CHAPITRE PREMIER. il
trouva ruiné, forcé d'engager à un juif ses beaux habits, ses riches joyaux; il ne lui restait plus rien d'un peu précieux qu'une paire de bas de soie ; il l'engagea encore et en tira quelques petites pièces avec lesquelles il se remit à jouer, et si heureusement qu'il eut bientôt de quoi racheter et ses habits et ses diamants. « C'est un fait que je puis attester en toute certitude, dit le biographe que nous suivons, car j'étais avec lui quand il alla reprendre ce qu'il avait engagé. »
Après avoir passé plusieurs fois par ces brusques alternatives, un jour nageant dans l'or et le lendemain n'ayant pas un sou, il s'ennuya de cette vie de désordre , résolut d'y renoncer, et pour cela chercha une occasion de quitter Rome pendant quelque temps, afin d'y revenir un homme nouveau.
Il semble que la fortune avait écouté ses vœux, car en ce temps le connétable Colonna envoyait en Espagne un de ses fils, don Jérôme Colonna, qui se destinait à l'Église et devint depuis cardinal, pour apprendre le droit canon et le droit civil dans la fameuse université d'Alcala, et aussi pour se former aux grandes affaires à la cour de Madrid, qui, tout affaiblie qu'elle était, passait encore pour le centre de la politique européenne. La famille de Jules saisit donc cette occasion de l'arracher aux mauvaises habitudes qu'il
avait prises depuis sa sortie du Collège Romain ; on le fit entrer au service de don Jérôme comme un de ses chambellans ou valets de chambre ff et il quitta Rome à l'âge de dix-sept ans pour accompagner son jeune maître en Espagne. Ils y restèrent trois années.
Don Jérôme séjourna tour à tour à Madrid et à Àlcala. Partout il traita avec une distinction particulière son aimable compagnon, et, pour le tirer de pair d'avec ses autres domestiques, il lui donnait un appartement séparé1. Mazarin acquit en ces trois ans une parfaite connaissance du caractère espagnol, des mœurs du pays et de la langue qu'il écrivit et parla toute sa vie avec facilité. À l'université d' Alcala, il partagea les études de don Jérôme, avança rapidement dans les lettres, et fit déjà paraître le grand art de gagner les esprits et les cœurs de tous ceux qui rapprochaient. 11 sut si bien s'emparer de la confiance et de l'affection des étudiants, ses camarades, qu'il disposait en souverain de toute cette jeunesse5.
1 Benedelti, p. 11 : « In sua caméra ta. • Le mémoire de la Rivista : « Uno de* suoi camerieri. »
1 Benedetti, ibid. : « Lo favori sempre d'un quarto nel suo palazzo. »
2 Benedetti, ibid, : « Fece ivi apjarire la singoliirità del suo spirito, e nel profitlo délie lettere, e nelf acquisto degli animidi quei