PARTIE I, SCENE I
toujours Lien venus? Ma vieille tante, la reine de Navarre, les a mis à la mode j la belle Marie les protège.
CHATELARD.
On y fait toujours des merveilles, Monseigneur.. . Malgré la politique de MM. de Guise, le démon poétique l'emporte. Sous ce manteau , la galanterie va plus loin que jamais. On fait en vers des déclarations aux belles , qui n'ont pas le droit de s'en fâcher. . . Desportes pourtant est encore consigné tous les matins. Rabelais nous expédie de Meudon ses petits contes guillerets. Clément Marot charge de bouts -rimes ses courtiers d'ambassade. Le pédant Ronsard radote toujours en. grec ou en latin ; et le vieux Brantôme commence à radoter en bon français , surtout depuis qu'il soupire tout bas pour votre gracieuse tante , Marguerite de Valois... Les dames qui composent le gentil troupeau de la reine Marie nous applaudissent, et nous préfèrent aux grands seigneurs , tout en nous gratifiant du titre d'extravagansj le tout, avec l'agrément du roi Henri II, votre illustre père... Voilà, prince, le tableau fidèle de notre cour... qui n'est pas la plus redoutable, mais qui peut passer pour la plus gaie... pour la plus joyeuse du monde.
LE DAUPHIN
Mais tu ne me dis rien de celle qui doit en faire le plus bel ornement ?
GHATELARD , un peu troublé.
Vous voulez parler de la jeune reine d'Ecosse?... Elle s'est chargée de couronner les vainqueurs... Les poètes, les chevaliers les plus obscurs , tous sont captivés par ses charmes... elle seule paraît insensible à tous les hommages... Elle se montre souvent bizarre , capricieuse. Depuis quelque temps , une tristesse , une
mélancolie , un chagrin secret , dont personne n'a pu deviner le motif, contrastent avec la gaité de son âge. LE dauphin.
En effet, on me l'avait dit... Et toi, tu es poète aussi... tu veux t 'illustrer par la plume, comme Bayard, ton aïeul, s'illustra jadis par l'épée.
CHATELARD,
Oh ! je n'ai pas renoncé à son héritage... Avant peu, je serai armé chevalier , je l'espère... je compte pour cela sur le roi Henri... C'est une dette <jue François Ier lui a laissée à acquitter.
LE DAUPHIN
Il n'est pas homme à l'oublier... Mais parlons d'autre chose... j'ai presque un secret à te confier.
CHATELARD.
A moi !
LE DAUPHIN
Oui... je suis extravagant aussi... je suis amoureux.
CHATELARD.
Vraiment , Monseigneur ! quelle noble dame a donc eu l'honneur de séduire votre altesse?
LE DAUPHIN
Une noble dame !.. . mais, oui, oui... Depuis longtemps j'adresse mes hommages à une personne qui ne parait pas encore avoir deviné tout l'amour qu'elle m'inspire. .. Je ne suis même venu ici que pouréclaircir des soupçons... Mais plus tard... je te ferai la confidence entière.
CHATELARD.
Vrai dieu ! mon prince , toutes les beautés de la.cour de Henri II seraient fières....
LE DAUPHIN
Chut! j'aperçois ton illustre confrère, le vieux chroniqueur Brantôme... le chevalier courtoi? de ma vieille tante de Navarre.