CHAPITRE SEPTIÈME
gociations 1 en lui représentant l'incertitude des chances de la guerre, et l'évident avantage d'une paix qui lui rendrait tout ce qu'il avait perdu, la Savoie, les Alpes, Suse, Pignerol, et le délivrerait à la fois des Allemands et des Français. Charles- Emmanuel était trop engagé, et sa haine pour Richelieu ne lui laissait voir que des artifices dans toutes ses propositions : le cardinal ne songeait qu'à sauver Casai et Mantoue, dont la chute était imminente, et à prévenir les formidables attaques que préparait Walstein sur lesfrontièresde France; mais, une fois ce péril passé, il reprendrait tous ses desseins à la première bonne occasion qu'il rencontrerait. Le duc de Savoie était alors tout ïi fait sous le charme des promesses de Walstein : ce qu'avait déjà fait le généralissime impérial lui répondait de ce qu'il ferait encore. Walstein lui avait annoncé que Collalto lui enverrait quatre à cinq mille hommes, et ces troupes venaient d arriver \ Il en promettait de nouvelles, et Charles-
1 Lettre de Mazarin à Spinola, de Moncalieri, 22 juin.
9 Le duc de Savoie remercie Walstein de lui avoir envoyé ce secours, lettre du 24 juin, Archives des affaires étrangères, Tuam, 1630, t. II, fol. 258 : « Ringrazio Y A. V. deir ordine ch' Ella ha dato al signor Conte di Collalto d' assistermi con maggior numéro di gente et pare al mio bisogno. Ëgli m' ha mandato 4,000 huomini, e menehà promesso sino a 12 mil in essecutione de gli ordini di S. M. et di V. A. Io non manco di solicitant l' effetto, perche il tempo preme e la raia nécessita é présente et ha bisogno diprontezza... »
Emmanuel croyait déjà les tenir. Walstein semblait tout dévoué à la maison de Savoie ; il déclarait qu'il défendrait le Piémont comme ses propres États. 11 fait de nouvelles levées. Il s'apprête à faire tête au roi de Suède s'il se montre ; en même temps une avant-garde de douze mille fantassins et de quatre mille chevaux s'avance du côté de la Champagne, et lui-même y conduira bientôt le reste de son armée l. D'autre part, la paix se conclut entre l'Espagne et l'Angleterre \ L'Espagne va donc être en état de disposer de toutes ses forces. Spinola se met à la raison : à la cavalerie qu'il a précédemment envoyée il joint un corps de quatre mille hommes de sa meilleure infanterie 5. C'en était assez pour assurer la victoire, aux yeux prévenus du duc de Savoie.
Aussi, en Piémont, tout était à la guerre. Sur les diverses routes du Mantouan et du Milanais on voyait s'avancer ces terribles alliés, aussi funestes que des ennemis, et qui ravageaient le pays sur leur passage. Les Allemands se livraient au pillage
1 Dépêche deMazarin, du 24 juin, au cardinal Barberini.
8 Ibid. « S. A. m' ha detto essere conclusa la pace fra Spagna e Inghilterra : Favviso credo che sia deir abbate Scaglia. » Mémoires de Richelieu, t. VI, p. 439 : « Le grand désir que les Anglois témoignoient aux Espagnols de venir à une paix avec eux, les enorgueillissent ; et, les délivrant de toute crainte de ce côtélà, les rendoit plus puissants à tourner toutes leurs forces contre leRoren Italie... »
5 Dépêche du 24 juin.