PARTIE II, SCENE IL
Navarre... Ce n'est un devoir pour nous de régner que quand nous nous en sentons la force et le caractère; mais pour vous, si bonne, si douce, si indulgente... ce trône a des rigueurs qui vous répugneraient bien souvent... Pour vous enfin , Marie , un sceptre serait trop lourd à porter; et heureusement, vous trouverez bien des gens qui vous en débarrasseront volontiers.
MARIE
Que j'aime à vous entendre!... ce que vous dites fait tant de bien.... Vous avez raison, je ne fus jamais ambitieuse; et depuis long-temps, ma plus chère envie est de renoncer au pouvoir. Si vous saviez toutes les craintes qui m'assiègent... toujours des idées tristes, des songes pénibles.... cette nuit encore , un rêve effrayant a augmenté mes alarmes. Je croyais être sur un vaisseau qui me transportait en Ecosse... La France disparaissait peu à peu devant moi , et je pleurai quand je ne la vis plus... On me fit aborder... Ah! que l'air était lourd ! je respirais à peine.... On me conduisit à mon palais... Tout y était triste , lugubre!... Des cris menaçans retentissaient à mon oreille.... des hommes armés se précipitaient en foule vers les portes.... une femme cruelle fixait sur moi un œil d'envie et foulait aux pieds ma couronne.... Un homme.... d'une figure effrayante , et qui semblait obéir à ses ordres, s'approcha de moi.... un fer étin celait dans ses mains.... on jeta un cri affreux... épouvantable !.. et je m'éveillai»
MARGUETITE
Marie!... quelle agitation !... calmez-vous.
MARIE
Oh ! jamais ce rêve affreux ne sortira de ma pensée.
MARGUERITE
Vous êtes un enfant'... Mais on vient.... plus de raison... A d'autres yeux, ces craintes puériles paraîtraient de la faiblesse.