PARTIE II, SCENE VIII
CHATELARD.
J'ai voulu prouver du moins que j'étais cligne des faveurs qu'on daigna m'accorder... Banni de cette cour de France , où je ne devais plus reparaître, les champs de la Catalogne révoltés m'offrirent seuls un refuge , où ? par un peu de gloire , je pouvais encore expier ma faute... et me rendre digne de reparaître à vos yeux. On admirait partout mon courage ; mais on ne pouvait comprendre mon secret... Personne n'avait deviné celle dont l'image chérie me faisait braver tous les dangers.
Air : Soldat français , né d'obscurs artisans.
Son souvenir, au milieu des combats, Resta toujours présent à ma mémoire.
Quand j'appelais les dangers sur mes pas, Je ne pouvais rencontrer que la gloire,
En tous lieux j'affrontais la mort, A mon serment , pour demeurer fidèle,
Dans mon malheur , toujours le sort
Me condamnait à vivre encor ,
Quand je voulais mourir pour elle.
^ MARIE , cherchant à cacher son émotion. Votre gloire , comte de Savenay, vous la devez à vous-même... Les récompenses dont le roi votre maître se plut à vous honorer, étaient le prix de vos loyaux services.
CHATELARD.
Ah! Madame!... ces titres, ces honneurs , que tous les autres chevaliers se seraient montrés fiers d'obtenir, eurent peu de prix âmes yeux. Une seule idée m'occupait sans cesse... celle de vous revoir, de vous entendre prononcer vous-même mon pardon... Dans ma retraite , dans mon exil, pas un jour, pas un instant ne s'estécoulé sans que votre image ne vînt doubler encore et mes re-
grets et mes lourmens... Je devais pour toujours être éloigné de vous.... Enfin, je vous revois.... mes vœux sont exaucés ; mais rien , jusqu'à la mort , n'aurait pu me faire trahir le devoir qui m'était imposé. MARIE , bas à la reine de Navarre.
Oh! vous aviez raison, reine ; j'aurais trop à souffrir!... j'aime mieux être heureuse.
MARGUERITE , à Brantôme qui entre.
Ah ! c'est encore vous , messire Brantôme ?