PARTIE II, SCENE II
Tous les flatteurs , je les vis disparaître; Le même instaut vous rapprocha de moi.
J'ai vu des cours la grandeur éphémère, Je n'ai trouvé partout que des ingrats... Ah ! votre cœur est celui d'une mère , Car le malheur ne vous éloigne pas.
MARGUERITE
Allons , allons , bannissez vos souvenirs afîligeans.
MARIE
Tout m'inquiète... me trouble... ma position dans cette France que je n'aurais jamais voulu quitter... la haine jalouse de Médicis , la situation de l'Ecosse... l'ascendant de l'Angleterre ; el cet envoyé d'Elisabeth, que vient-il faire ici? Que veut-il exiger de moi?... Tenez , bonne tante , c'est à regret que j'ai fui ma solitude de Reims, pour revenir à Calais m'occuper d'une politique à laquelle je voudrais toujours rester étrangère. ,
MARGUERITE, après l'avoir observée.
Marie , vous cherchez depuis long-temps à me taire un secret.
MARIE
Un secret?...
MARGUERITE
Oui... il date de loin j mais ma tendresse pour vous me l'a fait deviner.
Que voulez-vous dire ?
MARGUERITE
Oh! l'amitié sait deviner bien des choses... Pauvre Marie ! c'est toujours là que vous souffrez. MARIE , après avoir fait signe à ses femmes de sortir, à Marguerite , avec abandon.
Je n'ai donc rien pu vous cacher.
MARGUERITE
Non... et je veux vous prouver que je méritais toute votre confiance.
MARIE
Si c'est un reproche , pardonnez-moi... Je m'efforçais d'être discrète, même envers vous. Je craignais de vous paraître coupable... Hélas! j'étais reine... la politique m'imposait des devoirs... L'époux qu'elle me força d'accepter, mérita toujours mon estime... mon amitié.
MARGUERITE
Mais votre cœur... il appartenait déjà à un autre !... et maintenant plus que jamais encore... Moi seule ai suie deviner... comprendre vos chagrins... mais depuis quelque temps , vous êtes libre j quel projet avez-vous formé ?
MARIE
C'est sur vous , bonne reine... sur vous, ma meilleure amie, que j'ai compté pour me dicter ma conduite.
Air du Vaudeville du Baiser au Porteur. J'ai maintenant droit à votre franchise» Dois-je imposer des devoirs à mon cœur? Souvent encor je me trouve indécise Entre le trône et le bonheur.
MARGUERITE
Sans hésiter... je prendrais le bonheur...
C'est le cœur seul qui nous le donne; De celui-là l'on peut se montrer fier : Et l'acheter , au prix dune couronne,
Ce n'est pas le payer trop cher.
MARIE
Quoi!... vous voudriez?...
MARGUERITE
Oui, petite nièce... croyez-moi; soyez assez philosophe pour suivre les conseils de la vieille reine de