‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 172 sur 282 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

a ux portes mêmes de Turin . Ils commettaient mille actes de cruauté. A Millefleurs ils avaient saccagé jusqu'au palais du duc, et ils allaient emportant et vendant ce qu'ils avaient volé. On avait fait quelques exemples; mais ces exemples Savaient produit aucun effet; ceux qu'on a misa mort, dit Mazarin, seront les seuls qui cesseront de mal faire *. Ajoutez que la peste commençait à se répandre partout. Témoin de tant de maux, Mazarin s'attachait d'autant plus à la paix qu'elle

1 Dépêche du 24 juin : a Non so se maggior danno potevano far i nemici di quello che 1' habbiano fatto gli A le m an ni arrivati ultiraamente in questo stato;.poiche e nel passaggio e dove si sono fermât i (con tutto che in campagna) hanno senza alcun riguardo saccheggiato fin sulle porte di Torino, e con occasione che per il contaggio ognun si è ritirato a vivere nelle cascine, hanno potuto far buoni bottini usando mille atti di crudeltà. Fin il palazzo di Millefiori è stato lasciato nudo, e non si sono vergognati alcuni soldati cntrare quà dov' è il Duca vestiti con la Hvrea del Principe e vendere pezzi di parati et altro che havevano rubalo nel sudetto luogo. Se ne sono fatti morir molti, ma a mio credere solamente i morti lasceranno di far maie. » Voilà pour les Allemands. Voici pour les Espagnols ; mais nous avertissons qu'ici la source est un peu suspecte. Archives des affaires étrangères, Turin, 4630, t. H, fol. 36. Nouvelles de Piémont en italien venant évidemment d'un partisan des Français : « Li Spagnoli sono di poco valore rispetto al solito, e sono malamente vestiti, non hanno danari, e rubano ogni cosa alli paesani, il che causa è che tutto il paese esclama... La guardia del Principe al castello è di Spagnoli... Li Spagnoli sono odiati dà tutto il stato e mal veduti. Solo il Principe li honora, et il resto chiama francesi, francesi. Ogn* uno è informato délia buona giustizia che fanno li di S. M. e che

pagano ogni cosa, et air altra arma ta tutto vi è contrario ; tutto il stato desidera e prega vittoria a S. M. Cristianissima. »

s'éloignait davantage, et qu'il avait sous les yeux l'image anticipée des désolations que la guerre traîne après elle.

Pour occuper utilement les Espagnols et les Allemands, le duc de Savoie les emmena à son ancien quartier général de Pancalieri , sur les bords du Pô, avec l'intention de tenter quelque chose sur l'armée française de Pignerol. Depuis la fin de mai i le maréchal de Schomberg n'y était plus. Il avait été rejoindre, en Savoie, Richelieu, aux prises avec d'autres difficultés plus redoutables pour lui que toutes les armées de l'Empire et de l'Espagne. Le duc Henri de Montmorenci l'avait remplacé. Ce n'était ni un politique ni un homme de guerre de la force du maréchal ; mais jusque-là il avait montré une grande fidélité au cardinal, et il était cher à l'armée par sa bonne grâce, son affabilité, sa libéralité et une bravoure entraînante. Il avait aussi pour lui sa naissance et le prestige du nom de Montmorenci ; mais, il faut bien le dire, il est difficile de se moins ressembler que le connétable Anne et son petit-fils : l'un était le moins chevaleresque des hommes, d'un courage sans éclat, et n'ayant guère d'autre grande qualité qu'une ambition sérieuse, réfléchie, opiniâtre; l'autre était aimable

1 Richelieu, t. VI, p. 123 : c Le maréchal de Schomberg revint de Pignerol le 29 mai. »

et généreux, mais léger et mobile, sacrifiant aux dames, plus vain qu'ambitieux, disposition funeste en politique et même à la guerre, de la valeur la plus brillante et aussi la plus aveugle, trèspropre à un puissant coup de main, mais peu capable de conduire une armée. À peine arrivé à Pignerol, le duc de Montmorenci avait repris l'offensive ; il avait attaqué et soumis autour de Pignerol un bon nombre de petites places dont la plus importante était Chiavenne, quiavaitl'avantage de relier Pignerol et Suse, et de contenir ou du moins de surveiller la grande forteresse de Veillane où l'armée piémontaise était amassée. Les Français n'avaient guère plus de huit mille hommes1. Le duc de Savoie espéra les surprendre et leur enlever quelques-unes de leurs conquêtes. Il partit de Pancalieri, et, le 27 juin, s'avança jusqu'à Vigon, la dernière place de ce côté qui appartînt au Piémont. Charles-Emmanuel était toujours à cheval à la tête des troupes, les animant de son courage et toujours prêt à payer de sa personne. Mazarin l'accompagnait, et il assista à cette petite expédition, qu'il raconte en détail, et où nous ne le suivrons pas. L'attaque de Briqueras, conduite par un excellent officier piémontais, le marquis

1 Dépêche de Mazarin, du 24 juin : « Non essendo arrivati a Momoranci che âne reggimenti con i quali si cbce che non habbia più di 8 mil fanti. •

de Ville, pensa réussir. La garnison était malade et n'attendait pas l'ennemi. Surprise au point du jour, elle se réveille ; les officiers, en chemise et Tépéeàla main, résistent vaillamment, et on finit par se retirer dans le fort l. La petite place de Sarsenasco avait, à peine soixante hommes de garnison; elle n'était donc pas obligée de tenir contre toute une armée. Cependant le gouverneur, appelé Saint-Ange, répondit à la première sommation qu'ayant eu l'honneur de servir autrefois sous le duc de Savoie, il en avait appris à ne pas se rendre sans avoir combatlu; et sachant que le duc de Montmorenci n'était pas loin, pour lui donner le temps d'arriver il refusa d'ouvrir les portes de Sarsenasco. Il fallut l'assiéger en règle et tirer contre cette bicoque plus de soixante coups de canon. Alors seulement Saint-Ange parlementa ; on accorda la vie et la liberté aux soldats ; mais leur chef dut rester prisonnier à discrétion. Les troupes étaient furieuses de la résistance de cette poignée d'hommes et voulaient faire un mauvais parti à l'intrépide gouverneur. Il courait grand risque d'êlre pendu.

1 Dépêche de Mazarin, de Vigon, le 28 juin : « In camicia, corn' erano molli di loro, con la spada alla mano, si portano valorosamente. » Richelieu, t. VI, p. 136 : « On eut avis d'une entreprise que les ennemis avoient laite le 27 juin sur Briqueras, où la valeur des officiers qui se trouvèrent dans cette place répara la négligence avec laquelle ils s'étoient laissé surprendre. »

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