CHAPITRE PREMIER
trônes en Europe, dominait aussi l'Italie, qu'elle tenait par les deux extrémités, Naples et Milan. Il ne lui manquait qu'une route pour joindre ensemble l'Empire et l'Espagne, ses possessions allemandes et ses possessions italiennes, et pouvoir à son gré porter toutes ses forces de rxm^ou de l'autre côté des Alpes. Cette route était la longue et fertile vallée située entre le Tyrol, la Vénétie, le Milanais et les Grisons auxquels elle appartenait. L'Autriche brûlait de s'en emparer. Le duc de Feria, gouverneur du Milanais, y fomenta des querelles entre les protestants et les catholiques; puis, sous le masque du zèle catholique, il entra un jour dans la belle vallée, y éleva rapidement des forteresses et entreprit de s'y établir. C'en était fait du peu d'indépendance qui restait à l'Italie. Les Grisons poussèrent un cri d'à lai me, et en appelèrent à leur vieille alliée la France. Continuateur habile de la politique d'Henri IV, le duc de Luynes déclara hautement que si l'Espagne ne sortait pas de la Valteline, une armée française irait l'en chasser, et le 25 avril 1621 était signé à Madrid un traité par lequel le jeune Philippe IV, montant sur le trône et n'osant ouvrir son règne par une guerre, s'engageait à retirer ses troupes de la Valteline et à tout y remettre dans le précédent état. Mais, après la mort de Luynes, le traité de Ma-
drid * n'ayant guère été observé, il avait fallu qu'en 1623 la France, Venise et le Piémont se liguassent pour faire rendre de gré ou de force la Valteline aux Grisons, ses légitimes souverains et gardiens fidèles des défilés des Alpes*. Il y avait là une sérieuse difficulté ; deux grands intérêts étaient aux prises : la Valteline était catholique et les Grisons protestants. D'une part la domination protestante était dure, elle blessait la Valteline et avec elle toute la catholicité ; d'autre part la Valteline par ses sympathies religieuses inclinait à l'Autriche, et par elle-même elle n'était pas assez forte pour lui fermer, quand elle l'eût voulu, l'entrée de l'Italie. C'est ainsi que naquit l'idée de confier provisoirement le pays en litige à une puissance dévouée à l'indépendance italienne, capable de la faire respecter, et protectrice naturelle du culte catholique. L'Espagne consentit donc à sortir de la Valteline, ce qui répondait au vœu général, et à la mettre en dépôt entre les mains du pape Grégoire XV. Cet expédient5 paraissait tout concilier, en attendant un arrangement définitif.
. ' Pour le traité de Madrid, voyez parmi les Ambassades de Bassompierre celle d'Espagne en 1621, et le Corps diplomatique de Dumont, t. V, 2* partie, p. 595.
* Cette convention est du 7 février 1623, voyez Dumont, ibid., p. 417, et la collection des Traités publics de la royale maison de Savoie, Turin, 1836, t. I-r, p. 324.
* Traité du 14 février 1623, Dumont, ibid., p. 417-418.