CHAPITRE PREMIER
Mais si Mazarin travailla beaucoup à Àlcala, il s'amusa beaucoup aussi à Madrid, et il y eut une aventure à moitié burlesque, à moitié sentimentale, qui mérite d'être racontée1.
- A Madrid on jouait tout autant qu'à Rome. La tentation était grande pour notre jeune homme; il y résistait de son mieux, n'ayant pas beaucoup d'argent, et craignant de perdre le peu qu'il avait, car il n'avait plus, en cas de malheur, la ressource d'engager ses habits et ses bijoux, comme il le faisait à Rome, parce que don Jérôme, qui le menait avec lui dans les belles compagnies, aurait été fort mécontent s'il l'avait vu tout à coup moins bien mis et moins paré qu'à l'ordinaire. Cependant, comme on ne peut éviter son destin, un jour il risqua au jeu le peu de monnaie qu'il avait pu rassembler, et il le perdit sur le premier coup de dé : cruelle disgrâce pour Mazarin, qui ne savait plus où donner de la tête et se di-
scolari, deHa volontà de'quali disponeva con un assoluto arbitrio. »
1 Benedetti, qui supprime tout ce qui peut faire tort à la dignité de Mazarin même dans sa jeunesse, et ne dit pas un mot de ses aventures au jeu, fait allusion à celle-ci sans paraître y croire il l'appelle « qualche favoîoso trovato ; » mais Paioli l'adopte sans difficulté, et le mémoire de la Pdvista s'y arrête avec complaisance. Nous donnons cette curieuse anecdote sans la garantir, et cimme au moins assez vraisemblable. Nous n'avons fait au reste qu'abréger le mémoire de la Rivista et quelquefois le traduire.
sait avec mélancolie : Qu'est-ce que l'homme sans argent?
Il avait fait la connaissance d'un Espagnol nommé Nodaro, homme à son aise et même riche, qui l'avait pris en grande amitié pour sa jeunesse, sa bonne mine et l'agrément de sa conversation. Le trouvant triste et abattu, Nodaro lui demanda d'où venait son chagrin, s'il lui était survenu quelque fâcheux accident, ou si, loin de son pays, il éprouvait quelque gêne et avait besoin d'argent, mettant bien volontiers sa bourse à la disposition de son jeune ami. Mazarin se garda bien de lui dire toute la vérité ; il lui fit la fausse confidence que depuis quelque temps il attendait par le courrier de Rome une somme assez considérable, et que, le dernier ordinaire ne la lui ayant pas apportée, ce retard le contrariait, ne connaissant personne à Madrid qui le pût accommoder d'une douzaine de doublons. Par là il laissait entendre qu'il avait chez lui du bien, il inspirait de la confiance à Nodaro, et il espérait en tirer une bonne somme, avec laquelle il comptait se remettre au jeu, gagner infailliblement, et s'acquitter ensuite envers le bonhomme en lui faisant accroire que c'était avec l'argent qui lui était arrivé de son pays. L'Espagnol avait aussi son plan. Croyant Mazarin assez riche sur ses allures et ses discours, et en passe de parvenir à