PARTIE II, SCENE XIII
souvent l'un de l'autre... quand je vous rencontrais, ce dédain , cette froideur , que vos regards semblent me reprocher... ah! qu'ils étaient loin de mon cœurî... Je souffrais ; mais en silence ! Je ne pouvais me confier à personne ; et je me soumis , sans laisser deviner mes regrets. Tout changea pour moi !... des habits de deuil remplacèrent bientôt mes habits de fête... On me plaignit... J'étais à plaindre en effet... Pourtant une consolation me restait encore... celle d'être libre, de n'avoir plus de joug à m'hrïposer... Enfin, une amie me consola, me guida par ses conseils... Je consentis à lui obéir. .. Et mon titre de reine... ces honneurs qui font l'ambition de tous... je formai le. projet d'y renoncer pour toujours. Oubliée des cours et du monde , me suis-je dit , je lie serai plus entourée d'hommages ; je n'aurai plus de puissance ; mais je vivrai pour lui seul!... et je serai heureuse !
CHATELARD, à part.
Qu'entends-je!... Ah! ma raison s'égare.
MARIE
Autrefois , on ne pouvait m'approcher sans m'outrager ; mais maintenant je ne suis plus reine. . . Parlez.
. GHATELARD.
Malheureux!... Marie, laissez,-moi fuir.
MARIE. -
Qu'avez-vous ?
CHATELARD.
Celui vers lequel vous daignez abaisser vos regards...
marie.
Eh bien?
CHATELARD.
Déjà le devoir l'avait guidé... Pour ne pas manquer à son serment , il s'était condamné à être éternellement malheureux... sa main appartient à une autre.
) MARIE, anéantie.
/A une autre! {A pari. ) Ce coup m'était réservé.
Ah! Marie... pourquoi vous ai-je revue?... pourquoi venez-vous de détruire l'erreur qui m'abusait encore?... Lorsque le sort me séparait à jamais de vous... errant, fugitif, partout je cherchais une consolation ; je ne trouvais que la douleur... Je crus alors qu'il était possible de contraindre son cœur... que la raison , que l'absence. . . qu'enfin un lien sacré pourraient triompher d'un amour si funeste... eh bien! non... mes efforts n'ont fait qu'augmenter mes tourmens.
MARIE ; très -émue , mais avec fermeté.
Chatelard!... vous êtes donc bien malheureux?
CHATELARD.
Autant qu'on peut l'être , quand on aurait pu être aimé de Marie, et qu'on la perd pour jamais .
MARIE , se couvrant le visage de ses mains.
Ah!... {Reprenant son calme.) Eh bien! j'accepte mon destin... (Elle appelle.) A moi... {Haut avec fermeté, à un officier de sa suite, après avoir essuyé quelques larmes.) Qu'on introduise le comte d'Essex... qu'on prévienne la reine... qu'on avertisse les personnes de ma suite... {A Chatelard, qui va pour sortir.) Comte de Savenay , restez.. . {A part et avec fermeté.) Le sort le veut ; je serai reine.