‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 136 sur 282 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Savoie, parce que, s'ils lui offraient une partie du Milanais, qui n'était pas encore pris et ne serait pas facile à prendre, les Espagnols lui pouvaient donner une grande partie du Monlferrat qui était presque entre leurs mains. Mazarin soupçonna donc que le courrier envoyé à l'abbé Scaglia, en apparence dans l'intérêt de la paix, était au contraire un messager de guerre, et que l'abbé recevait l'ordre de presser Spinola de faire avancer son armée. De là, la subite retraite des Français du Monlferrat, leur prudente concentration et leur extrême embarras. Assurément, ce n'était pas le bonhomme Pencirole qui eût ainsi débrouillé l'énigme qui troublait et désespérait Soranzo.

Le 19 mars au matin, avant de s'en retourner à Alexandrie avertir le cardinal-légat de ce qui se passait, Mazarin alla présenter ses hommages au duc de Savoie. 11 le trouva en proie à toutes les fureurs et à tous les aveuglements de la haine. Ne sachant pas que Mazarin connaissait tous ses artifices, Charles-Emmanuel ne craignit pas d'accuser devant lui Richelieu de l'avoir trafii, et il lui répéta ce qu'il lui avait déjà dit, le 17 au soir, à Rivoli : « Dieu est juste, il veut le punir. On verra bientôt qu'il n'a fait autre chose que forger lui-même sa ruine. Charles de Gonzague est perdu, et Venise court le plus grand

*Ji LA JEUNESSE DE MAZAttlN.

danger1. » Le duc déclara même qu'il allait surle-champ chasser de Turin l'ambassadeur Soranzo, ne voulant pas garder à sa cour un ennemi. Mazarin eut beau interposer ses bons offices, il ne put apaiser Charles-Emmanuel'. Celui-ci s'appliqua à lui peindre sous les couleurs les plus noires l'injure faite au pape par Richelieu, qui s'était refusé à recevoir son neveu, le cardinal -légat, un tel personnage venu tout exprès pour plaider auprès de lui la cause de la paix5. Il voyait avec larmes la tranquillité de l'Ilalie détruite, mais il ne pouvait y apporter aucun remède. Il avait tout fait pour empêcher la guerre, et il continuerait ses efforts sans nul espoir de réussir. Il convint qu'à Rivoli les Fran-

1 Relazione : t Hà fabricato la suarovina »

1 lbid. c lo feci buoni officii, ma non impetrai cosa alcuna,» r> lbid. « Interponendosi un personagio corne il legato venuto per questo effet to, dèl quale non haveva fatlo alcun conto, scordato dalla obligatione che tiene a N. Signore et alla sua casa. » Le 18 mars, le duc écrit aussi à son fils, le cardinal-prince Maurice, qu'en vain le nonce Pencirole et Mazarin ont tenté d'arrêter Richelieu, que celui-ci n'a voulu entendre à rien et qu'il réclame obstinément l'exécution de divers articles de leur traité, entre autres celui qui prescrivait au duc de Savoie de joindre ses troupes aux troupes françaises et de fournir des vivres pour approvisionner Casai. Il demande des secours et compte en recevoir du marquis Spinola; il croit que l'abbé Scaglia a tout arrangé à cette heure avec le comte de Collalto et le général espagnol. Il n'a pas d'autre commission à lui donner que de répandre de tous côtés, surtout auprès du cardinal-légat, des plaintes sur les cruautés que commet l'armée française. Archives des Affaires étrangères, Tunis, lettres italiennes de 1630 à 1655, fol. 2, recto.

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