CHAPITRE SEPTIÈME
on dit qu'ayant rencontré, sur sa route, la garnison qui s'était rendue il la fit passer au fil de Tépée1. Il adressa à ses sujets un manifeste où il leur annonçait sa rupture avec la France, les appelait aux armes, et, mettant de côté toute feinte, revendiquait hautement les droits de sa petitefille et les siens sur le MontferratV Spinola n'hésita plus. La connaissance qu'il avait du caractère de Charles-Emmanuel et de ses doubles négociations l'avait jusque-là retenu ; il n'avait pas osé s'engager en Piémont sans des sûretés proportionnées à ses défiances. La prise de Pignerol et
Archives des affaires étrangères, Turin, 1630, t. l*r,#fol. 37G. Une feuille de Nouvelles, du 9 avril, traite de lâcheté la conduite du comte Urbain de Piossas (traduction française de Piosasco) qui, en tenant davantage, aurait donné le temps au duc de Saoie, assisté de Collalto et de Spinola, de venir délivrer Pignerol. On croit que le duc lui fera trancher la tête, à moins qu'il ne soit retenu par la considération de son fils, qui est gouverneur d'une place importante. Dans ce même volume, fol. 397, se trouve une Relation de ce qui s'est passé à Pignerol pendant tout le mois d'avril, relation mêlée de lettres et qui abonde en détails de toute sorte. Elle parait être d'un officier français très-bien informé» Ou y lit, à la date du 7 avril : « Les chefs et soldats qui sortirent de la citadelle de Pignerol, lors de sa réduction, ont élé tués par le commandement de M. de Savoie. Le gouverneur, sur ravis que Ton lui en vouloit faire autant, n'a osé entrer à Turin et est retourné en cette ville. »
2 Ibid. fol. 345: Lettera di S. Altexza Serenissima. Elle est du 23 mars. Le duc la fit traduire en français et en espagnol et la répandit partout. Richelieu y fit faire une réponse intitulée : Réponse d'un Bressan à la lettre d'un Savoyard; on la peut voir au Mercure françois, 1650, p. 112.
la proclamation du duc de Savoie le décidèrent : il entra en Piémont avec toutes ses troupes, et, Je 4 avril, il s'était avancé avec Collallo jusqu'à Carmagnole. Le duc était tout près de là, à Panealieri, adossé au Pô et faisant face aux Français répandus autour de Pignerol. Charles-Emmanuel avait retrouvé sa confiance accoutumée. Toutes ses places munies de bonnes garnisons, il avait encore dans sa main dix mille hommes d'infanterie et trois mille chevaux. L'armée espagnole était belle et nombreuse : elle se composait de quinze mille fantassins et de trois mille cavaliers. Collalto n'avait guère avec lui que ses gardes, mais il attendait de puissants renforts. Avec toutes ces forces réunies, le duc se croyait assuré de reprendre Pignerol et de chasser les Français de ses États. Il ne respirait que la guerre, et n'avait qu'une crainte, celle de voir Spinola retomber dans ses lenteurs ordinaires, et donner à une seconde armée française le temps de venir se joindre à la première. Il écrivit donc, le 6 avril, à Vienne, pour apprendre à l'Empereur ce qui s'était passé et lui demander les plus prompts secours. Cette dépêche met hors de doute la résolution de combattre les Français, au lieu de les seconder, déjà très-nettement arrêtée par le duc de Savoie, quand, le 1 7 mars, il envoyait le prince de Piémont à Casalette dire à Richelieu que la
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paix était encore très-possible et qu'il n'en fallait pas désespérer; elle montre aussi sur quoi le duc comptait le plus pour le succès de la campagne qu'il entreprenait.
Charles-Emmanuel accuse, comme toujours, Spinola d'avoir causé les malheurs de sa maison par ses perpétuelles incertitudes. Il pouvait écraser les Français entre les montagnes de Suse et les marais de Casalette, mais il n'a pas voulu agir si on ne remettait entre ses mains la moitié du Piémont1. Le voilà maintenant à Carmagnole avec une armée considérable ; tout se peut réparer, pourvu qu'il ne recommence pas à se laisser égarer par le vain espoir de la paix. On l'a prié d'écrire au duc de Friedland pour le presser d'entrer en France ; il dit qu'il ne peut le faire avant sept ou huit jours*. Charles-Emmanuel conjure l'Em-
1 Archives des affaires étrangères, Turin, 1630, 1. 1", fol. 504, le duc de Savoie au marquis de Versoix, 6 avril : • Il marchese Spinola rifiutava i soccorsi necessarii, ricusando di passare in Savoia per conservarsi alla difesa del Piemonte, e poi, quando ô stato tempo di risserrare il cardinale et il suo esercito jfrà le montagne di Susa, trattenendosi su la pretensione délie piazze, noncontentandosidi Moncalieri edi Moncalvo, ovverodi Moncalieri e délia citta d' Àlba che gli offersimo, si restrinse di volere prima Âsti e Vercelli, poi Verrua e Crescentino e finalmente Villa nova d'Asti; dal che pareva, [oltre la dissidenza manifesta, una aliénazione di voloutà et un desiderio di mendicare pretesti per lasciarci in preda degl' armi francese. »
* Ibid. i Noi, lasciando nostre fortezze ben presidiate,, possiamo giuntarsi con lui con 10 m. fanti buoni e 3 m. cavalli...
08 LA JEUNESSE DE MAZARliN.
pereur de n'écouter aucune proposition d'accommodement, et de pousser vivement la guerre dans 'intérêt même de la paix. Mais le grand secours qu'il en réclame, le seul vraiment efficace à ses yeux, c'est celui des diversions tant de fois solli; citées et promises. Richelieu se fortifie à Pignerol et s'empare de toute cette fro/itière. Une nouvelle armée française s'assemble dans la Bresse et se prépare à occuper la Savoie. Sans une diversion décisive, Charles-Emmanuel déclare qu'il est perdu et que les possessions de l'Autriche pn Italie courent les plus grands dangers1. 11 est urgent que l'Empereur donne au duc de Friedland
Il conte Col 1 alto venne conducendo seco le sue guardie, 500 fanti et 300 cavalli... Egli è poi giunto in Carmagnola alli 4 del corrente, et ha Iasciata la sua gente clf è intrata lutta alla prima tappa di questi stati in numéro di 15 m. fanti e 3 m. cavalli, bellissima gente con la quale e con la nostra potressimo ricuperar Pinerolo e Susa e far maggiori progressi se il marchese non restasse più che noi sottoposto al medesimo inganno ch' erà prima di sperare soverchiamente la pace, avvenga che non è ne
sia fundamento alcuno Ne tampoco hà voluto scrivere inAl-
satia ed al sign. duca di Friteland d1 intrare a far le diversion! nella Francia, e pur vuole differir anco questi 7 o 8 giorni. •
1 Archives des Affaires étrangères, Turin, 1630, ibid. « In tanto (Richelieu) si fortitica gagliardamente, ed aspetta nuovo rinforzo d1 altra soldatesca, godendo del beneficio del tempo il quale sarà apparecchiato d' atlacarsi la Savoia con le truppe che già sono arrivate nella Brescia... Un' altra arma ta è in procinto per attacare la Savoia, e non facendosi prontamente le diversioni tante volte sollicitate e promesse, non potremo noi fuggire Tintiera e total rovina di questi stati con poca riputazione délie loro Maestà e con évidente rischio degli stati che possedono in Italia. »