‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 113 sur 282 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

sion d armes, et il approuvait aussi qu'il eût consenti à la démarche du maréchal de Créqui,

prendre telles précautions pour l'effet, comme seroil de s'assurer de quelque place et passage plus avancé dans le Piémont que n'est Suse, ou autrement, ainsi que vous adviserez pour le mieux, en sorte qu'il ne puisse arriver aucun manquement en ce qu'ils nous auront promis, leurs actions passées nous ayant assez fait cognoitre qu'on ne doit se fiera la parole de ces princes qu'avec de bons gages... Mais enfin, s'ils venoient à refuser les choses que je leur demande justement, et auxquelles ils sont obligés par leurs traités, et que leur malice et trahison fût telle qu'ils voulussent faire périr mou armée dans leurs eslats ou dans le Mont ferrât, à faute de l'assister des vivres et commodités qui seront en leur puissance ; en ce cas, il n'y a point d'autre parti à prendre que de venger cette injure et perfidie sur les estats du duc, ce que je vous ordonne de faire absolument, ne doutant point qu'un chacun n'approuve que j'aye usé de ce juste ressentiment contre la mauvaise foi d'un prince qui montre une si grande ingratitude aux obligations qu'il a à cette couronne, et que je lui fasse porter la peine du trouble et de la guerre qu'il a mise dans l'Italie, dont il est la cause. Cependant il importe de presser la République de Venise de munir Mantoue de toutes les choses nécessaires pour sa défense et conservation, en cas que les Autrichiens recommencent leur siège. Pour Casai, je m'en repose sur vous, étant très- assuré que vous n'y oublierez rien. De mon côté, je me prépare pour partir dans peu de jours pour me rendre à Troyes, en dessein de passer outre, selon les nouvelles que je recevrai de votre part. Voilà quel est mon sentiment sur les Mémoires que vous m'avez envoies. Je remets toutefois à votre jugement et expérience, et vous donne tout pouvoir, sans vous arrêter à ce que dessus, de faire tout ce que vous verrez sur les lieux être plus convenable au bien de mon service, au secours de mes alliés et à ma réputation ; ayant reçu jpar le passé des effets si advantageux de vos bons conseils et de votre prudente conduite, que je me promets que le succès de cette entreprise ne sera pas moins heureux et glorieux, et qu'elle adcrpitra de plus en plus l'estime particulière que je fais de votre personne et l'affection que je vous porte, qui est égale au mérite des

sollicitée par Mazarin, afin de bien faire voir que la France désirait sincèrement la paix. Mais si on ne pouvait l'avoir telle qu'elle convenait à notre honneur et à nos intérêts, le roi entendait qu'on fit la guerre sérieusement; il invitait le cardinal, s'il ne venait point à bout des irrésolutions de Charles-Emmanuel et n'en obtenait pas les sûretés nécessaires, à mettre la main sur une autre place que Suse, plus avancée en Piémont, et qui nous fût un poste meilleur, non certes pas pour faire des conquêtes dans la Péninsule, mais pour défendre nos alliés et l'indépendance de l'Italie. Il voulait même qu'en cas de quelque trahison de la part du duc de Savoie, on n hésitât pas à se venger sur ses Étals et à le traiter en ennemi. Enfin, le roi annonçait qu'au besoin il irait se mettre lui-même à la tête de son armée. D'ailleurs, il laissait le cardinal juge et maître de tout. Animé1 par ce nouveau témoignage de confiance et par cette vive expression de sentiments qui répondaient à tous les siens, Richelieu se porta en avant et fit filer des troupes sur Chambéry.

grands services que vous avez rendus à moi et à l'Estat, dont je conserverai toujours la mémoire et le ressentiment. Sur ce, je prie Dieu, mon Cousin, qu'il vous aye en sa sainte et digne garde, t- Écrit à Paris, le 6 février 1630. — Signé : Louis, contre-signe : Bouthillier. »

» Mémoires, t. V, p. 596.

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