‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 12 sur 282 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

rien à dire à cela, et il s'élança sur la roule de Rome, brûlant d'y arriver pour en revenir plus vite. 11 remit au connétable la dépêche de don Jérôme, puis, courant chez son père, il lui fit un si beau discours sur les charmes de sa maîtresse, sur sa dot, sur les avantages de toute espèce d'une telle alliance que Pierre Mazarin, bien qu'il le connût fort amateur d'hyperboles1, ne résista point et donna son consentement. Mais la joie de notre amoureux ne fut pas de longue durée. Le connétable, à qui son fils avait tout dit, fit venir le jeune homme, et, après avoir un instant badiné sur le bonheur qui l'attendait, il prit un visage sévère, et, le regardant de travers, lui commanda de ne plus songer à un aussi sot mariage, de rester à Rome, et de se remettre sérieusement à l'étude, s'il ne voulait éprouver les effets de son mécontentement. On conçoit le désespoir du pauvre amant. Il ne savait quel parti prendre; il passait de la colère à l'abattement, enfantait mille projets et y renonçait; enfin il lui fallut bien se résigner, et, pour se distraire des chagrins de l'amour, il se jeta dans le travail avec une sorte de furie.

Telle serait l'aventure' qui porta Mazarin à re-

1 Mémoire de la Rivista : • Quantunque lo conosceste amatore diperboli. • * Benedetti, comme on le pense bien, donne un autre motif au

prendre à Rome les études de droit canon et de droit civil qu'il avait commencées avec succès à l'université d'Alcala. Il est au moins certain qu'il suivit alors avec ardeur à la Sapience les leçons d'un professeur alors célèbre, nommé Cosimo Fideli. Il passait les jours et les nuits sur les livres, et en assez peu de temps il conquit le grade de docteur in vtroque jure l.

Mais Mazarin n'était pas fait pour être un homme d'école, et il étudiait bien moins par goût que pour complaire au connétable son protecteur. Le voilà donc à Rome, à vingt ans, sans autre ressource que son esprit et sans aucune vocation bien déterminée. Le sort, qui souvent choisit mieux que nous, décida de sa carrière.

C'était le temps où l'affaire de la Valteline commençait à troubler l'Italie. La maison d'Autriche, qui depuis Charles-Quint occupai

retour d'Espagne de Mazarin. Ce motif aurait été la inattendue que Pierre Mazarin était accusé à Rome d' sinat, ce qui força son fils de s'en retourner pour le déf< nous semble que si Pierre Mazarin avait donné prétext pareille accusation, les défenseurs capables de le tirer d'en en cette affaire étaient ses deux beaux-frères, l'abbé et le commandeur Bufalini, surtout les Colonna, et non pas un jeune homme obscur qui avait à peine vingt ans. Il faut dire pourtant que Benedetti est suivi en cela par Priorato.

* C'est à cette époque que le mémoire de la Rivista place le doctorat de Mazarin ; Benedetti, suivi par Priorato, le met un peu plus tard. Cette différence importe peu.

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