CHAPITRE SIXIÈME
dée dit à Mazarin qu'il n'a pas voulu entendre Servien, parc* qu'il est assure que Richelieu persiste dans toutes ses prétentions, sans se douter de la situation où il s'est mis par sa faute. Le prince est d'avis que le cardinal-légat ne doit point risquer sa dignité et sa personne dans une entrevue inutile.
Cependant, le duc de Savoie avait expédié de Rivoli même un courrier à l'abbé Scaglia, son ministre auprès de Spinola et de Collalto. Quels ordres portait ce courrier? Selon Victor -Amédée, le duc ordonnait à l'habile diplomate de tâcher d'obtenir des deux plénipotentiaires espagnol et autrichien leur consentement à diverses propositions de Richelieu qui paraissaient justes et raisonnables. Mais Mazarin avait appris à connaître la maison de Savoie, et il ne fut pas dupe du prince. Il avait revu a Turin Soranzo, l'ambassadeur de Venise, qui, ayant été mis par Richelieu dans In secret du dernier traité fait avec le prince de Piémont, en poursuivait ardemment l'exécution. Soranzo avait écrit à Venise qu'on s'apprêtât à attaquer le Milanais par Vérone, pendant que les Français et les Piémontais réunis l'attaqueraient par le Montferrat. A Turin, il pressait Cbaries-Emmanuel de tenir sa parole, de se joindre aux Français qui marchaient sur Casai, et dans l'indiscrétion de l'es-
pérance, sans tout dire au nonce et a Mazarin, il les avait assurés que leurs affaires allaient mieux qu'ils ne pensaient, et qu'avant quatre jours ils verraient le duc de Savoie quitter sa neutralité et se déclarer pour la France- Soranzo avait donc été fort étonné d'apprendre que Richelieu rappelait son avant-garde duMontferrat; il se plaignit avec amertume que la pusillanimité du cardinal fit manquer la plus belle entreprise; il adressa à son gouvernement une dépêche véhémente contre la mobilité française; et, pour s'excuser auprès du nonce et de Mazarin d'avoir été si mauvais prophète, il leur montra celte dépêche. Il était difficile de mettre en doute la sincérité de Soranzo. D'autre part, Mazarin n'avait pas oublié les confidences que Spinola lui avait faites à Pavie sur les négociations du duc de Savoie avec l'Espagne, et sur la demande que sans cesse lui faisait Charles-Emmanuel de s'unir à lui contre les Français et de s'avancer en Piémont. Tout récemment il avait rencontré à Alexandrie l'abbé Scaglia, qui, sous le prétexte de venir faire sa cour au cardinal-légat, y traitait fort particulièrement avec le général espagnol ; et, à divers signes, Mazarin avait conjecturé que l'accord entre eux était accompli. Use souvint aussi qu'un jour Spinola lui avait dit que les Français ne pouvaient compter sur le duc de