LES CONFÉRENCES DE CH\LONS
avait adressé au gouyerneur et aux gens des Comptes du Dauphiné un mandement pour les inciter à donner faveurs, conseil et aide à ses députés ; — il entendait que ceux-ci fussent accueillis comme les représentants du seul Maître de la province*. Le ton impératif de ces premières lettres témoigne que Louis s'étudiait à parler aux Dauphinois comme à des sujets, et, dans quelques passages, il semble leur rappeler tout naturellement ce qu'il est en droit d'attendre d'eux.
Mais avant d'arriver à ses fins, c'est-à-dire à tout ranger à sa décision, il eut à surmonter de dures difficultés; il lui fallut, d'une part, briser les résistances des seigneurs féodaux et des villes dauphinoises, d'autre part, esquiver la surveillance du Conseil royal que Charles VII avait investi d'une sorte de contrôle sur le gouvernement dont son ambitieux fils était titulaire*. C'est pourquoi, pendant six années, si importants, d'ailleurs, que fussent les soins qui l'occupaient, guerres, négociations diplomatiques ou intrigues de Cour, le jeune Prince se tint constamment en relations avec son Dauphiné. D'août i44o à mars i445, cent trente actes', relatifs à l'administration de la province, nous ont été con-
* Cf. Et. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, p. 4-5.
' Voy. rOrdonnance da 28 jaUIct x44o, dans les Ordomtunees de* Rois..., t. Xiil,p. 319.
^ Pilot de Thorey, Catalogue ^des Actes du Dauphin Louis, t. I
45a CAMPAGNES ET NÉGOCIATIONS DU DAUPHIN
serves ; ils sont datés des lieux les plus divers, de toutes les étapes de la longue chevauchée que Louis accomplissait à travers le Royaume, ou au delà des frontières, pour le service de Charles VII : du siège devant Pontoise en juin i44i ; de TOst devant Dax, en août 144^; de Meaux, de Compiègne, de Saint-Denis, de Paris, au retour de la campagne de Normandie (août i443) ; de Tlsle-en- Jourdain et des faubourgs de Séverac, lors de la lutte contre Jean d'Armagnac et Jean de Lescun; d'Altkirch, le lendemain de la bataille de Saint- Jacques; d'Ënsisheim ou de Montbéliard, durant la campagne d'Alsace. Ainsi, au matin d'un assaut^ comme au soir d'un traité, le Dauphin savait se garder la tête assez libre, ou conserver assez son sang-froid pour régler tantôt un simple détail, tantôt un point capital de l'administration de son apanage; et c'est un véritable recueil d'Ordonnances que constitue le catalogue analytique des actes de Louis pendant ces années : rectifications de frontières, acquisitions de nouveaux comtés, lutte contre la grande féodalité laïque et ecclésiastique, conventions avec le bas clergé et les villes, refonte des finances, de la justice, de la police. Louis s'intéresse à tout, et examine tout; il connaît tous les rouages de son gouvernement et il en est l'unique moteur.
p. 4-56 ; sans parler des lettres missives adressées par le jeune, prince aux Gouverneurs et gens des Comptes, ainsi qu'aux ecclésiastiques de la province. £t. Charavay, Lettres du Dauphin, p. 6-