CONFÉRENCES DE CHALONS
chose assez sceue et véri table. •. que ledit maréchal et ses gens ont pourté guerre et rué sur les gens de Monseigneur le Daulphin, avant que icelluy lui portast dommage * » ?
Le (a brouillis » deChâlons avait donc des suites fâcheuses pour le duc Philippe, ses sujets et ses anciens alliés ; chaque déconvenue des Bourguignons causait à Louis un plaisir intime, mais, en somme, les ennuis de ses adversaires lui étaient un bien faible dédommagement des grandes peines que lui avaient coûtées ses travaux et ses intrigues ; il sortait de toutes ces affaires amoindri à ses propres yeux : qu'il était loin de la prépondérance rêvée !
Les traits principaux de la physionomie de Louis dauphin, homme d'action et de cabinet, ne seraient pas tous esquissés dans cette étude si, dès maintenant, nous n'indiquions que le service de Charles Vil et les affaires de la Couronne de France ne suffisaient pas à satisfaire le besoin d'activité cérébrale du jeune Prince. Aux mérites
^ En même temps, le Dauphin, qui n'avait nullement renoncé à tirer vengeance des pertes et des outrages que lui et les siens avaient subis, en janvier i44^y dans leur chevauchée de Montbéliard à Nancy, délivrait à Tun de ses serviteurs, Guillaume Capdorat, des lettres de marque ou de représailles contre tous les marchands bourguignons qui trafiquaient en Dauphiné ; — en bon maître d'hôlel, Capdorat exécutait à la lettre les ordres de son seigneur, et malheur aux marchands de Bourgogne qui lui tombaient sous la main ! — • Cf. Le compte de Jean de Visen, dans Les Ecorcheurs, U II, p. 99-
45o CAMPAGNES ET NÉGOCIATIONS DU DAUPHIN
de vigilant capitaine et aux talents de diplomate qu'il faisait paraître dans son rôle de Lieutenant du Roi, il joignait les qualités foncières, fort rares à cette époque, d'un administrateur sagace. S'il aimait déjà avec passion la terre de France, il réservait, dans son cœur comme dans sa pensée, une place spéciale au Dauphiné, cette belle province qui était dans le Royaume de France, mais qui « n'était pas du Royaume », et, bien que la volonté paternelle le tînt éloigné de cet apanage de façon à ce qu'il parût en être seulement l'usufruitier, peu à peu il prenait possession de la province par ses agents et parvenait à la gouverner en maître souverain.
Lorsque, le 28 Juillet i44o> il avait reçu a les pays, terres et seigneuries du Dauphiné de Viennois avec toutes les villes, cités, cbasteaux et chastellenies, pour joyr et user des cens^ rentes, etc.*... », il avait moins apprécié dans cet avancement d'hoirie, les beaux revenus qui devaient (K lui aidier à soustenir sa despense' }>, que la part d'autorité qui lui était enfin reconnue; aussi avait-il dépêché en hâte Jean, sire de Gamaches' et Gabriel de Bernes pour « en son nom jd, mettre la main sur son apanage ^, et, dès le 3 août, il
' Ordonntmces des Rois..,, t. XIII, p. 3i8-3i9.
* Ibid,
^ Procuration donnée par le Dauphin, le 2 août x44o* Y07. Pilot de Thorey, Catalogue des Actes..., t. I, p. a.
^ lean de Gamaches, maître d'hôtel de Charles YII.