CHAPITRE SIXIÈME
duc suspect à la fois à Spinola et à Richelieu. — Celui-ci s'avance en Piémont jusqu'à Casalettc. Le duc de Savoie médite d'envelopper les Français entre les deux armées espagnole et impériale qui les attaqueraient de front, et ses propres troupes qui leur couperaient la retraite. Pour éviter ce péril et regagner le duc de Savoie, Richelieu se résigne au traité qui lui avait été proposé à Oulx, en y mettant des conditions que Charles-Emmanuel accepte, mais sans les exécuter. — Le cardinal légat envoie le nonce Pencirole et Hazarin auprès de Richelieu à Casalelte. Entrevue du 17 mars. A la contenance et au ton de Richelieu, Mazarin devine qu'il a pris quelque grande résolution. — Présomption du duc de Savoie et de Victor- Amédée. Mazarin découvre leur dessein. — Richelieu concentre ses troupes, et, le" 19 mars, à la pointe du jour, part de Casalette, traverse la Doire, s'empare de Rivoli; et, tandis que le duc de Savoie l'attend sur la route de Turin, il se dirige à marches forcées sur Pignerol, s'en rend maître le 30 mars, et s'établit dans toute la province.
Richelieu et Mazarin quittèrent Lyon dans la soirée du 29 janvier 1630. Mazarin franchit à cheval, en trois jours, la distance de Lyon à Turin, et, le 2 février, il était de retour dans la capitale du Piémont1. Richelieu arriva à Grenoble le 1er février; quelques jours après, il y reçut une longue dépêche du roi, en réponse à celle qu'il lui avait adressée de Lyon*. Louis XIII donnait sa
'Quatrième dépêche de Mazarin, du 14 février: «Non consumai più di tre giorni nel viaggio di Lione a Torino di maniera che alli estante vigiunsi. *
1 Voyez plus haut, chap. V, p. 201 et '202, et la note. Cette réponse de Louis XIII, qui n'a jamais vu le jour, est trop remarquable pour que nous ne la donnions pas presque en entier. Archives des affaires étrangères, Turin, 1630, t. !•', fol. 98 : « Mon Cousin, j'ai vu les deux Mémoires que vous m'avez envoies. Pour l'un, qui contient une relation succincte de ce que vous avez traité avec leMassarini (sic), je ne puis que l'approuver entièrement, les réponses que vous lui avez faites sur la suspension qu'il vous a
pleine adhésion à Jout ce qu'avait fait le cardinal ; il applaudissait à son refus d'une suspen-
proposée n'étant pas moins conformes à mes intentions que dignes de votre prudence et fermeté. En effet, je trouve qu'il est bon de demeurer constant à ne point consentir une surséance d'armes qui puisse donner moïen aux Espagnols de refaire leurs troupes que les maladies, la nécessité et la saison ont à demi ruinées, et qui puisse ôter aux miennes les avantages qu'un chacun attend de leur arrivée en Italie, sous votre conduite, ef consommer une partie des provisions de vivres que nous avons faites. Mais aussi je juge qu'il est bien à propos de témoigner que je ne suis point éloigné de la paix, pourvu qu'elle puisse être prompte, sûre et dura* ble pour les princes mes alliés et pour toute l'Italie : ce qui fait que j'approuve que vous ayez, avec la participation de l'ambassadeur de Venise, consenti à l'acheminement de mon cousin le maréchal de Créqui vers Casai, sans retarder d'un seul moment l'avancement de mes armes, ni ôter la liberté aux uns et aux autres d'agir et d'entreprendre où il sera ad visé, estimant qu'il ne doit y avoir que peu ou point d'intervalle entre les actions de la guerre et la conclusion d'un bon et sûr accommodement. — Quant à l'autre Mémoire, il me fait bien clairement connoitre les difficultés principales qui se rencontrent au secours que j'ai entrepris de donner à mon cousin le duc de Mantoue. Je veux croire que, par votre soing, ordre et diligence, vous pourrez réparer les défauts et retardements qui se sont trouvés de toutes parts au fait des vivres et des munitions de guerre ; et pour le regard des remises et irrésolutions du duc de Savoye et du prince de Piémont sur les passages de mes troupes par la Savoye et établissement des étapes, il ne se peut rien ajouter à ce que vous avez fait pour les presser; et, comme il est fort constant, ainsi que vous le jugez, que mon armée ne sauroit rien entreprendre dans l'Italie, ni même subsister dans le Piémont et Montferrat, si ledit duc ne l'assiste des vivres et commodités de ses estats, principalement pour la cavalerie, je trouve bon qu'étant à Suse, vous fassiez parler auxdits duc et prince si nettement que vous puissiez faire fondement au fait de leur intention. Et même, encore qu'ils vous promettent ce que par raison ils ne pourroient pas refuser, je remets à votre prudence de