallet de Viriville, //is/oirc de Charles VII, t. II, p. 421), ils arrivèrent à Troyes le 16, et y demeurèrent jusqu'au 3i (Beaucourt, Histoire de Charles VU, t. II, p. 4^1 •) Un lit dans le Registre du Conseil de Châlons-sur-Marne (Archives Mun. t. 111, fol. i) : « Ce sont les dons que donnaient ceulx de Troyes au Koy et à Mons*" le Dalphin et aullres seigneurs estans audict en janvier milCCCCXL: Au Roy IIII queues de vin, deux de Beaune et II de pais et XL sextiers d'avoine. A Monsi* le Dalphin 111 queues de vin, une de Beaune et II de pais et XXX sextiers d'avoine. A Mons' Charles d'Anjou deux queues de vin, une de Beaune et une de pais et XX sextiers d'avoine »
* Le i"*" février les princes étaient à Bar-sur-Aube (Yallel de Viriville, /. c.) le 6, le Maître de la chambre aux deniers du Dauphin arrêtait dans cette ville le compte des dépenses de l'Hôtel pour le mois de janvier. Et. Charavay, p. just., éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
* Beaucourt, Histoire de Charles VII ^ t. 111, p. 170.
^ Chronique Martinienne, (éd. A. Vérard) feuillet CClxxxvi \<'.
— Monstrelet dit aussi « Si fiit lors assés commun qu'on lui avoit
ceux qui avaient pris part à la Praguerie en donnant à Louis de mauvais conseils ou en lui prêtant leur concours ; aussi Tun d'eux, Antoine de Chabannes, dont la conscience était fort chargée, n'ayant point a envyede boyre deTeaue * », se hàtat-il de quitter l'armée pour se rendre en lieu sûr. Poursuivant leur chevauchée à travers la province, Charles VII et son fils se rendirent à Langres % puis ils passèrent dans la Haute-Lorraine, y visitèrent Neufchàteau, Donremy, le village où était née Jeanne d'Arc, séjournèrent à Vaucouleurs' où elle s'était présentée au sire de Baudricourt. L'examen des prétentions d'Antoine de Vaudémont qui disputait à René d'Anjou, roi de Sicile, riiéritage de la Lorraine, était le motif officiel du voyage de Charles VII dans ce pays \ mais il est permis de croire qu'en même temps, le Roi accomplissait un pèlerinage pour faire, en quelque sorte, réparation à celle qu'il avait si vilainement abandonnée aux ennemis du royaume. Louis, se trouvant ainsi au milieu des parents et des amis de Jeanne,
ce fait pour ce que durant la guerre d'entre le Roy et son (Us
avoit esté cause priucipalnient d'eslongnier ycelui Daulphin du Roy son père. Chronique.,., t. V, p. 4^8.
* Chronique Martinienne, l. c.
2 Charles VII et le Dauphin firent séjour à Langres du 9 au 21 février, ils se rendirent ensuite à Chaumont-en-Bassigny où ils étaient le ai ; le ao, ils traversaient Montéclair près Andelot, (cf. Beaucourt, Vallet de Viriville, Tuetey, /. c).
^ Le a8 février.
* Beaucourt, Histoire de Charles VII y t. III, p. 171-172. — René duc d'Anjou, deuxième fils de Louis II d'Anjou, roi de Sicile, et d'Yolande d'Aragon, était né à Angers en 1409; il avait épousé, en i4ao, If^abelle de Lorraine, et, en i43o, il avait hérité du duché de Bar.
'l6S CAMPAGI^ES ET NEGOCIATIONS DU DAUPHIN
dut les questionner curieusement sur ce qu'ils se rappelaient de Théroïque Pucelle, dont Thistoire était si intimement mêlée aux souvenirs de son enfance.
Dans les premiers jours de mars, les Princes parvinrent à Saint-Mihiel\ puis, par la vallée de la Meuse, rentrèrent en Champagne ; après un séjour à Châlons\ ils gagnèrent Reims, la ville du sacre , que Louis visitait pour la première fois; là le Roi de France régla en faveur de René d'Anjou la succession de Lorraine \ Enfin, le i*"^ avril ils arrivèrent à Laon ^ ; dans cette ville, du 12 au 3o avril*, se tinrent entre Charles VII et la duchesse Isabelle*, ambassadrice de son mari,
* Le I*"* mars, lors de leur passage à Conimcrcy, les deux princes avaient reçu l'hommage du seigneur de la ville, Robert II de Sarrebruck. — Ils étaient à Saint-Michel les 4 ^^ ^ mars. Cf. Etienne Charavay, Comptes du Dauphin, /. c, p. 170.
*Ils étaient dans cette ville le i5 mars(Vallet de Viriville, /. c.,t. II, p. 4^ï) j — ï^ 16, le Dauphin y donnait des lettres de provision pour un châtelain du Dauphiné. Voy. Pilot deThorey, Catalogue desactes,., ^ t, I, p. 7). — Cf. aussi Arch. com. de ChAlons-sur Marne. Registre du Conseil BB 3, (^ 8a et 84. Inventaire Sommaire (Châlons 1903, in-4°), p. 53.
' Le 27 mars ; cf. Beaucourt, Histoire de Charles K//, t. III, p. 172-173.
^ Vallct de Viriville, Histoire de Charles VII, t. II, p. 4a i. — Compte de la dépense de THôtel du Dauphin a pour mars, à Laon, le 7 avril avant Pâques. » Et. Charavay. /. c, p. 170.
* Les Comptes de la ville de Laon fournissent quelques détails intéressants sur le séjour du Dauphin dans cette ville et les présents que lui offrirent les habitants. Arch. com. CC, 11, fol. 3a et 78. — Le 17 avril, Louis adressait de Laon des lettres au gouverneur du Dauphiné. Catalogue des actes, t. I, p. i5.
* Isabelle de Portugal, fille de Jean I, roi de Portugal (i385-i433) et de sa troisième femme Isabel de Portugal, était née à Evora le i3 février 1398, et avait été mariée, le 10 janvier i43o, à Philippe-le- Bon duc de Bourgogne, dont elle était la troisième femme. Cf. le Père Anselme. Histoire généalogique,.., t. I, p. 59$.
Philippe de Bourgogne, des Conférences diplomatiques d'une haute importance ; les questions qui divisaient les deux cours y furent discutées, ainsi qu'un projet de paix avec T Angle terre ; Charles VII se montra intraitable sur la majeure partie des points débattus et ces pourparlers n'aboutirent à aucun résultat immédiat*. Mais si la duchesse Isabelle partit de Laon contrariée du refus opposé à ses diverses requêtes, elle ne put que se déclarer satisfaite de Taccueil qu'elle avait reçu du Roi et du Dauphin ; celui-ci, surtout, avait entouré sa tante de Bourgogne d'honneurs et de respects ; il lui avait même témoigné les marques de la plus vive affection ; adroitement il s'était assuré sa future protection pour renforcer l'appui qu'il attendait de son oncle Philippe. Son goût pour les intrigues l'emportant, Louis ne gardait pas rancune à Philippe de ne l'avoir point soutenu dans sa lutte contre son père, et il continuait à entretenir avec lui des relations secrètes, de sorte qu'à côté de la diplomatie royale, il en existait une autre, celle du Dauphin ^ et, au moment même que la duchesse Isabelle était sortie de Dijon pour se rendre auprès de Charles VII, Philippe le Bon avait dépêché Bertrandon de la Broquière à son neveu pour traiter avec lui « d'aucunes matières secrettes * ».
* Beaucourt, Histoire de Charles Vil, t. III, p. 174-176.
* Cf. à ce sujet les nombreux envois de messagers indiques dans le Registre delà Chambre des Comptes de Lille. Arch. du Nord. B. 197a.
* Arch. du Nord, B. 197a, fol. 81.
Puisque l'entente avec les Anglais ne pouvait se faire au sujet de la paix, Charles VII se résolut à exécuter rapidement le plan de campagne qu'il avait arrêté à Orléans*. Les deux princes descendirent donc la vallée de TOise pour y reprendre les places que l'ennemi y occupait encore. Après avoir traversé Soissons-, Noyon' et Compiègne*, ils arrivèrent le 22 mai à Provins, d'où, ils envoyèrent des renforts devant Creil que les Anglais tenaient encore malgré un bombardement de plusieurs semaines*^; la capitulation ne pouvant tarder*, ils commirent le soin d'en régler les conditions à Prégent de Coëtivy, amiral de France, et
^ Charles YII et le Dauphin quittèrent Laon le a8 avril. Beaucourt. Histoire de Charles VI Ij t. III, p. 176.
2 Le 7 mai; cf. Comptes de l'Hôtel du Dauphin, publ. par Et. Charavay, pièces just., éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
^ Ils furent reçus à Noyon le 11 mai. et les habitants offrirent au Dauphin du vin et des bœufs, qui portaient des chapeaux avec écussoiis aux armes de la ville. Arch. mun. de Xoyon, Comptes de la ville, ce 4 a. fol. 21-
* Leur joyeuse entrée à Compiègne eut lieu le 14 mai ; Louis reçut pour sa première venue un gobelet d'argent.
*» Jean Chartier, Chronique de Charles 177, t. Il, p. 16. « Et de ce faisoit le Roy très grant diligence en personne ; et y es toit chacun jour en sa compaignic le daulphin de Viennois son hlz... d
* M. de Beaucourt, dans »on Histoire de Charles VII, t. III, p. 177, raconte que le Roi donna Tassant le lendemain de son arrivée et que la place fut emportée sur-le-champ. Tout dillerent est le récit de Jean Chartier, très bien renseigné sur les événements militaires et que nous avons suivi de préférence aux autres chroniqueurs pour les campagnes de Louis contre les Anglais « ... et le vingt-quatrième jour dudit moys. dit Jean Chartier, environ heure de vespre, fut assaillye icelle ville par aucuns dudit siège, de leur voulenté, sans aucune ordonnance...; et yot fait d'un costé et d autre plusieurs grans vaillances et combatu en icelle breschc main a main a la venue du roy, du Daulphin et autres seigneurs qui là estoicnt, lesquels n'estoient pas coutcns que pour celle heure on deust assaillir
à Guillaume Pot, conseiller du Roi% puis ils gagnèrent Saint-Denis *. Le jeudi après TAscension (i*' juin), le Dauphin entra seul à Paris ^; il n'y demeura qu'un jour et une nuit, à Thôtel des Tournelles près la porte Saint-Antoine ; cette courte visite passa presque inaperçue, du moins elle ne fut marquée par aucune réception; mais bientôt les habitants connurent quel avait été l'objet de la secrète mission de Louis « pour ce qu'on leva la plus grant taille à Paris selon la grant pouvreté d'argent et de gaing qui pour lors estoit qu'on eut veù depuis cinquante ans* ». Le jeune Prince était venu régler la somme à imposer aux Parisiens pour les préparatifs du siège de Pontoise. Le 7 juin*, Charles Vil quittait Saint-Denis pour se rendre devant Pontoise, ayant autour de lui, outre le connétable de Richemont et l'amiral de Coëtivy : a plusieurs de son sang et lignaige », Charles d'Anjou, les comtes de la Marche et d'Eu et en tête de cette « grant compaignie souveraine, son filz. Monseigneur le Daulphin* ».
et envoyèrent plussieurs messaiges pour faire retirer les assailleurs lesquelz se retirèrent sans entrer en icelle ville. » Chronique de Charles T//, t. II, p. 16-17.
* Jean Chartier, Chronique de Charles VII, t. Il, p. 17. ^ Bcaucourt, Histoire de Charles VII y l. III, p. 177.
^ Journal d'un Bourgeois de Paris ^ p. 36o.
* Ibid.
' Ce jour, le Dauphin donnait à Saint-Denis des lettres touchant la Monnaie de Romans en Dauphiné. Pilot de Thorey, Catalogue des Actes, t. I, p. 8.
* Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, t. I, p. 181.
'2^1 CAMPAGNES ET NEGOCIATIONS Dl DAUPHIN
Mais, dès que les principales dispositions en vue du siège furent arrêtées*, le Roi confia îa conduite des travaux au connétable et à Tamiral, et s'en revint avec son fils à Saint-Denis. Pendant les quatre mois que dura le blocus de Pontoise, Charles VII et le Dauphin vinrent à plusieurs reprises surveiller les opérations et constater les progrès des assiégeants ; mais leurs visites furent toutes d'assez courte durée ; ils craignaient en les prolongeant de courir le risque d'être enlevés par les troupes anglaises qui, fréquemment, évoluaient dans les environs de la place pour la ravitailler et qui tentèrent même, plusieurs fois, de la débloquer. Le samedi de la Pentecôte (lo juin), le Roi et son fils vinrent à Paris; logés a près le châtel Saint- Antoine )), ils se comportèrent tous deux en étrangers « comme s'ilz eussent peur qu'on leur fist aucun grief » ; cette fois encore, ils venaient chercher de l'argent ; aussitôt leurs affaires d'intérêt terminées, ils s'en retournèrent*.
Du 20 juin aux premiers jours de juillet, Louis fut presque constamment devant Pontoise ^ Selon le récit de Thomas Basin, tandis que le Roi avait
* Pour le siège de Pontoise, a véritable siège de Troie », dit Michelct, voy. le récit très exact et très intéressant qu'en a donné Bcaucourt, d'après les chroniques contemporaines, Histoire de Charles VH, t. III, p. 177-193.
2 Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 36i.
' Lettres de Louis « enl'ost devant Pontoise », 21 juin et a juiUet. dans Pilot de Thorcy, Catalogue des Actes..,, t. I, p. 8, 9. — Les Comptes de l'Hôtel du prince pour le mois de juin furent arrêtés « le 5 de juillet au camp devant Pontoise » Et. Charavay, pièces just., éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 170.
son quartier général à Tabbaye de Maubuisson, le Dauphin, avec plusieurs fameux capitaines cantonnait sur Tautre rive de TOise, au monastèr e de Saint-Martin*; là, il aurait fait construire une redoute formidable contre laquelle se seraient brisés les efforts du duc d'York ; il aurait défendu sa position avec succès pendant que le Roi abandonnait Maubuisson pour se retirer sur Poissy . Cette version diffère beaucoup de ce que rapportent des chroniqueurs mieux renseignés que Thomas Basin sur le siège de Pontoise; mais, du récit de cet historien, qui, presque toujours, se montre défavorable à Louis, nous pouvons retenir que la conduite du jeune Prince pendant cette campagne avait laissé des souvenirs de bravoure et d'habile stratégie. Voici quelle fut, en réalité, la marche des événements : dans la troisième semaine de juillet, le duc d'York, secondé par le célèbre Talbot, avait réussi à franchir la rivière de TOise. Charles VII se trouvant menacé dans Maubuisson, quitta précipitamment cette abbaye avec le Dauphin et gagna Poissy^ ; les Princes n'y furent pas longtemps en sûreté ; avertis de l'approche de Talbot, ils n'eurent que le temps de sortir de la place ; le passage de l'Oise étant heureusement libre, ils se réfugièrent d'abord à Conflans ; quel-
' Thomas Basin, Histoire des règnes de Charles VII et de Louis AT, t. I, p. 1 39-144- — Maubuisson, Com. de Saint-Ouen- TAnmône, cant. et arr. de Pontoise, dép. de Seine-et-Oise.
* Le Dauphin était à Poissy, le aS juillet; cf. Pilol de Thorey, Catalogue des Actes, t. I, p. 9.
gues jours après (3 août), ils s'enfermèrent dans Saint-Denis qu'ils voulaient couvrir contre une attaque possible des Anglais*; là, ils demeurèrent jusqu'après les fêtes de Notre-Dame de la my-août, tenant conseil, ordonnant des levées de troupes, et priant le Saint Patron de la France pour le succès de leurs opérations ; les Anglais cependant ne menaçaient Saint-Denis en aucune façon : alors Charles VII retourna à Conflans, où il établit son quartier général. Louis suivit son Père et, devant Pontoise, l'assista dans l'inspection des travaux et la revue des troupes ^ ; puis, quand l'assaut fut enfin donné (19 septembre), il paya de sa personne en prenant le commandement du groupe chargé de l'attaque a au droit de Nostre-Dame aval* » ; il avait avec lui Charles d'Anjou et le connétable ; tous les trois, jusqu'à la tombée de la nuit « besognèrent sans fin* » ; victorieux sur ce point, Louis rejoignit le Roi et fut à ses côtés l'un des cinq ou six seigneurs qui, chassant l'ennemi devant eux, pénétrèrent des premiers dans la ville et la
* Lettres du Dauphin, datées de Saint-Denis en France, 3, 4. 8, 9 et 14 août, Catalogue des actes .., t. I, p. 9-13. — Bibl. IVat. pièces originales vol. 3o5, dossier Bernes. — Règlement des comptes de l'Hôtel du Dauphin, Saint-Denis, 6 août. Voy. El. Charavay, /. c, p. 171.
'^ Jean Chartier, Chronique de Charles VU, t. II, p. 27. — Lettres de Louis sur l'administration du Dauphinc. datées de Conflans- Sainte-Uonorine, a3, -^8 et 3i août i44i. dans Pilot de Thorey, Catalogue des actes f t. I, p. i3-i5. — Les Comptes de THùtel du prince pour août sont réglés a le 5 septembre à Conflans-les-Pontoise 1» Et. Charavay, /. c.
* Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, t. 1, p. 187.
* Ibid.
parcoururent*. Quelques jours après, Paris célébra cette victoire en offrant à Charles VII des réjouissances auxquelles le Dauphin n'assista pas, pourrait-on croire, car sa présence n'est pas mentionnée dans \e Journal d'un Bourgeois de Paris * ; mais un acte de Louis, daté de Paris, le i5 octobre, ne permet aucun doute sur sa venue dans la grande ville ^ Pour expliquer le silence du chroniqueur, si abondant d'ordinaire en détails précis, il faut supposer que le Dauphin ne se montra point au peuple en liesse, et qu'il se tint enfermé dans son hôtel aux heures des réceptions et cérémonies, boudant ainsi ces bourgeois et ces artisans qui, l'an passé, avaient tant raillé le piteux avortement de la grande Briguerie, et qui, naguères, paraissaient s'amuser si fort des lenteurs du siège de Pontoise. Louis n'aimait pas l'humeur à la fois badaude et frondeuse des Parisiens; il éprouvait môme de l'éloignement pour leur mobilité d esprit, c'est pourquoi, au rebours de tant d'autres ambitieux, il dédaigna toujours les suffrages de la grande cité.
Au mois de décembre, Charles VII en compagnie de la Reine, de Marguerite d'Ecosse, du Dauphin et
* Jean Charticr, Chronique de Charles Vil, t. II, p. ay.
' L'auteur du Journal d'un Bourgeois de Paris dit : a Item ce XXV'' jour vint le Roy à Paris environ IlII heures après digner et ne vint point le Dalphin ce jour u p. 364-
' Cf. Pilot de Thorey, Catalogue des Actes du Dauphin, 1. 1, p. i5.
de Charles d'Anjou, comte du Maine S s'installa à Saumurpour y examiner la situation des provinces de rOuest ; il se proposait d'apporter, avec le concours de son fils, quelque soulagement à ces populations dont les maux si anciens avaient encore été aggravés par les troubles de la Praguerie ^ Louis, collaborateur de son Père dans cette tache, quelle ironie du sort ! Si pénible que fût l'épreuve pour son amour-propre, le jeune Prince fit bonne contenance; il seconda le Roi, dans l'exécution des mesures édictées pour la répression du brigandage ; bien plus, il parut avoir oublié sa parole à La Trémoille de le défendre dans sa personne et dans ses biens envers et contre tous, car il laissa enlever à ce seigneur les forteresses deMareuil% et de Sainte-Hermine*; il ne protesta pas davantage, lorsque le Roi décida que Niort, possession du duc d'Alençon, serait placée désormais sous l'autorité royale.
De sa nouvelle attitude vis-à-vis de son Père, doit-on inférer que Louis était venu à récipiscence ? Nous ne le croyons pas ; mais, pour le moment, le Dauphin pliait, sentant qu'il serait brisé s'il résis-
* Charles d'Anjou avait obtenu, en i438, de son frère aîné René duc d'Anjou et roi de Sicile la cession du comté du Maine, de Château-du-Loir, de Mayenne et de Sablé.
2 Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. a35. — De Sauraur, le i6 décembre, Louis expédiait des lettres de provision pour un office de châtelain en Dauphiné. Catalogue des Actes, t. I, p. 17.
^ Mareuil, ch.-l. de cant., arr. de La Roche-sur-Yon, dép. de la Vendée.
* Sainte- Hermine, ch.-l. de cant., arr. de Fontenay-le-Comte^ dép. de la Vendée.
tait; les leçons de lexpérience portant leurs fruits, il commençait à soupçonner le prix de la patience et renonçant, pour un temps, à tout projet d'usurpation, il cherchait à complaire au Hoi qui était, il fallait bien le reconnaître, le seul dispensateur de l'argent, des dignités et des commandements ; aussi, pendant sa prochaine expédition en Guyenne, contre les envahisseurs, Charles VII n'aura pas de meilleur lieutenant que son fils*.
Au printemps de 1442? I21 Cour quitta le Poitou et se dirigea vers les provinces du Sud, où le Roi se rendait pour tenir une ancienne promesse* : au mois d'août i44o, le comte de Iluntingdon, lieutenant-général de Henri VI, avait mis le siège devant Tartas ; après une résistance courageuse, la ville avait capitulé sous cette condition qu'une « journée » serait assignée sous ses murs entre les Français et les Anglais, et que, si la victoire restait aux premiers, la capitulation serait non avenue; en dernier délai, cette « journée » avait été fixée au 24 juin 144^, et Charles VII faisait diligence
* Pour veiller eux-mômes à l'exécution de ces ordres, Charles VII et le Dauphin se rendirent à Bressuire dans la deuxième semaine de
i 'envier, puis à Niort et à la Rochelle ; (les Comptes de THôtel de ^ouis prouvent que le jeune prince était dans cette ville, le 4 février). Ils s'avancèrent ensuite dans la Saintonge, jusqu'à Saint-Jcaii-d'Ângély et Saintes. Revenus en Poitou, ils s'établirent à Lusignan (ch.- 1. de cant.) arr. de Poitiers, dép. de la Vienne). Louis y prit diverses mesures touchant les affaires du Dauphiné (Lettres des 17 février, i et •! mars) ; et le compte des dépenses de son hôtel pour février y fut arrêté, le 5 mars. Cf. Beaucourt, Histoire de Charles Vil, Le; — Pilot de Thorey, Catalogue des ActeSj t. I, p. 17-18; — Et, Charavay, pièces just. éd. des Lettres de louis Dauphin, p. 171.
2 Beaucourt, Histoire de Charles Vil, t. III, p. 237.
pour se trouver devant Tartas le jour dit, comme il s'y était engagé*.
Pendant ce voyage, il arriva à Louis un accident dont son imagination fut profondément frappée, car il en conserva le souvenir toute sa vie ; c'est en effet, dans Tun de ses derniers mandements, (3o avril i483)*, qu'il a raconté l'aventure parle menu; pourtant, celle-ci n'avait été périlleuse qu'en apparence ; mais Louis, pendant quelques minutes, àBéliuart, avait cru voir la mort de tout près et son effroi avait été grand.
Charles VII avait décidé qu'on ferait séjour à Ruffec pour y célébrer les fêtes de Pâques*. Le Vendredi-Saint, Louis alla se promener seul au lieu dit Béhuart ; * chemin faisant, il rencontra son oncle, Charles d'Anjou, et Louis de Valory, seigneur du Tillay ; pour se divertir, tous les trois montèrent dans une petite barque sur la Charente, et se laissèrent aller au fil de l'eau ; or, près d'un moulin, la rivière forme une espèce de chute; l'esquif tourna ; ils sautèrent tous les trois dans l'eau ; le tourbillon était tel qu'il les « jeta en bas la tète la première. » Ni Louis, ni ses compagnons n'étaient bons nageurs; mais leurs prières à la Vierge intémérée leur sauvèrent la vie ; car, à
* Beaucourt, Histoire de Charles Vil, t. III, p. 232-233 et 238.
^ Le Grand, Histoire de Louis ^/(mauus.), pièces just., Bibl. Nal. f. fr. 6965, (^ 96 v** — 99 I*.
^ Pâques, en cette année, tombait le 1°' avril. Cf. Table chronologique dressée par A. Giry, Manuel de diplomatique (Paris, 1894. in-8®j, p. 201.
* Bibl. Nat. f. fr. Ô965, fo 97 r^.
peine avaient-ils dévotement imploré a l'aide et secours d'icelle » que, incontinent, ils tournèrent (( tout envers, sur la dicte eau, les pieds premiers, laquelle de sa force et impétuosité les jeta sur le milieu d'une petite grève», d'où bientôt, en levant la tète, ils virent les gens qui ce alentour d'illec étoient ». Les trois seigneurs, hors de danger, mais non encore rassurés, avaient peur que le tourbillon ne les jetât plus contre-bas ; ils ôtèrent leurs robes qu'ils avaient fait faire plus longues que jusqu'à mi-jambes, pour l'honneur du saint-Vendredi, et dans lesquelles Teau s'engouffrait; ainsi allégés, ils purent regagner la terre ferme.
Le péril passé, Louis fit une donation àTéglisede Notre-Dame de Béhuart ; c'est cette donation que, dans son mandement de i483, il confirma en reconnaissance du salut qu'il avait dû à la Vierge, par le mérite « des très amères douleurs et angoisses intoUerables qu'elle endura, voyant son très cher Enfant, auteur de vie, pendre et mourir en croix. »
Mais vraiment Louis croyait trop volontiers à une Providence particulière; un miracle n'était pas nécessaire pour sauver les trois compagnons : leur brusque immersion ne pouvait être fatale, puisqu'ils avaient observé le jeûne du saint- Vendredi, et d'ailleurs le tourbillon ne tournoyait pas avec toute sa violence, car le meunier chômant le dit saint jour, son moulin ne moulait pas*.
^ La Coar demeura plusieurs semaines à RufTec ; le 22 avril, Louis
'iSo CAMPAGNES ET NÉGOCIATIONS DU DAUPHIN
A Limoges, Louis vit, pour la première fois, son oncle Charles d'Orléans, Tillustre prisonnier des Anglais* ; en effet, depuis sa délivrance, ce prince, affectant Tattitude d'un mécontent, n'avait pas voulu paraître à la Cour^
Le 2 juin, Charles VII et son fils entrèrent à Toulouse ; ils en sortirent le 1 1 pour se rendre à Tartas ; le Roi n'eut que la peine de recevoir les clés de la ville, car les Anglais ne se présentèrent pas à « la journée ». Il entreprit alors de reconquérir les places de la Gascogne'. Le 25 juin, Saint-Sever « ville forte merveilleusement* » fut emportée; « de ses cinq fermetés », les gens du Dauphin « priment les deux de première venue, sans faire un long procès, et se logèrent dedens* ». L'armée royale marcha ensuite contre Dax, l'une des clés de la Guyenne ; ses imposantes fortifications soutinrent un siège de six semaines ; suivant Martial d'Auvergne , c'est le
expédiait encore de ccUe ville une provision pour la charge de président du Conseil delphinal. Catalogue des Actes.. ,, p. 18-19.
* Beaucourt, Histoire de Charles Vil, t. III, p. 239-340-
^ Sur la délivrance du duc d'Orléans; cf. Beaucourt, /. c, p. i43-
* Voy. Dom Vaissètc, Histoire du Languedoc, t. IX, p. i44* — Thomas Basin, Histoire de Charles VII..., t. I, p. 147. — Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. 240-341.
* Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, t. I, p. 199.
^ Monstrelet, Chronique,.., t. Vï, p. 5»4- — Louis était à Saint- Scvcr le 3o juin et le 2 juillet et il expédiait de cette ville une série de lettres sur les affaires du Dauphiné. Cf. Pilot de Thorey, Cata^^ logue des actes, t. I, p. 19-ai, — Après son succès, le jeune prince alla sans doute prendre quelque repos à Toulouse, car sa présence dans cette ville le i o j uillet est attestée par un mandement qu'il envoyait aux habitants de Romans. Catalogue des Actes, t. I, p. 21-22.
Dauphin qui aurait donné l'assaut. Quand Dax eut été longtemps battu de canons et engins volans,
(( Conclusion, pour faire fin, « Sur ung soir, en ung mouvement, « Là vint Monseigneur le Daulphin « Y donner l'assaultasprement^ »
et le lendemain^ le Roi n eut plus qu'à recevoir la capitulation' (août 1442)*.
Malgré Textrème lassitude éprouvée de part et d'autre ', la conclusion de la paix entre les Anglais
* Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VIT, l. I, p. aoo. — Le Héraut Berry, Chronique (éd. Godcfroy), p. 4'îo.
* Martial d'Auvergne, /. c, p. 'iOG. — Le Héraut Berry qui décrit en détails les opérations du siège dit de même a et a la fin Monseigneur le Dauphin en personne leur livra un assaut soudainement^ mais ceux de la cité, qui avaient de vaillantes gens de guerre de> dans se tinrent bien longuement et deîTendoient bien leur boulevart, qui estoit très fort, mais à la fin le mesme jour sur le vespre il fut pris d'assaut et la première tour devant leur porte ». Chronique.,.^ p. 4^0.
' Héraut Berry, Chronique y p. 4^*1-
^ La date de la capitulation de Dax peut être fixée approximativement au 6 ou 7 août. — Une lettre de Louis, expédiée le 4» était encore datée « Siège devant Ax » Catalogue des Actes..., t. I, p. ati- 23. — Cf. Bcaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, p. 244 et note 2.
* Charles VII fit alors une campagne sur les bords de la Garonne et de la Dordogne ; le Dauphin i accompagna certainement. Le 17 août, les princes quittaient Dax; par Nugron (18 août),Saint-Scver (19), Cazères (ao), Nogaret (21), Condom (24-27), ils arrivèrent le 29 à Agen. Cf. Beaucourt, /. c., p. i^^^uoiQ 2. — Le 20 septembre, ils étaient à Marmande y d'oii Louis expédiait des lettres de orovision Dour l'office de gardien de Vienne en Dauphiné; cf. Catalogue des Actes, t. I, p. 23. Le 3 octobre, l'armée royale mettait le siège devant la Réole « Les François, dit le Héraut Berry, curent beaucoup de mesaises devant ladite place, car l'hiver fut très fort de gelées et de neiges, et si ne pouvoient avoir ny recouvrer aucuns vivres que de Thoulouse, où il y avait bien trente six lieues de distance, et si ne venoient lesdits vivres que parla rivière, laquelle gela, w (Chronique, p. 422). Cependant, après plusieurs assauts très rudes, la Réole fut emportée, mais le château tint jusqu^au 7 décembre; sa résistance permit aux Anglais d'organiser la défense de la
'aSa campagnes et négociations du dauphin
et les Français était toujours retardée, chacun des deux adversaires espérant infliger à Fautre un dernier échec avant de traiter. C'est ainsi que les Anglais avaient assiégé Dieppe et tenté un débarquement en Bretagne, pendant que des négociations se poursuivaient dans les villes du Midi * où le Roi, le Dauphin et la Cour résidèrent tout le printemps de I443^
Guyenne, et sauva Bordeaux que déjà menaçait Tavant-garde de Charles VII. Celui-ci, abandonnant alors la conduite de rexpédition, alla s'établir à Montauban, le a3 décembre.
* D'après l'Inventaire du Trésor de Foix et d'Armagnac, tandis que Charles VI! s'installait à Montauban, le Dauphin serait a retourné en France » (Bibl. Nat. f. fr 696$, f'* ao3 r** et v^). Cette assertion est inexacte, Louis était à Montauban, auprès de son père, les 8, i5, 19, 3o, 3i janvier et 3 février, dates auxquelles il expédiait toute une série de mandements sur les affaires du Dauphiné. Une autre lettre de lui est datée de Montpezat (ch.-l. de cant., arr. de Montauban), le 6 février. Cf. Arch. Nat. P. 2298, p. ia44; — Pilot de Thorey, Catalogue des actes de Louis Dauphin^ t. I, p. a4~29- — Comptes de THôtel, publ. par Et. Charavay, pièces just., éd. des Lettres, p. 187-188.
- Le 26 février, le Roi se rendit à Toulouse, pour y tenir la réunion des Trois-Etats ; le Dauphin y arriva peu de jours après en compagnie de la Reine (Voy. Et. Charavay, pièces just., éd. des Lettres de L.ouis Dauphin, p. 187). — Il lit une entrée solennelle, sur un cheval blanc, portant Marie d'Anjou en croupe. Au-dessus de leurs tètes, les huit capitouls de la ville tenaient un dais brodé aux armes de France et d'Anjou. Une miniature représentant cette • scène fut peinte sur le Registre des Annales capilulaires de Toulouse ; elle a été reproduite dans Dom Vaissète, Histoire du Languedoc (i^*^ éd., Paris, 1730-1745, 5 vol. iuf^), t. V, p. aS, et dans les Mémoires de la Société archéol. du Midi de la France, par A. Quatrefages, t. IV (1840-1843), pi- 4, p. 46- ^*'ous avons pensé qu'il était intéressant d'en donner une nouvelle reproduction. — Voy. Lafaillo, Annales de Toulouse, 1. 1, p. 200-201 et Ibid, Preuves. p. 108; — Beauconrt, Histoire de Charles Vlf^ t. III, p. 22$ : — Et. Charavay, /. c.