CHAPITRE PREMIER
Un dessin, conservé à la bibliothèque d'Arras, représente le Dauphin Louis à Tâge de dix-huit ans environ \ presque de face et jusqu'à mi-corps, les mains croisées à la hauteur de la ceinture ; le jeune Prince est en costume d'apparat, la pèlerine du manteau et les manches du pourpoint sont garnies d'hermine ; la pose est modeste, l'expression du visage, méditative; on pourrait croire que le modèle a été saisi en état d'oraison mentale, pendant quelque cérémonie religieuse*. L'abon-
^ Bibl. d'Arras, mss ^66, fol. 3 : Ce manuscrit est un recueil de portraits exécutés à la mine de plomb ou à la sanguine, vers i560y d* après des originaux peints ou dessinés.
^ A première vue, ce dessin surprend, car ilne nous confirme pas l'image que nous nous étions formée du Dauphin d'après ses actes; toutefois son authenticité ne nous paraît pas douteuse ; pour nous en convaincre, il nous a suQl de le rapprocher des différents documents iconographiques du roi Louis XI qui nous ont été conservés: la médaille gravée par Francesco da Laurana (Bibl. Nat. Cab. des Médailles) ; — la miniature, attribuée à Jean Foucquet, représentant l'assemblée de l'Ordre de Saint-Michel, présidée parle Roi, en 1469 (Bibl. Nat. Mss. f. fr. 19809; et Estampes, Oa i5, fol. 3); — le portrait de Louis XI, tiré d'un original du cabinet de Gaignères (ibid., Cab. des Estampes, Oa i5, fol. i) ; — et celui d'un original de rilôtel de Soissons {ibid,, fol. a) ; — le portrait, appartenant au baron Yitia et exposé, en 1904, à l'Exposition des Primitifs, œuvre dont l'authenticité a été et est encore très contestée, mais dans
dante chevelure de Louis, taillée en forme de calotte, masque un front que Ton devine élevé et large ; sous des sourcils très arqués et des paupières un peu lourdes, les yeux semblent s'ouvrir avec effort, mais le regard ne manque pas de profondeur ; le nez, nettement séparé du front, est aquilin, « longuet et haut ung petit* »; la bouche paraît légèrement boudeuse, la lèvre inférieure très charnue avançant un peu; la rondeur du menton relevé et Tovale des joues assez pleines' dissimulent une forte mâchoire.
Mais si, chez Louis adolescent, le visage, en somme, n'était pas dépourvu d'agrément, les proportions du corps manquaient d'harmonie : le cou était gros et enfoncé dans les épaules ; sous le buste court, les jambes grêles et très longues marchaient d'une allure incertaine', rien de royal
laquelle certains critiques, au contraire, croient reconnaître roriginal du cabinet de Gaignicrcs ; — un autre portrait de Loais XI, âgé d'environ cinquante ans, œuvre très curieuse de TEcolc de Foucquct, due peut-être au pinceau de Colin d'Amiens, ré%'élée par l'Exposition des Primitifs (Coll. de M. G. de Montbrison) ; — enGn, le dessin du monument funéraire que le Roi s'était fait construire à Cléry; — etc.
C'est en ajoutant à ces éléments les renseignements fournis par les chroniqueurs : Thomas Basin, Philippe de Commynes, etc., que nous avons essayé de reconstituer le portrait physique du Dauphin vers sa vingtième année.
^ Ce sont les termes mêmes qu'employait Louis XI, en 14^3* dans une lettre à Jean Bourré, au sujet du portrait qui devait servir de modèle au sculpteur de son monument funéraire à Cléry. Le Roi y ordonnait de reproduire exactement tous ses traits, même les moins corrects. Voy. G. Bricard. Un serviteur et comoère de Louis XI, Jean Bourré, seigneur du jP/essis (Bordeaux, 1893, in-8®), p. 19a.
2 Jbid.
' Thomas Basin, Histoire de Charles VII et de Louis XI, t. III.
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dans l'attitude du jeune homme, ni même un semblant de prestance. D'ailleurs, Louis n'affectait jamais aucune pose ; en toute circonstance, il se montrait naturel, non par simplicité d'âme ou délicatesse d'esprit, mais par dédain du jugement d'autrui.
Le plus souvent, la mise du jeune Prince était négligée et contribuait à rendre vulgaire l'aspect de sa personne, à tel point que, rencontré dans une de ces promenades qu'il aimait à faire seul ou en compagnie de deux ou trois compères, le Dauphin, parfois, était pris pour quelque valet ou quelque chevaucheur à gages*; il est vrai que, sous un costume dépourvu d'ornements, ou d'étoffe commune, il pouvait aller incognito à ses affaires et, à l'occasion, passer son envie de mystifier les bonnes gens.
Est-ce à dire, pourtant, qu'à Tâge où tous les Princes se plaisent à faire « les fols en habillements' », le Dauphin, déjà, « se habilloit si mal que pis ne povait et portoit un mauvais chapeau différent des aultres^ », comme il fera une fois devenu roi ? On est tenté de croire le contraire, lorsque l'on examine les quelques quittances qui nous ont été conservées des fournisseurs de Louis
p. 166. — n y avait ainsi entre le Dauphin et Charles VU plus d'un trait de ressemblance physique !
' Cf. Thomas Basin, Histoire de Charles VII et de Louis 'JT/, t. III, p. 169.
^ Philippe de Commynes, Mémoires, t. I, p. 74. » Ibid.
ffio LE DAUPHIN A LA COUR
yers sa vingtième année; ces factures attestent que celui-ci n'usait pas que a de mauvais drap* »^ car il achetait, pour ses robes et ses manteaux^ du drap d'or fourré de martre, du velours cramoisi, du velours noir % etc. ; son linge de corps était de la plus fine toile de Reims*. Mais, s'il consentait à revêtir la robe longue et un riche manteau pour les cérémonies, à se montrer en tenue de capitaine quand les circonstances l'exigeaient, le reste du temps, il s'habillait ce fort court »*, son costume favori
^ Philippe de Commynes. Mémoires^ t. II, p. ^4-
^ Quittance de <c Nicolau de Meolosy, flourentin, marchant », confessant avoir reçu de maître Guillaume Goyet, argentier du Dauphin, 710 liv.., 7 s. toum. « pour trois manteaulx et demy de costez de martres sebelines, pour fourrer deux robes longues de drap d'or pour le dit seigneur, achetées au prix de IIII^ livres tournois le manteau..., — pour L dos des dictes martres, pour faire les gect, colet et poignetz des dictes robes..., — pour trois cens de dos de martres de pais, pour fourrer deux robes pour mondit seigneur , l'une de veloux cramoisi et l'autre tie veloux velouté noir, etc. » 1 5 juillet 1439; publ. par Et. Charavay, pièces justif. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 178. — « Uuguet de Bourt, marchant, demeurant à Thoulouse » reconnaît avoir reçu 726 liv., 10 s. t. a pour la vente et délivrance de huit aulnes et demie de drap de soyc... baillez pour le dit seigneur es mois de juin et juillet..., c'est assavoir pour six aulnes et demie de veloux velouté cramoisi..., pour faire une robe », et a deux aulnes de satin cramoisi. .., pour faire un pourpoint ». Quittance du i5 septembre, dans £t. Charavay, /. c, p. 174-175.
' En 144 1| Regnault de Chartres, archevêque de Reims, écrivait aux bourgeois de cette ville pour leur donner avis qu'on avait enlevé de nuit toutes les fines toiles achetées à Reims pour la garde-robe du Dauphin, et les prier d'en envoyer d'autres, comme ils firent par le sieur Godart, qui les présenta «au Dauphin Louis dans Laon » (i-a8 avril). Dom Marlot, Histoire de Reims (Reims, 184$. 4 vol. in-40), t. IV, p. 177.
* Philippe de Commynes, Mémoires^ t. II, p. 74. — Quand, en 1439, Louis, nommé par Charles VU, lieutenant-général en Languedoc, fit sa première joyeuse entrée à Toulouse, il portait une casaque d'ëoarlate, avec des manches fort amples, mais serrées aux poignets, et il était coiifc d'un chaperon à queue, aussi de couleur écarlate (La Faille Annales de Toulouse, t. Il, p. 195). Mais, quatre ans
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était celui d'un pèlerin; c'est ainsi qu'en i443, lorsqu'il préparait sa campagne contre Jean IV d'Armagnac, il entra à Toulouse si bien déguisé que pas un de ceux qui le virent ne le reconnut * !
Malgré les nombreuses preuves d'endurance que le Dauphin donnait dans ses campagnes et ses missions, sa santé, réellement, n'était pas des meilleures*. Les tares physiques qu'il avait héritées de ses ancêtres apparaissent déjà chez le jeune homme ; son sang est pauvre, son tempérament lymphatique ; l'inquiète activité qu'il déploie en toutes occasions, son perpétuel besoin de mouvement, Tirritabilité de son esprit décèlent un système nerveux prématurément ébranlé; et, comme Louis ne se donne aucun relâche, sans cesse besognant, négociant ou complotant, que, chaque jour, il s'empêche de quelque nouvelle affaire ^, et que,
plus tard, en 1443» quand il entra de nouveau dans la même ville, en compagnie de Marie d'Anjou, il porlait cette fois un coslume beaucoup plus simple, et sa mise peu recherchée contrastait même avec la toilette élégante de la Reine. Tandis que celle-ci avait revêtu « une robe bleue doublée d'hermine, et s'était coiiTée d'un chaperon de toile ou de gaze blanche fort rehaussé aux deux côtés et faisant comme un croissant sur son front, le Dauphin portait une sorte de houppelande de couleur grise qui lui descendait jusqu'au-dessus du genou, avec un bonnet sans bordure sur la tête » (La Faille, /. c, p. aoo).
' Le Grand, Histoire de Louis XI (mss), pièces just. Bibl. Nat. f. fr. 6965, fol. 3ia v«.
* Voy. Brachet, Pathologie mentale des Bois de France. Louis XI et ses ascendants, p. lvii-lviii et suiv.
' Philippe de Commynes, Mémoires, t. II, p. 85.
même aux heures de loisir, son entendement travaille*, ou que son corps est surmené par le plus violent des exercices, la chasse ', chez lui, des troubles, des désordres se produisent, avant-coureurs de maladies; il ne souffre pas encore visiblement, mais, bientôt, son sang s'enflammera, ses joues se creuseront, ses cheveux tomberont, et il commencera à sentir les premières atteintes '^ d'un mal que ne parviendront à guérir, ni les cautères des physiciens, ni les pieuses offrandes à saint Eutrope et à saint Fiacre *.
Selon Thomas Basin, les mœurs de Louis étaient si changeantes^ il y avait dans sa conduite tant de contradictions, qu'en raison de sa mobilité d'humeur et de son inconstance^ on ne pouvait lui attribuer telle vertu ou tel vice*. C'est là un jugement qui doit nous être suspect, car il émane d'un détracteur de parti pris *. En effet, si complexe que fût la physionomie morale du Dauphin, elle n'était pas insaisissable, et, pour la reconstituer, il suffit
^ Philippe de Commynes, Mémoires, t. II, p. 85.
* Ibid,, p. 8a-83.
^ Nous avoDS dit plus haut, que Louis tomba malade à Maacy, au retour de la campagne d'Allemagne.
* Cf. Bracbet, Pathologie mentale y p. ltii-lix. — Saint Evtrope et saint Fiacre étaient réputés au moyen-âge comme spécifiques
pour K'S flux sanguins.
* Yoy. les donations faites par le Dauphin à ces saints, en octobre i44^» dans Et. Charavay, pièces just. édit., des Leiiret de Z.out5.. ., p. 2oa-sào3.
< Thomas Basin, Histoire de Charles VII et de Lomis XI, t. UI,
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de rassembler impartialement les traits de caractère dont fourmillent les actes de l'adolescent et du jeune homme ^
Mais, d'abord, il convient d'observer que Louis avait été doué par la nature de solides qualités intellectuelles : le sens droit *, le coup d'œil juste, la décision prompte ; une curiosité des gens et des choses jamais rassasiée, une mémoire prodigieuse, car elle était aussi fidèle qu'étendue*, une vive compréhension des « affaires », et, pour leur conduite, il savait user d'une volonté dc^spotique ou d'une cauteleuse souplesse ; enfin, il était doté d'une puissance de travail telle qu'il remplissait toutes ses tâches, si laborieuses qu'elles fuMent, jusque dans leurs moindres détails.
Les Maîtres et Gouverneurs du Dauphin découvrirent de bonne heure quelques-unes de ses belles facultés *, ils les cultivèrent avec soin et avec succès, peut-on affirmer, puisque cette culture produisit le génie administratif de Louis et ses talents de diplomate. Mais les enseignements de ces sages éducateurs ne purent faire éclore chez l'enfant les qualités morales que la nature lui avait refusées ; les sentiments tendres, tels que la bonté, la pitié, n ont aucune place dans le cœur de
* Sur rhostilitë de Basin envers Louis XI. Voy. Tlntroductioa à \ Histoire de Charles Vil et de Louis JT/, par J . Qaichcrat, t. I,
p. XXI-LXXVII.
' Philippe deCommyncs, Mémoires, t. II, passim. ^ Philippe de Commyiics. Mémoires, t. Il, p. 85.
* Ibid, t. I, p. 74-75.
Louis, aussi son caractère est-il inférieur à son intelligence ; son âme est dénuée de noblesse et son esprit manque de grandeur.
Il semble bien d'ailleurs que, dès Tenfance, Louis ait étouffé volontairement en soi toute aspiration désintéressée et réprimé tout élan vers ce qui n'était pas l'utile ; précocement spéculatif, il avait comparé l'état de misère où se débattait la royauté avec l'image qu'il se faisait de la puissance royale. A ses yeux, son père était la cause de tout le mal, par son manque d'autorité personnelle : le Roi devait être fort, et Charles VII était faible ; il avait cependant quelques mérites, mais Louis les croyait fatalement associés aux défauts qu'il méprisait; très jeune, il avait conçu le type du monarque absolu et l'ambition lui était venue de le réaliser ; bientôt cette passion l'avait pris tout entier; tyrannique et exclusive, elle absorbait tous ses dons, toutes ses forces, et tarissait chez lui la source de tout autre sentiment : de là cette sécheresse de cœur qui singularise Louis adolescent.
Il faut noter que l'activité intellectuelle du Dauphin, toujours si ardente, s'exerça sans préjudice de son activité physique ; à vingt-deux ans, Louis avait parcouru toutes les provinces du royaume, il était déjà réputé cavalier infatigable*; il avait conduit trois campagnes, et pris part à deux autres. Quant aux vagues insinuations de
* Thomas Basin, Histoire de Charles VII et de Louis XI, t. III, p. 167-168.
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certains historiens sur sa couardise naturelle et sa terreur des combats, elles sont non avenues pour qui se rappelle les preuves de courage, voire de vaillance, données par Louis à Tescalade des remparts du Château-Landon, à celle des boulevards de Dax, à lassant de la bastille de Dieppe, puis sous les murs de Dambach; seulement, le jeune Prince avait une bravoure différente « de la fougue impétueuse du chevalier *» , car elle était exempte de témérité : commandant d'armée, il faisait œuvre de tacticien, c'est-à-dire préparait tout pour assurer la victoire, puis surveillait, à quelque distance du champ de bataille, la manœuvre des troupes, laissant volontiers ses lieutenants et ses capitaines d'aventure donner les beaux coups d'épée ; et, en vérité, son activité physique, si prudemment réglée, était rarement stérile.
Dans les expéditions ou entreprises commandées, Louis ménageait donc ses forces, mais il les dépensait sans compter dans la poursuite de ses prétentions et de ses espérances ; on a vu avec quelle ardeur il machinait des intrigues, fomentait des complots, assumait les soucis, les embarras, et, par plaisir, greffait difficulté sur difficulté. A ce jeu passionné, le jeune ambitieux dépassait parfois le but; parfois aussi, comme une araignée folle qui aurait embrouillé ses propres fils, il se
^ Thomas Basin, /. c, p. i86.
prenait à quelqu'un des pièges qu'il avait dressés. Vers quel but précis tendait cette continuelle agitation ? A seize ans, au temps de la Praguerie, Louis, rêvant de conquérir le pouvoir, avait tenté d'escalader le trône; puis, rendu plus sage par sa dure défaite, il s'était soumis aux décrets de la Providence : il avait admis que, seule, la mort de son père pourrait le faire Roi ; mais, en attendant la couronne, il voulait occuper la première place dans le Conseil royal, administrer les affaires, pendant que Charles VII continuerait à régner de nom, comme il faisait depuis qu'il avait abandonné la réalité du pouvoir à ses ministres. Renverser ceux-ci ou les gagner à sa cause, tel était le but que s'était proposé le Dauphin, et constamment, il travaillait à ruiner le crédit des conseillers du Roi ou à attirer certains d'entre eux dans son parti. Lorsque ses intentions eurent été percées à jour par les Princes du sang et les favoris de Charles VII il fut détesté à la Cour, on l'y considéra comme un hôte importun, gênant et dangereux; d'aucuns prévoyaient que, s'il devenait le maître, les Princes devraient retourner dans leurs apanages, et les autres Conseillers se résigner à n'être plus que des commis ou des agents. On s'exagérait peut-être les projets subversifs du jeune Prince, car la haine ne l'aveuglait pas tellement qu'il méconnût les services que quelquesuns de ses ennemis rendaient à la cause royale; il est certain, seulement, que Louis se sentait
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capable d'initiative, qu'il était conscient de son énergie cérébrale et qu'il voulait consacrer ses qualités à l'exercice du pouvoir. Quant à la façon dont il aurait gouverné si le Royaume lui fût alors échu, on ne peut risquer, sur ce point, que des hypothèses ; probablement que, sans rien bouleverser, il aurait imprimé à la machine une nouvelle impulsion, et qu'il aurait maintenu dans leurs fonctions les habiles ministres, s'il en avait obtenu la promesse qu'ils n'agiraient que d'après son initiative, sous sa direction et son contrôle.
Il faut au moins reconnaître que le Dauphin se gardait de heurter de front ses rivaux ; aux heures mêmes de déconvenue, quand il souffrait le plus de son impuissance et de son isolement, il se contenait et savait observer, dans ses rapports avec les courtisans, une politesse froide; parfois cependant, lorsque sa colère était trop forte, il se laissait aller à des écarts de langage. Mais qu'étaient ces boutades, môme les plus grossières, en comparaison de la furieuse impatience qu'en mission ou en campagne, il témoignait à la rencontre du moindre obstacle ? C'est dans cette dernière attitude qu'il faut surtout le considérer si Ton veut connaître son vrai caractère. Louis satisfaisant son besoin d'activité, donnant carrière à ses instincts dominateurs est un personnage redoutable ; malheur à qui lui résiste, le brave, ou le trompe ! Son autorité dégénère vite en sévérité, sa justice en rigueur ; bien plus, la
victime une fois tombée entre ses mains, il goûte à s'acharner contre elle un plaisir méchant : au siège de Dieppe, n'a-t-il pas racheté, au prix de trente livres par tête, certains des prisonniers anglais afin de les livrer lui-même au dernier supplice*; et en i444> quand il se fut emparé du comte Jean IV d'Armagnac, n'imposa-t-il pas au vaincu et à sa famille l'humiliation de traverser la ville de Toulouse sous les moqueries et les insultes de la foule*?
L'atmosphère de la Cour ne convenait pas au tempérament du Dauphin. Nous n'avons, il est vrai, rencontré aucune anecdote qui puisse donner une idée de la figure que faisait le jeune Prince au milieu des seigneurs de Charles VII ; mais, comme il consumait là son temps en menées qu'il s'efforçait de tenir secrètes, nous pouvons nous imaginer que ses manières y devenaient contraintes ; son grand moyen pour donner le change sur ses visées occultes était la dissimulation ; suivant les gens auxquels il avait affaire, et selon les circonstances, il biaisait, louvoyait ou mentait. Pour surprendre quelques renseignements sur ses ennemis, il s'acoquinait aux commérages des subalternes ; bref, il satisfaisait ce goût des mesquines intrigues qu'il avait hérité de sa grand'mère Isabeau.
Dans ses relations avec les Princes du sang, il
^ Le Grand, Histoire de Louis XI (mss), pièces just. fiibl. Nat. f. fr. 6965 fol. 100.
2 Ibid., foL 3 10 vo.
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use d'une prudente souplesse ; bien qu'il tienne Charles d'Anjou, comte du Maine, et René d'Anjou, roi de Sicile, pour ses pires ennemis, parce qu'ils ont usurpé le pouvoir et le crédit qui ne sont dus qu'au seul fils de France, il leur fait néanmoins bonne mine ; il se promène et chevauche en compagnie du comte du Maine, il entretient une correspondance suivie avec René ; et, cependant, il médite la ruine de ces « deux Angevins » *. Le duc Charles d'Orléans n'était pas dans les bonnes grâces de Charles VII qui ne lui pardonnait ni son mariage avec Marie de Clèves, princesse alliée à la Maison de Bourgogne % ni sa prétention à tenir le rôle de chef des seigneurs'; or, uniquement pour contrarier son père, le Dauphin témoigne les marques d'une affectueuse déférence à son « bon oncle d'Orléans ». Il ne paraît pas d'ailleurs avoir entretenu avec lui un commerce bien étroit ; pourtant, les deux princes avaient un goût commun, celui des animaux étranges, et l'on trouve qu'ils ont fait entre eux un amusant échange de bêtes de race *.
La dissimulation de Louis n'avait d'égale que sa méfiance : son amitié était ombrageuse à l'excès,
* Voy. Beaucourt. Histoire de Charles VIL t. IV, p. ioa-104. — Lccoy de la Marche, Le Roi René, t. I, p. a45-a46.
* Sur les relations de Charles d'Orléans avec le Roi, voy. Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. III, le chap. sur les Conférences de Nevers, et passim.
» Ibid.
^ Lettre de Louis, dans Et. Charavay, Lettres du Dauphin p. 3i-3a.
mais avait-il à proprement parier des amis? Comme il ne prenait pour mesure de la valeur des gens que leur utilité, il ne s'attachait guère que des auxiliaires ; comme toutes ses démarches étaient dictées par l'intérêt, il ne favorisait que ceux dont il attendait des services immédiats ou ceux que, dans sa pensée toujours prévoyante, il désignait pour les officiers de sa future puissance. Mais la bonne entente ne pouvait être de longue durée entre lui et ses alliés ; il avait Tesprit si méfiant que, sur les plus légères apparences, il croyait à la trahison et rompait le pacte : témoin ses brouilles avec le comte de Saint-Pol, Jean de Bueil et Dunois ^
Commynes notera plus tard que le roi Louis XI était (( naturellement assez ennemi des Grands qui se pouvaient passer de lui * » ; cette remarque peut déjà être faite au sujet du Dauphin, chez qui, du reste, vers sa vingtième année, apparaissent les principaux traits qu'offrira la physionomie du Roi. Mais, en traçant cette esquisse du jeune homme, gardons-nous de trop appuyer le crayon, car, à la vérité, les documents ne nous fournissent que des indices.
^ Depuis i44o, le comte de Saint-Pol passait pour être très avant dans SOS bonucs grâces ; en i44^» Louis se brouille avec lui ; il rompt (io mètnc avec Buoil, son homme de confiance dans la campagne dAllemagne, et lui retire les châtcllenies de Querieu et do Balme. Apres avoir fait quelque temps bonne mine à Dunois et lui avoir donné la seigneurie de Valbonais en Dauphiné, U la lui enlève .
^ Philippe de Commynes, Mémoires,.., t. I, p. 73.
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Dès le début de son Gouvernement en Languedoc (Mai 1439) , Louis avait éprouvé que les subsides alloués par Charles VII n'étaient pas suffisants ; il en avait demandé de supplémentaires aux Etats de la Province ; depuis, dans ses campagnes et ses missions, il s'était adressé, pour « avoir finances », aux assemblées provinciales et aux magistrats municipaux des bonnes villes. La liste est longue, et le total élevé des dons gratuits qui furent octroyés à Monseigneur le Dauphin de i44o à i445 S par les Etats des diverses provinces du royaume, Languedoc, Auvergne, Limousin*, etc. Et pour-
^ Même les dons gratuits des Etats du Dauphinë et les revenus de cette province étant laissés de côté.
^ Citons quelques-unes des sommes que le Dauphin obtint ainsi de la générosité des provinces : En septembre i44o, les Trois Etats du Languedoc lui votent 3 000 livres (Dom*Vaissète, Histoire du Languedoc, t. IX, col. ii4i)« — En novembre, il touche i.ia5 livres sur les i 5oo qu'à Clermont, au mois de mai précédent, les Trois Etats d'Auvergne lui avaient accordées (Bibl. Nat. f. fr. 204^0, fol. 3). — En i44^> au mois de janvier, il donne deux quittances, de 5oo livres chacune, pour les aides fournies par les Etats du Haut et du Bas pays de Limousin (Et. Charavay. pièces just. éd. des Lettres de Louis, p. i84-i85 ; Bibl. Nat. f. fr. 204^0, fol. 5). — Le 3 décembre de la même année, le Bas Limousin lui fait un nouveau don de 5oo livres (Bibl. Nat., ibid.). — Le 20 mai 1443, c'est le Haut pays qui lui octroie une nouvelle donation, également de 5oo livres (Ibid.). — En octobre, les Etats de Languedoc donnent 1 000 livres; l'année suivante (i444)i^s en accordent 2000 (Dom Vaissète, /. c, p. 1 146-1147). — Pendant la campagne d'Allemagne, le 18 septembre i444> ^oiiis touche 9000 livres octroyées par les gens du Bas pays d'Auvergne, tant pour la conduite de sa guerre que pour autres affaires : a pour nous aider, dit-il, à soustenir nostre estât et supporter la grant despence que chascun jour nous convient faire ; et aussi à ce que nous ayons ledit pais pour recommandé envers mondit seigneur. » (Et. Charavay, /. c, p. 195.) — Le 26 septembre, les lettres du Dauphin constatent que les
tant Louis, presque toujours, manquait d'argent ; pour s'en procurer, maintes fois il dut recourir à des expédients; le 9 juin i44-» Olivier Frétard, son Maître- d'Hôtel, et Casin Chaille, son Trésorier, se font prêter par les abbé et religieux de Saint- Antoine de Viennois « une crosse d'or pesant deux marcs, — enrichie d'un rubis, de douze pierres balays et de vingt-huit grosses perles ; — plus un hanap d'argent doré aux armes de Monseigneur le duc de Bourbon, — incrusté de huit pierres balays, cinq saphirs, douze petits diamants et quarante-huit grosses perles ». Peu de temps après, le Dauphin emprunte douze cents écus sur ces joyaux, et ce ne sera que dixneuf ans plus tard, à son avènement au trône, qu'il se trouvera en mesure de dégager ces objets sacrés*.
Quand après la campagne d'Alsace, il rentra à Nancy, il étaft en a si grant besoing et nécessité »
Etats du Languedoc, qui ont voté au roi 160000 livres' tournois, ont donné au jeune prince un surplus personnel de 6 000 livres (Bibl. Nat., f. fr. 20420, fol. 6). On pourrait prolonger cette liste; notons seulement que ces dons sont sans préjudice des sommes allouées par le Roi au Dauphin quand il le charge d'une mission. Ainsi rappelons que sur les 240000 florins qu'en i44^ l^^ Roi a mis sus en ses pais de Languedoïl, Louis, partant pour Dieppe, a reçu 12000 livres. — De même, en février i444» il perçoit 4000 livres, pour distribuer à plusieurs capitaines de gens d'armes et de trait a qu'il avait alors en sa compagnie » (Comptes de i444» dans Et. Charavay, /. c, p. 189). — A l'occasion de son expédition « en aucunes parties d'Allemagne », il reçoit de Charles VII, 8000 livres, (i pour lo payement des gens d'armes 0 qu'il emmène avec lui, plus 2000 livres, à son usage personnel, « pour lui ayder en son voïage ». (Ibid.)
^ Le Grand, Histoire de Louis XI (mss), Bibl. Nat. f. fr. 6961 (pièces just.).
que Jehan de la Borderie lui prêta cinq mille cinq cents livres tournois ; le jeune Prince défendit qu'aucune déclaration fut faite de son emprunt; du reste, il le remboursa dans un assez bref délai, lorsqu'une aide de vingt-huit mille florins, votée par les Etats du Dauphiné (décembre i444)» l'eut remis à flot*.
Pour se créer des ressources, il imaginait les moyens les plus inattendus, comme le prouvent ses demandes de secours aux bonnes villes ; par exemple, le 17 juillet i445, il adresse à la cité de Senlis de longues lettres où il fait sonner haut ses services dans la campagne d'Alsace (qui, à cette date, était terminée depuis six mois) ; au péril de ses jours, il a débarrassé le Royaume des Compagnies, il a bien pourvu et remédié à tout, « ainsi que nostre vouloir estoit de faire et encore est, se besoing en estoit^ » ; d'ailleurs il n'a été que le lieutenant du Roi, il n'a agi que par le bon plaisir et la volonté de Monseigneur, dans cette expédition lointaine qui lui a coûté tant de peines et tant d'argent; il est donc juste que les gens de Senlis l'aident à payer a les grosses finances » qu'il a dû faire a tant par empruns comme autrement » ; il ne doute pas de leur générosité ; il leur demande de lui donner tout de suite tout ce qu'ils peuvent;
' Lettres de Louis du 14 février 144^» dans Et. Charavay, cdit. des Lettres... pièces just., p. 197. — Sur la pauvreté du Dauphin pendant et après la campagne d Alsace, voy. aussi : Bibl. Nat., f. fr. 29093 (Pièces Orig. 2609, Dossier Salazar, pièces 43, 45.)
^ Et. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, p. 21.
ce nous veullez octroyer à cestui nostre besoing et première requeste, aucune somme d'argent à vous supportable*. » Quand les magistrats municipaux de Senlis eurent sur ce délibéré, ils arrêtèrent a que, pour la grant affection que la ville » avait à Monseigneur le Dauphin, et « pour estre et demeurer en Tamour dudit Monseigneur », on lui paierait, à la Saint-Martin d*hiver, la somme de quatre-vingts livres tournois*.
Les lettres closes de Louis aux Beauvaisiens sont plus significatives encore; comme dans celles destinées à Senlis, il vante ses exploits a accomplis au grand danger de sa personne' » ; puis, il confesse que, pour évacuer sur TAllemagne ses bandes de Routiers, il a fait a grans dépenses et loué grant argent », si bien qu'il se trouve a obligez envers plusieurs marchans* » ; les gens d'église, les bourgeois et autres habitants de Beauvais ne laisseront certainement pas protester chez les usuriers et les Lombards la signature du Dauphin de France ; persuadé qu'il est de leur dévouement, le jeune Prince s'attend à ce qu'ils s'unissent pour l'aider, et il ajoute a ce faisant, nous ferez très singulier plaisir et le recognoistrons en temps et lieu, quant d'aucune chose aurez à besongner devers mondit Seigneur [le Roi] et nous
* El. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, p. ai-aa.
2 Ibid., p. ia, n. i.
3 Arch. Comm. de Beauvais, B.B. 7.
* Ibid.
pour VOS affaires * ». Le jeudi, 19 août, le Maire et les Echevins de Beauvais votèrent au Dauphin un don de deux cents francs, dont le quart devrait être payé par les gens d'Eglise ^ !
Moins généreuse, vu son importance et sa richesse plus grandes, avait été la ville de Châlons-sur-Marne qui, sollicitée aussi, quelques mois auparavant par le Prince, ne lui avait accordé que « deux à trois cents francs, veu la povreté et diminucion du peuple^ ». Ces requêtes pour obtenir finances, bien que toutes rédigées avec un égal artifice, avaient donc des succès divers; sur le même article, Louis usait de formes plus simples avec ses familiers : « Compère, écrivait-il à Tun d'eux : je vous prie que baillez à Guillaume Semogni vint escuz, car pour ceste heure, je ne lui puis rien bailler*. »
A quoi le Dauphin dépensait-il tout l'argent qui lui était octroyé ? Ce n'était certainement ni en folles prodigalités, ni en fantaisies ruineuses ; les dépenses de son Hôtel ne paraissent point excessives : avant i44o, elles étaient de douze mille livres par an, de i44o à i444' elles sont, en moyenne, de quatorze mille livres ; de seize mille livres, en i445'. Le Dauphin n'est épris ni du
* Arch. Comm. de Beauvais, B.B. 7.
^ Ibid.
^ Délibération du Conseil de Chàlons-sur-Mame, publ. par Et. Charavay, pièces just. de l'éd. des Lettres de Louis Dauphiriyp. 198.
♦ Et. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, p. 28.
^ Voy. Comptes de l'Hôtel du Dauphin, 16 juillet 1440 à
luxe, ni des plaisirs coûteux ; d'ailleurs, il est presque toujours en campagne, et lorsqu'il revient à la Cour, il ne donne aucune fête ; les cérémonies et les réceptions auxquelles il assiste sont défrayées par le Roi; c'est celui-ci qui accueille somptueusement les princes français ou étrangers et les ambassadeurs des rois alliés ; quant au Dauphin qui est pauvre et qui, pour vexer son père, s'amuse à affecter le dénuement, il ne s'offre que des cadeaux utiles ; parfois, il achète une pipe de bon vin dont il régale tel ou tel ministre, quelque membre du grand Conseil, ou quelque ambassadeur \ Il faut croire que le jeune Prince versait dans une cassette particulière les sommes qu'il réussissait à se faire octroyer personnellement, puisque ni les Comptes de son Hôtel ni ceux de son Argenterie* ne s'en trouvent augmentés. C'est de cette caisse secrète que sortait l'argent qu'à maintes reprises nous l'avons vu distribuer autour de lui, dans ses campagnes et ses missions; telle des gratifications qu'il accordait aux gens dont il était satisfait nous paraît considérable : au mois de mai i445, Gabriel de Bernes, plénipotentiaire
mars i442> publ. par Et. Charavay, pièces just. ëd. des Lettres de Louis, p. 170-171. — Comptes d'avril i443 à avril i444, ibid., p. 187-188. — Comptes du i**" octobre i444 à avril i445, ibid., P- 195-197.
^ Cf. Comptes de la maison du Dauphin, ibid., p. 196-197.
^ Sur l'Argenterie du Dauphin, il existe une pièce très curieuse, publiée dans Les La Tremoille pendant cinq siècles, t. I, p. aa4- 22 5. l*]n voici la teneur :
« Assignacions baillées pour la despense de Targenterie de Monseigneur le Dalphin, commençant le premier jour de juillet CCCCXL
de Louis aux Conférences de Zofingen, reçoit six cents écus d'or en récompense de ses services * ; presque au même temps, le Dauphin donne cinq cents écus à l'un de ses familiers, mille écus à un autre ', etc. Mais, nous ne connaissons pas les bénéficiaires de ses plus grosses largesses ; nous pouvons seulement induire de l'importance des sommes que lui coûtait la conduite de ses affaires, qu'il employait pour celles-ci un grand nombre de gens ; il payait des dévouements, achetait des fidélités, entretenait des émissaires, s'assurait des intelligences ou des complicités. De plus, vers sa vingtième année, le désir lui était venu d'acquérir
et finissant le dernier jour de juing CCCCXLII qui sont XXIIII mois entiers :
« Sur le receveur de Foresta looo liv.
a Sur le grenetier de Nogen-Rur-Saine lao liv.
« Sur les terres de Mons' de Belleville, en Poitou 600 liv.
« Sur les terres du S^ de Monstereau-Bonnin . . aoo liv.
« Sur le receveur de l'aide en Poitou ù prendre
sur le non-valoir aoo liv.
« Sur les terres Mons^ de la Trémolc en Poitou. 1200 liv.
H Sur le receveur de Languedoc auoo liv.
« Sur le trésorier du Dalphiné à prendre sur la
recepte de Valentinoys 1000 liv.
Somme des dictes assignacions 63^0 liv.
Dont fault rabattre sur le receveur de Forests
pour le trop chargé 100 liv.
Sur Monsf de Belleville . . . ( Pour ce qu'ils ) aoo liv.
Sur Mon^>ieur de La Trimole. { les ontrccuz. S aoo liv.
Sur Valentinoys pour trop chargé 1000 liv.
Ainsi ne demourc de net, pour lesdits XXIIII mov^, que III*
*IXc XX liv.
Des II" fr. de Languedoc il n'en encore esté riens receu.
Les gaiges du tailleur pour les faczons, lingière et peletiers, se pregnent sur les dites assignucions.
Item, les gaiges du contrôleur, de l'argentier, voyages et chevauchées. ï>
^ Bibl. Nat., anc. f. lat. 10.961 (Fontanicu, cartulaire du Dauphiné. t. VIU.)
2 Bibl. Nat., f. fr. 2o58o, fol. 47.
/l78 LE DAUPHIN A LA COUR
des terres et des places fortes, car en dehors de son Dauphiné, il ne possédait que la seigneurie de Rocheterre (dans le Rouergue) que Charles VII lui avait donnée quelque temps après la Praguerie ^ ; il achetait donc, de temps en temps, quelques biens, de façon à se constituer un domaine privé ; une de ses acquisitions les plus notables est celle qu'il fit, le 2 juillet i44i^ de la place de Château-Thierry, moyennant six mille écus d'or qu'il paya au chef des Ecorcheurs,Poton deXaintrailles^ Enfin, le ciel avait sa large part des libéralités de Louis, témoin ses fondations pieuses, ses riches ex-voto, ses offrandes et ses fréquentes aumônes. C'était très probablement en raison de ses bonnes œuvres que le Dauphin était tenu pour un jeune homme fort dévot, car la liberté de son langage, sa conduite souvent équivoque, son humeur violente et vindicative pouvaient faire douter de la profondeur de sa piété. En effet, bien que supérieur par Tintelligence à la plupart des Grands, ses contemporains, il avait, en fait de religion, la même mentalité que le commun des gens de son siècle, et, à la Cour de France, où nombre de Pharisiens multipliaient les pratiques extérieures, il se distinguait pourtant par son extrême ferveur dans le culte des Saints ; il vénérait « à l'italienne »
* Lettres de Charles VII du 19 octobre 1440. Arch. Nat., P. aagS,
- Quittance de Poton de Xaintraillcs, datée du 22 décembre i44i, publ. par Et. Charavay, pièces just. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 184.
L^HOMME PRIVÉ 'l79
leurs images et leurs reliques ; riiumilité de son attitude aux heures de dévotion surprenait quiconque connaissait le tour si gaulois de son esprit et son goût très vif pour les grosses facéties et les licencieuses soties.
Il est certain que Louis partageait plusieurs des croyances du populaire, mais comme il n'avait pas Tàme simple, il n'était pas tout uniment superstitieux, et, dans ses pratiques dévotieuses mêmes, ses tendances naturelles apparaissent encore. Il considérait les Saints du Paradis comme des demidivinités qu'il s'agissait de se rendre propices ; il s'était imaginé d'entrer en relations d'affaires avec eux, et ces relations ressemblaient beaucoup à celles qu'un riche particulier entretient avec ses fournisseurs. L'idée de ce pieux commerce lui avait été suggérée par une singulière interprétation de la Légende et de la Vie des Saints : il les avait^ en effet, étudiées profondément à un point de vue tout spécial, cherchant à y découvrir quelle était exactement la vertu spécifique de chacun des Grands Saints, son crédit dans le ciel, son rôle dans les choses humaines ; il savait comment il convenait de s'adresser à celui-ci pour être préservé d'une maladie ; comment, pour être guéri du même mal, il fallait implorer celui-là. L'histoire des sanctuaires vénérés lui était connue ainsi que le nombre et l'importance des miracles que leurs Patrons y avaient opérés ; il croyait que tel Saint, invoqué avec ferveur et riches dons à l'appui, fai-
48o LE DAUPHIN A LA COUR
sait périr votre ennemi, que tel autre vous donnait la victoire ; et, comme il supposait que les plus puissants des canonisés devaient être les plus exigeants, il se trouvait parfois induit en de grosses dépenses !
Jean Majoris, ministre des dévotions de Louis, était naturellement le comptable et Téconome de ses œuvres pies\ A s'acquitter exactement de ses tâches de confiance, il gagnait des prébendes et des donations'; de plus, il pouvait espérer être longtemps maintenu dans sa dignité de confesseur du Dauphin, car celui-ci qui, à l'égard de ses autres conseillers ou serviteurs, se montrait si facilement irritable et soupçonneux, eût peut-être craint de compromettre le succès des prières et des pèlerinages qu'il faisait faire par procuration, s'il en avait changé l'interprète et le pèlerin '. Voici deux exemples des pieuses commissions dont Majoris était chargé par son maître : Le i6 avril i444»
* Cf. Notice sur Jean Majoris, ibid., p. 370-371.
' Le 25 octobre i/i.\i le Dauphin recommandait instamment Jean Majoris au chapitre de Saint-Martin de Tours, pour la première prébende vacante : « Très chers et bien amez, écrivait-il aux chanoines, vous savez assez le grant désir et aficction que nous avons au bien et provision de nostre amé et féal confesseur Jehan Majoris, chantre de vostre Eglise, et comment de vive voix nous avons autrefois prié et requis et par plusieurs lettres de par nous à tous envoiéos, et dernièrement fait rescripre Monseigneur à la faveur de nostre dit conf«*sscur. et chargé de par nous nostre amé et féal Guillaume d'Avaugor, baillif de Touraine, vous dire et remonstrer le grant désir et affection que nous avons à la provision d'icellui nostredit confesseur... » Et. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, p. 7-8.
^ Le 2 3 février 14 îo. c'est-à-dire au moment même où il rompait avec Charles VII et congédiait la plupart de ses serviteurs, le Dauphin aliirmait une fois de plus son affection pour son confesseur. Il
i/homme privé /|8i
il reçoit une somme de deux mille écus d'or « pour icelle convertir et employer à faire certains pèlerinages et veuz fais par mondit seigneur (le Dauphin) , tant à Saint-Jacques (de Compostelle) , en Galice, comme ailleurs ^.. ». Le 20 octobre i445, quatre cents écus d'or lui sont remis pour qu'il les distribue, ce de par mondit seigneur en la manière qui s'ensuit : deux cents écus à saint Antoine de Viennois, cent à saint Eutrope et cent à saint Fiacre* ».
Dans les conjonctures tout à fait graves, ou quand un danger le menace personnellement, Louis implore la Vierge Marie et les Saints de la meilleure marque ; pour la conservation de sa santé et riieureux succès de ses « combinaisons » politiques, diplomatiques et autres, il appelle à son aide de certains Saints que, sur la foi de traditions populaires, il croit compétents dans le cas particulier qui l'intéresse.
A travers ces imaginations superstitieuses, le sens politique du jeune Prince se fait jour encore. Est-il sur le point de traiter avec une province ou
écrivait au maire et dchevins de ChAlons-sur-Marne pour obtenir, grâce à leur entremise, rélection. par le chapitre, de Jean Majoris « comme pasteur et evesqiie ». On lit en effet, dans le Registre du Conseil de Châlons : « conclu qu'on ira en notable compagnie devers Mess du Chapitre pour leur supplier de fere et occomplir le contenu des lettres de Mondit seigneur le Dalphin. » Arch. Com. de Châlons, BB 3. fol. 76 v^.
^ Quittance de Jean Majoris du 22 août i444> dans Et. Charavay, pièces just. l. c, p. 190-191.
'^ Quittance de Jean Majoris, publ. par Et. Charavay, dans les pièces just. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 202-203.
fiS'2 LE DAUPHIN A LA COUR
une ville ? il s'enquiert quel Saint y est le plus honoré, et, dans son église, ou sa chapelle, il fait dire des prières solennelles afin de gagner à la fois la protection du Saint et les sympathies de ses zélateurs. A peine installé dans la forteresse de Montbéliard, il se hâta de rendre ostensiblement ses devoirs à saint Maimbœuf \ de telle sorte que les habitants, tout à Theure si effrayés par la soudaine apparition du chef des Ecorcheurs, recouvrèrent un peu de calme en voyant celui-ci prosterné aux pieds de leur grand patron. Remarquons aussi que le Dauphin portait une révérence particulière a à saint Michel au péril de la mer » ; il considérait le rocher que couronne le sanctuaire de Tarchange comme le symbole de l'indépendance du rovaume*.
Mais, — et nous devons y insister, — Toubli des devoirs moraux du chrétien se faisait, chez le jeune Prince, au profit des pratiques extérieures; il croyait soulager sa conscience de tous scrupules par des actes de dévotion, ou par de pieuses libé-
^ A. Tuetey, Les Ecorcheurs sous Charles VU, t. I, an.
^ Louis portait toujours avec lui une petite statue de saint Michel (Ml or massif, voy. Simcon Luce, La France pendant la Guerre de Cent ansj p. 38i. — £n i.i4^« 1^' Dauphin mtervieui personncUement dans lelection de l'abbé du Monastère, et, attendu qu* «. entre les autres notables monastères de ce royaume, ausquels les Roys d'icclui de très noble recordation ont eu sin^lierc dévotion i> celui du Mont Saint-Michel a est l'un qui despieça est réservé et adjoint à la couronne de France », il écrit, à ce sujet, le 19 octobre une lettn.» très sévère à Tévèque d'Autun. Cf. Et. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, p. a-^-a"). — Voy. aussi : Privilège accordé par le Dauphin à Hugues de Chauvigny. abbé de la Chaise Dieu, célèbre monastère du diocèse de Clermont (Noyon, 3o juillet i444)* Galiia Christiana, t. II, col. 347.
ralités, et son égoïsme se trouvait renforcé par cette croyance ; il vivait presque exclusivement pour soi, les liens de la famille pas plus que ceux de Tamitié ne comptaient à ses yeux ; de Thomme vraiment pieux, il n'avait que les dehors, et parfois même, il ne sauvait pas les apparences ; ainsi, pendant un séjour qu'il fit à Meaux, en septembre i/|43, ce là fut aucuns jour que oncques n'alla à l'église ^ ». Sans doute qu'alors, il se donnait un peu de bon temps en compagnie de quelques francs lurons.
Des rares et très légères allusions des chroniqueurs aux mœurs de Louis à cette époque, nous pouvons conclure qu'il s'était affranchi de la foi conjugale^ et qu'il ne se faisait pas scrupule de mener la vie de garçon ; or, celles de ses liaisons amoureuses dont nous avons rencontré des témoignages, sont toutes postérieures à l'année i445, terme de cette étude '. Il semblerait donc, qu antérieui-ement à son veuvage, le
* Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 369.
' Le Bourgeois de Paris, dans le passage de son Journal cité oidessus, dit aussi « ... que tous les jours aller chacer et faire telles vatiités ou pis... »
^ C'est à tort que Beaucourt, s'appuyant sur le témoignage du Père Anselme, Histoire Généalogique..., t. I, p. laa, attribue au Dauphin une (ilie naturelle nommée Guyettc qui serait née, du vivant de Marguerite d'Ecosse, des relations du Prince avec Fclize Regnard {Histoire de Charles Vil, t. IV). — La vérité est que Felize Kcgnard ne devint la maîtresse du Dauphin qu'après 1447; quant à Guyette, elle serait, non une (îUe naturelle du Dauphin, mais nue jeune Dauphinoise avec laquelle il aurait entretenu (toujours après 1447) ^^® liaison passagère. Cf. Pilot de ïhorey, Catalogue des Actes, t. I, p. 36o, n. 3.
jeune Prince n'aurait eu que de banales galanteries, ou qu'il se serait contenté de conquêtes faites au hasard de ces escapades nocturnes dont il était coutumier, dit-on, quand il séjournait quelque temps dans une grande ville ; si, d'aventure, il y avait noué une intrigue, bientôt son départ la dénouait, sans que personne de son entourage ait eu le temps d'observer et de noter les détails de l'incident. La disette d'anecdotes caractéristiques, de détails suggestifs sur la vie privée du Dauphin, adolescent et jeune homme, naurait-elle pas pour cause, la fréquence de ses déplacements?
Dans les châteaux qu'il choisissait pour résidence au cours de ses voyages, Louis ne s'offraitil jamais de parties fines ou joyeuses ? Ne conviaitil pas, quelquefois, les seigneurs et les dames de l'endroit et du voisinage à de beaux festins suivis de danses ? Aucun texte ne permet de répondre précisément à ces questions ; mais nous pouvons avancer que les jeux, les luttes, les joutes et les divertissements chers aux jeunes chevaliers étaient sans attrait pour le Dauphin; il est certain même que les fêtes et les réjouissances données à la Cour lui causaient de la fatigue et de l'ennui ; du reste, il n'assistait qu'à celles où sa présence était exigée par l'étiquette, et l'on peut presque affirmer que cet étrange Valois ne rompit jamais de lance dans aucun tournoi. 11 était pourtant d'une adresse et d'une agilité remarquables, mais, exempt de
gloriole, il n'avait point le goût des exercices de parade. En vérité, lorsqu'il était de loisir, il ne trouvait d'amusement qu'à donner, en personne, quelques soins à sa volière et à son chenil, et, comme diversion à ses travaux et à ses soucis, volontairement, il ne reconnaissait que les passetemps de chasses.
Elevé dans un château qu'entouraient de vastes forêts, il avait possédé, très tôt, son arc, ses flèches, sa meute et ses oiseaux. Comme l'enfant Huon de Bordeaux, il avait pu dire : « Je sais muer les éperviers, je sais chasser le sanglier et le cerf, je sais sonner du cor; quand j'ai tué la bête, je sais donner la curée aux chiens*. » La chasse avait donc été son exercice favori, alors qu'il n'était qu'adolescent; depuis, il y était devenu si expert, il s'y adonnait avec une ardeur si effrénée qu'il pouvait être comparé aux chasseurs des Chansons de Geste, à Roland, ou à Godefroi de Bouillon. Il était instruite fond dans la fauconnerie et la vénerie, ces deux sciences dont les règles et conditions étaient consignées en maints fameux ouvrages, comme le « Trésor de Messire Hardouin de Fontaine Guérin ^ », ou ces ce Deduiz de la chasse des bestes sauvaiges et des oiseaux de proy » composés par monseigneur Gaston
* Léon Gautier, La Chevalerie (Paris, 189$, iii-4°), TEnfance du Baron, p. 174.
2 /rC Trésor de Vénerie ^ poème composé en i394, par messire Hardouin de Fontaines Guérin, publ. pour la première fois avec des notes, par le Baron J. Pichon (Paris, i855, pet. in-8<> de 96 p.).
Phœbus, comte de Foix * , ou encore le célèbre livre du a Roy Modus et de la Royne Racio » dont les préceptes, quoique plus anciens, avaient conservé toute leur autorité ^ L'étude de ces doctes Traités avait rendu Louis savant, plus qu'aucun homme de son temps ce aux deduiz de toutes chasses, tant d'oyseaux comme de chiens ' » , et il les pratiquait sérieusement, durement, y prenant ce presque autant de peine que de plaisir* », si bien que la chasse paraissait être comme sa besogne préférée*.
En efl'et, les parties de chasse de Louis ne ressemblent en rien aux divertissements que, sous prétexte de courre le cerf, d'autres seigneurs organisent avec beaucoup d'art pour la plus grande joie d'aimables damoiselles *; — le Dauphin, lui, se garde d'inviter aucune de ces gentes personnes, en cotte de satin vermeil, ou en peliçon de fine fourrure, qui portent sur le poing l'épervier, fort gracieusement, il est vrai, mais qu'intéressent beaucoup plus les galants devis que les alouettes
^ Gaston III, comte de Foix, surnommé Phœbus à cause de sa blonde chevelure, mourut en iSgi.
* Cf. VioUet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français (Paris, 1868-1875, 6 vol. in-S»^), art. Chasse, t. II, p. 410.
^ Mathieu Thomassin, Registre Delphinal, Bibl. de Grenoble, mss. io5i, f* II 3.
* Philippe de Commvnes, Mémoires (éd. B. de Mandrot], l. II, p. 84.
*• a II Taimait, dit Thomas Basin, avec une avidité insatiable et efTréiiêe (ex insaturabili • et effrenata aviditate) ». Histoire de Charles VII et de Louis A7, t. III, p. 168.
® Viollct-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, L c.
l'homme privé 'i^7
et les perdreaux ; il choisit avec soin ses compagnons de peine écartant ceux qu'il juge trop soucieux de la clairière favorable à la collation ou de rheure du retour ; il n'admet autour de soi que de courageux compères adroits, endurants et infatigables à la chevauchée. Il entre en forêt de grand matin, vêtu comme il convient pour braver les intempéries de la saison, armé pour le corps à corps avec la bête*; tout de suite, il s'enfonce au plus épais des fourrés, ou bien il côtoie les bords marécageux des étangs sur lesquels plane encore la brume; peu lui importe où il pourra manger tantôt, et gîter la nuit; au besoin, la cabane d'un paysan lui sera un abri suffisant, et, s'il le faut, sa chevauchée durera plusieurs jours ^
On devine qu'ainsi passionné pour les coups d'effort, il préfère la chasse à courre à la chasse au vol: non qu'il méprise celle-ci, c'est au contraire avec beaucoup de plaisir qu'il la pratique de temps en temps; il sait fort bien quelles en sont les trois principales (c condicions » ^ et les remplit fidèlement : il aime les oiseaux en leurs saisons*, — il leur est aimable, — il en est curieux; il les visite en ses volières et les traite avec les plus grands soins ; il s'en fait envoyer de
* Voy. Philippe de Commynes, Mémoires^ l. c.
' Bibl. Nat., mss. Du Puy, vol. 76a, fol. 5a.
^ Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier^ t. II, p. 43 1.
^ Mathieu Thomassin, Registre Dclphinal, Bibl. de Grenoble, mss. loSa, fol. ii3.
toutes espèces, de ceux qui, comme le faucon, volent en tournoyant pour s'abattre sur leur proie, et surtout de ceux qui, comme Tépervier, fondent sur le cygne sauvage et le héron*; mais, d'accord avec l'arbitre du célèbre débat sur le oc passetemps des chiens et des oiseaux » ', il estime
« ... qu'en chiens de bonne race duictz « A courir cerfz il y a plus beaux déduictz a Que en vol d'oyseaux * »
En somme, il considère la chasse au vol qui, du reste, « ne profite guère* », comme un simple délassement ; ce qu'il aime, c'est courre les bêtes rousses, le lièvre et le chevreuil, la biche, le daim et le cerf, et ce qu'il préfère à tous les plaisirs c'est la chasse plus mouvementée et plus dangereuse * des bêtes fauves et noires, de la truie et du sanglier, et, comme il dédaigne l'emploi du a filet à buissonner* », et qu'il prétend à saisir sa proie <( à force de chiens, sans autre aide ' », témérairement, il s'élance à sa poursuite ; cette impétuosité nous montre combien sa jeunesse était
* Dictionnaire du mobilier, t. II, p. 437-44 1.
^ lùid,, p. 43i-436.
•' Cf. G. Crétin, Débat entre deux dames sur le passe-temps des oiseaux (éd. par P. Lacroix et E. Jullien, Paris, 1872, in-i8), p. 5a- Si.
^ C'était un proverbe de vilain.
^ Mathieu Thomassin^ Registre Delphinal, Bibl. de Grenoble, mss. io52, fol. 1 13.
• Dictionnaire du mobilier, t. II, p. 4*0. " Mathieu Thomassin, /. c.
l'homme privé 489
naturellement c( encline es armes et batailles^ », et nous confirme que, si parfois, il s'éloignait des combats, c'était par prudence et non par couardise. Mais il arrivait que le sanglier ou même le loup dépistait son hardi chasseur qui, alors, s'en revenait plus courroucé ^ et tout prêt à passer sa colère sur quelqu'un de ses gens.
Pour sa Vénerie, qu'il voulait bien montée, il lui fallait une meute nombreuse et savamment dressée de chiens « allans et venans », et de solides lévriers; aussi, pour s'en procurer, n'épargnait-il ni les recherches ni les démarches ; ordinairement il payait très cher la bête dont il avait envie, mais quelquefois il l'acquéraità bon compte, témoin l'échange qu'il fit d'un mulet contre un beau lévrier de la meute du duc d'Orléans ; voici en quels termes, il sollicita ce troc :
« Beaux oncles, je entendu que vous avés envye d'avoyr ung mulet, mes qu'yl allast byen ayze, et, à ceste cauze, je vous envoyé le myen ; mes c'est en espérance que vous me donnerés ung levryer; car on n'en peut pas byen fynés de bons de par de sa, et sy vous le faytes, et vous prenés playsyr en autre chouze, soyt ne mulle, mullet ou troton, je vous en recompanseré byen. Et adyeu, beaux oncles. Escryt de ma main. Loys^ ».
^ Mathieu Thomassin, Registre delphinal, Bibl. de Grenoble, mss. io5a, fol. ii3.
'^ Philippe de Cominynes, Mémoires^ t. II, p. 84.
3 Etienne Charavay, Lettres de Louis Dauphin^ p. 3i-3a ; — le billet est antérieur à 1446.
Comme beaucoup de grands seigneurs de son temps, le Dauphin était curieux des bêtes étranges et sauvages venant de lointains pays, tels que ces « petiz lyons qui ne sont point plus grans que petiz regnards* »; peut-être même que, dès sa vingtième année, il possédait une ménagerie", mais nous n'en sommes pas certains ; et nous ne pouvons pas davantage avancer qu'il fut, dès sa jeunesse, atteint de cette zoopliilie que des patliologues affirment être un symptôme de dégénéres-
cence. '
Quoi qu'il en soit, le jeune Prince savait souvent se contenter de distractions plus banales : en tous temps, par exemple, il trouvait du charme à se promener a par toutes voies de chemins », de préférence loin des sentiers battus, à chevaucher sur des routes oii n'était préparé aucun relais; volontiers il faisait halte dans les villages où Ton n'attendait point sa venue*, et là, il s'accommodait du gîte le plus modeste; en tous lieux, il paraissait se plaire avec les paysans grossiers ou les bourgeois vulgaires; au milieu d'eux, en effet, il poursuivait son enquête sur l'état et les mœurs de la province qu'il traversait; souvent, il arrêtait
* Philippe de Commynes, Mémoires^ t. II, p. 57. — La passion do Louis pour les fauves qui, adolescent, le faisait pleurer la mort accidentelle de sa jeune lionne ne s'était certainement pas éteinte.
^ Du moins, il en avait une en 1448.
'* Voy. à ce sujet Bracliet, Pathologie mentale des Hois de France, p. cvi-cxx.
* Philippe de Commynes, Mémoires, t. II, p. 84.
l'homme privé Vjl
les gens de rencontre, causait familièrement avec eux; la variété des types ainsi entrevus l'amusait ou l'intéressait. Il n'était pas non plus insensible aux spectacles de la nature et aux beautés des paysages, son œil saississait bien les ensembles et les détails, sa mémoire en conservait des souvenirs très nets ; plus tard, il ne dédaignera pas d'évoquer quelques-uns de ceux-ci, non seulement dans ses causeries, mais dans ses lettres mêmes. L'on rencontre çà et là dans la correspondance du Roi, de légers croquis, sobres et précis dont le pittoresque tranche agréablement avec la poncive correction du style de chancellerie *.
Louis n'avait pas d'éloquence naturelle, il s'exprimait même avec difficulté ; l'épaisseur de sa langue * rendait son parler pesant et rude, son débit embarrassé, sa prononciation peu distincte % aussi les discours d'apparat lui étaient-ils interdits. Lorsqu'il devait répondre à la harangue d'un magistrat ou d'un ambassadeur, il préparait avec soin sa réplique ; en quelques phrases courtes, les idées principales étaient clairement énoncées, le trait ne manquait pas, le tour était à la fois vif et familier. Au reste, il ne goûtait guère chez autrui cette faculté de discourir
* Cf. Simcon Lucc : Louis XI et les chiens dogues du Mont Saint-Michel, dans La France pendant la Guerre de Cent ans {i'^ série), 385.
2 Thomas Basin, Histoire de Charles VII et de Louis XI^ t. III, p. i66.
» Ihid.
dont il était dépourvu ; il supportait impatiemment les longues périodes des orateurs, et, pour y couper court, il commençait tout à coup à causer lui-même avec volubilité et à bâtons rompus *. S'il n'était pas éloquent, par contre, il était fort bavard; « il parlait du matin au soir' », nous dit Thomas Basin ; encore fallait-il que ses interlocuteurs lui plussent, car avec les courtisans, la plupart galants phraseurs, il ne se montrait nullement expansif; mais, avec quelle joie il prenait par le cou quelqu'un de ses familiers et, l'entraînant à Técart, il lui développait longuement ses projets réels ou supposés, lui soutirant, en retour, maints renseignements ou racontars! avec les gens de moyen et de petit état, dont il s'était accointé, il ne tarissait pas en libres propos'.
C'était à table surtout qu'il donnait carrière à son humeur caustique ; gros mangeur, avalant avec avidité, très grand buveur, car il vidait en un seul repas force pintes ou hanaps *, il laissait sa langue, alors déliée par le vin, aller au gré d'une verve grasse et railleuse'; il médisait des dames, révélait sur leurs mœurs des détails sca-
* Thomas Basin, Histoire de Charles VIT et de Louis A7, t. UI, p. 177-178-
^ Sur ratlitude du Dauphin avec ses gens, voy. la déposition d'Antoine de (^habannos, dans les pièces just. éd. de Jean de Bucil, le Jouycncely t. II, p. 3!iJ-33i.
* Thomas Basin, Histoire de Charles VU et de Louis XI, l. c.
* Ibid., et Philippe de Commyncs, Mémoires^ l. c.
l'homme privé 493
breux *, déchirait ses ennemis, c'est-à-dire presque toute la Cour; souvent même, il n'épargnait pas les convives. Il lui arrivait parfois de regretter le lendemain ses mordantes boutades, ses injurieux brocards, et spontanément d'en atténuer l'effet par de bonnes paroles et des cadeaux; il a avoué lui-même que sa langue lui coûtait fort cher *; mais si on lui demandait raison de ses calomnies, il se dérobait et désignait Tun ou Tautre de ses gens comme l'auteur des méchantes paroles, et sévèrement il reprochait à celui-ci son bavardage et son infidélité.
Servir ce jeune Prince était certainement une tâche malaisée ; il exigeait de ses serviteurs une obéissance aveugle; il les voulait humbles en leurs propos, leur attitude et leurs costumes ; bien qu'il ne crût au désintéressement de personne, il lui plaisait que ses familiers parussent détachés de tout intérêt propre ; en fait d'iniative, le plus souvent, il ne leur laissait que le choix des moyens à employer pour la meilleure exécution de ses ordres; parfois, cependant, il fallait le comprendre à demi-mot, et, dans de certaines affaires, ses agents devaient pousser les choses à fond sans qu'il Teût expressément commandé. Des sujets tels qu'il souhaitait en trouver étant fort rares, de fréquentes mutations avaient lieu dans son Hôtel;
* Thomas Basin, /. c. — Voy. aussi Brantôme, des Dames, dans les Œuvres comolètes (éd. Lalanne), dans la Soc. de VHist, de France y (Paris, 1865-1882, II vol. in-S^), l. IX, p. 469.
* Philippe de Commynes, Mémoires, t. II, p. 84.
nombre de serviteurs étaient cassés aux gages après un court temps d'épreuve ; bien plus, ceuxlà mêmes qui possédaient les qualités requises n'étaient jamais surs de satisfaire ce maître plein d'arrière-pensées, et dont les changements d'humeur étaient aussi brusques que des sautes de vent.
On se rappelle que dans la violente scène qui inaugura la Praguerie (Niort, février 1440)9 Louis chassa, en même temps que son Gouverneur le comte de la Marche, toUs ceux de ses gens qu'il soupçonnait de fidélité à Charles VII ; les disgraciés se dispersèrent et se mirent en quête d'un abri contre l'orage*; Gabriel de Bernes, le Maître de rilôtel du Dauphin, n'ayant pas fui assez vite, fut arrêté par les rebelles et demeura leur prisonnier à Varennes dans le Bourbonnais, jusqu'à ce que l'armée royale le délivrât *. Le Dauphin, pourtant, n'avait pas fait maison nette; sa rage de tout bouleverser avait prudemment épargné trois personnes : son confesseur Jean Majoris,.son méde cin Guillaume Léothier, et... un maître-cuisinier^ qui excellait à « appareiller toutes manières de viandes » ; ainsi, le jeune Prince qui paraissait si féru contre « tous les gens que lui avait imposes son père », se garda bien de congédier les titulaires éprouvés des trois offices dont dépendaient
* Voy. ci-dessus, p. '2'à2.
^ Lo Hôraiil Bcrry. Chronique (éd. Godefroy), p. 3o4.
^ P. Matthieu, Histoire de Louis XI, p. ao.
la paix de sa conscience, le parfait état de sa santé, et (( la bonne disposition de son estomac ».
Tant que dura sa révolte, le Dauphin eut des affidés plutôt que des serviteurs, affîdés qu'il dut licencier dès qu'il fit sa soumission à Charles VII, puisque celui-ci exigea leur renvoi et l'immédiate réintégration des anciens officiers de son fils *.
A partir de i44o, en raison de l'importance des missions qui sont confiées a Louis, et aussi à cause des relations qu'il entretient avec son Dauphiné, de nouvelles charges, de nouveaux emplois sont créés dans sa Maison, de sorte qu'en i445, le jeune Prince se trouve entouré d'un personnel nombreux : plus de cent officiers ou serviteurs^ D'abord, les gentilshommes de l'Hôtel, ceux qui sont les plus élevés en dignité, qui touchent les plus gros gages et qui, aux jours de largesses, reçoivent la plus grande part des libéralités, ce sont les a conseillers et chambellans de mondit seigneur » ; conseillers en ce sens qu'ils donnent leurs avis au Dauphin lorsque celui-ci les y invite^,
* p. Matthieu, Histoire de Louis XI, p. ao.
' On ne possède pas pour les années i44o-i44^ ^^ liste exacte des serviteurs du Dauphin; des contrôles un peu complets n'existent que pour i447-i448 ; c'est donc à l'aide de renseignements très dispersés que nous avons dressé cet état de la maison du prince. Cf. : fragments des Comptes de l'Hôtel (i443-i44^) publ. par Et. Charavay, éd. des Lettres de Louis Dauphin^ p. 187- 190, 195-197; — distribution d'une somme de 3 000 florins à des personnages dauphinois, ibid.y p. i85-i86; — et pour la comparaison, les comptes de i447-i448, ihid.y p. 217-224.
^ Voy. Et. Charavay, pièces just. éd. des Lettres de Louis Dauphiriy plusieurs mandements expédiés avec la formule « Par Monseigneur le Dauphin... »
/,y6 LE DAUPHIN A LA COUR
que, SOUS sa présidence, ils expédient ce en Conseil » les affaires courantes, et qu'ils vont, de sa part, en ambassade auprès des princes étrangers ; parmi eux, on retrouve de vieux serviteurs depuis longtemps attachés à la personne de Louis, comme Amaury d'Estissac* et Jean seigneur de Montejean*; mais on remarque surtout de nouvelles recrues faites par le Dauphin lui-même : Jean de Daillon seigneur de Fontaines % Guy de Chaourses dit Malicorne^ Louis de Bueil*; ces seigneurs, les anciens officiers et les nouveaux venus, sont les chambellans et conseillers en exercice, ils habitent avec leur Maître ; d'autres ne sont que des officiers ce honoraires », ils ont le titre de chambellans, soit parce qu'ils en ont rempli les fonctions momentanément, comme Jean de Bueil pendant la campagne d'Alsace, soit parce qu'ils ont rendu au Prince quelques services personnels, comme Jamet du Tillay, le bailli de Vermandois* ; à d'autres enfin, il est permis de s'intituler conseillers de Monseigneur le
^ Cf. la notice sur ce personnage, dans Et. Charavay, /. c, p. 366. — Pilot de Thorey, Catalogue des actes, t. I, p. 191, n. 5.
* A. Tuctcy, Les Ecorcheurs, t. I, p. i58, et t. II (Documents) p. II. — Et. Charavay, /. c, p. 217. — Ce seigneur recevait une pension de 4.000 1. t.
^ Comptes de la maison du Dauphin (i445 n. st.) ; ibid., p. 190. — Pilot de ïhorey, Catalogue des actes, p. 36, n. a. — Bibl. Nat., f. fr. 15.537, fo^- ^4. — Ibid. f. fr. 20.58o, fol. 47«
* Comptes de la maison du Dauphin, dans Et. Chavaray, /. c, p. 190.
* Le frère du Jouvencel.
^ Distribution d'une somme de 3. 000 florins à des personnages dauphinois, dans Et. Charavay, /. c, p. 186.
Dauphin parce qu'ils occupent des postes importants dans l'administration du Dauphiné, comme Guillaume Gousinot^ et Guillaume de Goursillon'. Gabriel de Bernes', replacé, en juillet i44o, à la tête de l'Hôtel, avait tout d'abord retrouvé son crédit, en apparence du moins ; c'est lui qui, pendant cinq années, remplit les missions les plus difficiles en Dauphiné, en Allemagne, en Italie ; mais, en i445, il tombe dans une demi-disgrâce, Louis, tout en appréciant son intelligence et son savoir-faire, commence à suspecter sa probité; il doute que cet homme, très habile mais fort prudent, lui soit entièrement dévoué*; il lui préfère Aimar de Poisieu, dit Capdorat (tète dorée), un aventurier dauphinois, de la fidélité duquel il croit être sûr*; un vrai compère, ce second Maître
* Et. Chavaray, /. c, p. i85. — Pendant la campagne du Dauphin contre Jean d'Armagnac (i443-i444)9 Guillaume Cousinot, conseiller du Prince, osa demander aux habitants d'AIbi 4 moutons d'argent « pour faire sceller de M. le Dauphin des lettres interdisant aux gens d'armes de se loger dans la seigneurie ». Les Albigeois s'étant trouvés trop pauvres pour payer ce pot de vin, offrirent en échange a paires de chapons gras (capos poysans) qui appartenaient aux religieuses du bout du pont ; et Cousinot accepta ce troc. Arch. mun. d Albi CC. 192, fol. 24 y^.
2 A. Tuetey, Les Ecorcheurs, t. II (Documents], p. 33.
5 Cf. Notice sur ce personnage, dans Et. Charavay, /. c, p. 36a-363.
* Le a4 juin i445 le Dauphin destitue Gabriel de Bernes de sa charge de lieutenant en Dauphiné. Et. Charavay, /. c. (notice sur G. de Bernes), p. 36a. — Pilot de Thorey, Catalogue des acteSj t. I, p. 59.
' Voy. Et. Charavay, Lettres de Louis Dauphin, notice biographique sur Aimar de Poisieu, p. 374. — Ce personnage est comblé de faveurs par le jeune prince ; le 6 juillet i444. il reçoit une rente annuelle de 3oo livres tournois sur les châtellenies dauphinoises de la Buissière et de Bellecombe (Pilot de Thorey, Catalogue des actesy t. I, p. 44-45), le 11 du même mois, les château et châtellenie de Falavier (ibid.)y le 20 août une somme de i 000 écus d'or.
Sa
de THôtel, compagnon plein de bravoure et propre à toutes sortes de besognes. Sont à citer ensuite, comme titulaires d'offices importants, Régnier de Bouligny*, un vieux serviteur de Charles VII, Jean Sanglier^ et de nouveaux promus tels que Simon de Lorgeril', Jean Thiborgeau* et Rogerin Biosset *, tous gros personnages par leurs postes, mais hommes sans grand relief*. Immédiatement après, viennent les écuyers qui forment un groupe nombreux, divisé hiérarchiquement en écuyers de corps, dont le premier en titre est le capitaine d'Ecorcheurs Joachim Rouhault; écuyers d'écurie, Guillaume de Meuillon est le plus marquant^; écuyers
^ Celui-là même qui représenta le Dauphin aux conférences de Reims.
^ Ce personnage, attaché depuis très longtemps ù la personne do Dauphin, est mentionné comme n chevalier et maître d'hôtel » da prince dans l'Enquête sur la campagne d'AUemagne, Bibl. Nat., f. fr. i5 537, f. 35.
3 Ou de Lorgery. Cf. sur ce personnage qui avait été fait chevalier, en 1407, au siège de Montereau, et portait le titre de chancelier du duc de Bretagne, la notice d'Et. Charavay, dans l'éd. des Lettres de Louis, p. 368-369, et Pilot de Thorey, Catalogue des Actes, t. I, p. 440» n. I.
^ Ambassadeur du Dauphin aux conférences de Reims.
^ Ce personnage est qualiiic maître d'hôtel dans le compte des dépenses de février i444» Et. Charavay, /. c, p. 190.
* Ll'hiquète ordonnée par Charles VII sur la conduite des servitours du Dauphin pendant la campagne d'Allemagne, nous donne le nom de Jean de Lausseroys, qui remplissait alors la charge si importante de « Maître des garnisons du prince », c'est-à-dire d'inteiidani des vivres. Il se les procurait à bon compte, les enlevant de gré ou de force aux habitants épouvantés et il les revendait très clicr aux maîtres de Thôtel. Bibl. Nal., f. fr. i5 537, ^^^* 34-48.
■^ Lettres du Dauphin J^ouis^ datées de Saint-Sever, 2 juillet;! 44^< accordant à Guillaume de Meullon (ou Meulhon), sou écuycr d'écurie, en récompense de ses services et notamment de sa conduite à la journée de Tartas, la châtellenic de Meullon en Dauphiné, auparavant tenue par Hélie de Linaye. Arch. de risèrc,
tranchants, dont Guillaume Sanglier *; écuyers d'échansonnerie, de panneterie* et de cuisine*. Un peu au-dessous de ceux-ci, il y a le maréchal et les fourriers*, les valets de chambre* et les pages ; et, au dernier rang, les domestiques : chevaucheurs, valets de cuisine, valets des chiens et des oiseaux*.
B. 3aa5, f^ 3i. — Ce personnage, qui était encore au service du Dauphin en 144S (cf. Etienne Charavay, /. c, p. 22 1], était sans doute le fils d'un certain Guillaume de MeuUon, sénéchal de Beaucaire, qui avait reçu de Charles VII plusieurs faveurs et gratifications (14^2-1427). Bibl. Nat., Pièces Orig., 1954.
^ a Guillaume Sanglier, escuier tranchant, part de Nancy le 3 d'avril i44^ et va en Dauphiné, Espagne et ailleurs. » Comptes de la maison du Dauphin, publ. par Et. Charavay, pièces just. éd. des Lettres de Louis, p. 190.
^ Notamment Jean Raymond, qui accompagna le Dauphin dans le voyage de Dieppe et celui d'Alsace. Les EcorcheurSy t. I, p. i58.
' Lettre du Dauphin, datée de Montils-lès-ïours, 27 avril i444> et adressée aux maîtres de son hôtel et au maître et contrôleur de sa chambre aux deniers, pour les avertir qu'il prend comme écuyer de cuisine Jean Maquerat, et leur ordonner de placer ses lettres de commission a avec celles de nos autres écuyers de cuisine d. Bibl. Nat. f. fr. 20692, pièce 1.
^ Au temps de la délivrance de Dieppe, le maréchal du Dauphin était Michel de Morlas ; pendant la campagne d'Allemagne cet office avait pour titulaire François Guignard, Bibl. Nat., f. fr. i5 537, fol. 34-48. Lorsque Louis fit sa première joyeuse entrée dans Amiens, ses fourriers « Perrin le Senne, Martin du Puis et Raoulet Michaud » reçurent des habitants un don de XLYIII sous parisis. Arch. Mun. d'Amiens, CC. 3i, fol. 72. — Durant la campagne d'Allemagne, l'un des fourriers du Prince avait nom Jeannin Chauvigny. Bibl. Nat., f. fr. i5 587, fol. 34-48.
* Celui que le Dauphin employait le plus volontiers était Benoît de Vaux (Et. Charavay, Lettres de Louis ^ p. 3 et 217) ; ses gages étaient de 373 livres. — Un autre valet de chambre « famulus camerae » se nommait Jean Petit ; il accompagna Louis en Alsace (Bibl. Nat., i5 537, /. c), sa pension n'était que de 5o 1. t. (Et. Charavay, /. c, p. 217).
® Voici, d'après l'enquête déjà citée, les noms de quelques-uns de ces serviteurs : Raoulin le Grant, garde-huche de l'échauçonnerie ; Stéphane Arsent ; Robin Maussion, a autrement dit Trois eus », serviteur de la fruiterie ; Lambert Richard, sommelier de fruiterie:
5oo LE DAUPHIN A LA COUR
Tout auprès du Prince, vivent son confesseur Jean MajorisS le médecin Guillaume Léothier* et l'apothicaire Jean Boutet^ Louis est constamment aussi entouré de ses secrétaires : JeanTirlan, Jean Barillier, Jean Tribole, Pierre George, Jean Bourré*, jeunes hommes tous de moyen état; leur tâche ordinaire est d'écrire, sous la dictée du Dauphin, les lettres qui seront ensuite expédiées par les scribes de la Chancellerie*; mais ces secrétaires sont parfois chargés de missions secrètes : Bourré, notamment, semble avoir la confiance du Maître pour les démarches qui ont un caractère politique; il réalise, du reste, le type du commis exact, docile et intelligent qui plaît le plus à Louis. Issu d'une famille bourgeoise de l'Anjou •, il préparait sa
Jean de Saint-Denis, chcvaucheur de l'écurie. Bibl. Nat., f. fr. 1 5.537, fol. 34-48.
^ Le principal chapelain du Dauphin, pendant la campagne d'Allemagne, était Jean Vrinet, de V ordre des Frères prêcheurs. — Nicolas Raymond était sommelier ou garde de la cnapellc. Bibl. Nat. f. fr. 15.537, f- 34-48.
^ Lettre de Charles VII (Nancy, 14 novembre i444) conférant la chapelle de Belversem, dans la jugerie d'Albi (?), à Jean Leothier, (ils de Guillaume, médecin du Dauphin. Bibl. Nat. f. fr. 20.593, p. 65.
^ Cf. La liste des personnages composant la maison de Louis dans la campagne d'Allemagne. A. Tuetey, Les Ecorcheurs, t. I, p. i58. — Jean Boulet portait aussi le titre de valet de chambre du prince. Bibl. Nat. coll. Du Puy, vol. 762, fol. 5o v^.
* Voy. Les lettres missives du Dauphin de i44o » i445. éd. Et. Charavay, p. 5-ao. — Enquête sur la campagne d'Allemagne. Bibl. Nat., f. fr. i5 537, ^o^- 34-48. — Ce même document mentionne : Jean Martin, autrement dit de Sens, Jean Durand.
* La chancellerie élait sous les ordres d'Yves de Scépeaux, chancelier du prince, — Citons parmi les clercs Guillaume et llichard Jaquct, Bibl. Nul., /. c.
* Voy. G. Bricard. Un serviteur et compère de Louis Xl^ Jean Bourré, seigneur du Plessis (i 424-1 456).
l'homme privé 5oi
licence ès-lois sous la direction du célèbre professeur Jean Ghuffart \ à TUniversité de Paris, lorsque le Dauphin, de passage dans cette ville, le distingua et Tattacha à sa Maison ; il faut que les mérites de ce jeune étudiant se soient rapidement affirmés dans les modestes emplois qui lui furent d'abord confiés, puisque nous voyons que, dès 144^1 i^on seulement il émerge du groupe de ses collègues, mais qu'il est en passe de hautes fonctions *.
Outre les cent personnes environ, officiers et serviteurs qui composaient son train de maison^.
* Jean ChufTart, chanoine de Notre-Dame, recteur de l'Université de Paris, puis chancelier de la reine douairière Isabeau de Bavière, enfin conseiller au Parlement, mort en i45i. M. Tueley, dans sa préface à l'éd. du Journal d'un Bourgeois de Paris, s'est efforcé de démontrer que Jean Ghuffart était l'auteur de cette intéressante chronique parisienne; mais le P. Denide, dans le Chartularium Universitatis Parisiensis^ t. IV, préface, p. xiv-xx, a combattu cette assertion avec des arguments décisifs. Voy. A. Molinier. Les Sources de l'Histoire de irance, t. IV, p. 2 53-a54.
2 G. Bricard, /. c.
3 Cf. Déposition d'Antoine de Ghabannes du 27 septembre i446, dans les pièces just. éd. de Jean de Bueil, Le Jouvencely t. Il, p. 3a5. — Le Dauphin avait aussi 4 trompettes : Ilicart, Gervais, Jaquet et Guillaume. A l'entrée dans Amiens, ils reçurent des habitants XLVIII s. p. (Aich. Mun. CC. 41. fol. 72) ; en 1444» lo^'s de la saisie des terres du comte d'Armagnac, Louis abandonna à ces modestes serviteurs les biens de Bernard Barrière, l'un des secrétaires de Jean IV (Lettres de Louis datées de Severac, 3o mars i444- Lettres de Charles VII, Ghàlons, août i44'>)- Le Grand, Histoire de Louis XI (mss). Bibl. Nat., f fr. 6963. fol. 340-344. — Le nom du trompette Gervais (de Fillemain] se trouve aussi dans l'Enquête sur la campagne d'Allemagne. Bibl. Nat. /. c.
Remarquons ici que si Jean Bochetel conserve ses fonctions d'argentier et de contrôleur de la Chambre aux deniers du Dauphin, la charge de maître de cette chambre change fréquemment de titulaire : Le compte d'avril 1439 à mars i443 est arrêté par Jacques du Croiset ; en i443, le poste est rempli par le célèbre Ktienne Chevalier, en i444f P^i* J^'^^i^dela Borderie. Voy. Et. Charavay, pièces just. éd. des Lettres de Louis Dauphin, p. 169-171, 187-190, 195-197.
5o'i LE DAUPHIN A LA COUR
Louis, dans tous ses déplacements, avait à sa suite une garde du corps formée d'environ trente archers à cheval et de quinze à vingt arbalétriers.