CHAPITRE DEUXIÈME
longue lutte, où s'entremêlèrent pendant bien des années les combats qui couvrirent de sang la haute Italie, et ces négociations compliquées dans lesquelles, en un rang assez longtemps subalterne, lé jeune Mazarin montra d'abord les diverses qualités qui depuis ont fait sa fortune.
Cette importante affaire, si simple aux yeux de la raison et de l'équité, a été si fort obscurcie par l'intérêt et la passion qu'elle a besoin d'être de nouveau brièvement exposée.
Le marquisat devenu plus tard le duché de Mantoue appartenait depuis longtemps à la mai* son de Gonzague, et l'empereur Sigismond, de qui relevait le Mantouan comme la plus grande partie du nord de l'Italie, en faisant les Gonzague souverains, leur avait donné, par son décret même d'investiture de 1432, pour loi de succession le droit de primogéniture dans la ligne masculine1. Lorsqu'un siècle après, en 1531, Frédéric de Gonzague, premier duc de Mantoue, épousa la fille du marquis de Montferrat qui lui apporta ce marquisat en dot, l'empereur Charles - Quint maintint cet ordre de succession, car on le maintenait en déclarant que les filles seraient aptes
1 Voyez tout ce décret dans un ouvrage français attribué, non sans fondement, à Abel Servien, et qui est intitulé : Recueil de diverses relations des guerres d'Italie es années 4628, 1629, 1630 et 1631, in-4°, à Bourg en Bresse, par Jean Bristot, MDCXXXII.
aussi à succéder, mais seulement à défaut des mâles. Le fils aîné de Frédéric, François de Gonzague, hérita des deux couronnes de Mantoue et de Montferrat confondues en une seule. Étant mort sans enfants il eut pour successeur sans contestation aucune son second frère Guillaume. Si donc celui-ci était mort aussi sans enfants, il eût eu également et au même titre pour successeur son troisième frère, Louis de Gonzague, le décret primitif d'investiture contenant à cet égard l'article le plus net et le plus catégorique : « Venant à manquer la tige des aînés, et aînés des aînés, nous voultëfts qu'en ce cas le puîné mâle, né pareillement en légitime mariage, succède et ses enfants successivement, et ainsi des autres puînés et cadets, l'un après l'autre, au même ordre et façon des aînés. » Mais on n'eut pas besoin de recourir à Louis de Gonzague : le .duc Guillaume avait laissé un fils ; en sorte que le prince Louis inutile à Mantoue vint s'établir en France où il acquit le duché de Nevers qu'il transmit à son fils Charles.
Le fils du duc Guillaume, Vincent Ier du nom, laissa trois fils et deux filles, dont l'aînée fut mariée à Henri duc de Lorraine. Tout naturellement, il eut pour successeur l'aîné de ses fils, François de Gonzague, lequel épousa Marguerite de Savoie, fille du duc de Savoie, Charles-Emma-