PARTIE I , SCENE VII
CHATELARD, cherchant à cacher son trouble. Votre Majesté daignera m'excuser... sans une obligation impérieuse, j'aurais craint de montrer à ses jeux une personne qui ne paraît plus devoir trouver grâce devant elle.
Marie , avec douceur.
Eh bien ! que rae voulez-vous ?
C H AT E L A R D , // èsi tant.
Parmi les seigneurs, les nobles chevaliers, qui toutà-Theure entouraient Votre Majesté , il en est un sur lequel votre vue a depuis long-temps produit une impression éternelle.
Marie , <j ni jusque-là le regardait fixement , détourne aussitôt les yeux , redevient sévère , et paraît très agitée .
MARIE
Que voulez-vous dire, sire Chatelard ?.. nous avons peine à concevoir un tel langage.
CIIATELARD.
Le devoir, la reconnaissance m'obligent à cette pénible démarche.
MARIE , tres-agttee.
La reconnaissance!... Et quel seigneur, quel grand de la cour a donc assez de pouvoir sur vous-même?...
CHATELARD.
Àliï Madame! qui pourrait oser élever ses espérances jusqu'à celle que tout le monde ici doit respecter.... si un prince du sang royal... si monsieur le dauphin lui-môme. ..
MARIE
Le dauphin !... (Moment de silence.) Depuis quand notre cousin croit-il avoir besoin d'un interprète pour nous exprimer ses senlimens ?
Grand Dieu ! aurais-je eu le malheur de déplaire encore à Votre Majesté!... quand, malgré moi... je n'ai fait que me fendre à une prière ? . . .
MARIE
Oui, Chatelard.... le dauphin pouvait parler luimême.
CHATELARD.
Je ne sais comment expliquer une telle réponse.... De grâce , Madame, songez aux suites d'un refus....
MARIE
Un refus!... il serait motivé peut-être par un procédé si nouveau à la cour de France... Si notre cousin nous avait fait, l'honneur de nous confier lui-même son amour, au Jieu d'en charger un ambassadeur, nous aurions pu lui répondre alors qu'une reine n'est pas toujours maîtresse de donner son cœur au prince que la politique lui destine.... que ce cœur repousse quelquefois ceux que le trône nous impose... et c'est surtout quand ils éprouvent de tels tourmens , que les grands regrettent d'être plus élevés que les autres.
Air : Epoux imprudent , Jïls rebelle.
On peut dicter des lois au monde, Mais non commander à son cœur :
Tfous gémissons ; et pourtant à la ronde, On proclame notre bonheur, {bis.') Ali ! c'est surtout , quand on le brave , Que le sort impose un devoir...
Lorsqu'il nous donne le pouvoir, Trop souvent il nous rend esclave.
CHATELARD, à part , et dans la plus grande agitation , après avoir remarqué le trouble de Marie. Qu'ai-je entendu!... Ah! si je savais!... (Semblant revenir à lui-même.) Malheureux ! j'allais me trahir!
Ilîe de Bruxelles
Arc^;ofvandeStadBru':se!