CHAPITRE DEUXIÈME
nuel; maïs il n'eut d'elle qu'une fille, nommée Marie. Ainsi lorsqu'il mourut en 1612 sans enfant mâle, Tordre de succession appelait à lui succéder de plein droit son second frère, Ferdinand de Gonzague, comme auparavant Guillaume avait succédé à son frère aîné le premier duc François. Mais le duc de Savoie éleva une difficulté inattendue. Charles-Emmanuel reconnaissait bien la permanente primauté du droit des mâles pour le duché de Mantoue, mais il soutenait que le Montfer rat, étant venu au Mantouan par les femmes, était un fief féminin, et il le réclamait au nom de la fille du feu duc François, la princesse Marie, qui était sa petite-fille. En vain le sens commun et l'équité répondaient que le Mon tferrat, de quelque manière qu'il fût entré dans le Mantouan, y était incorporé depuis un siècle, que l'accessoire une fois lié au principal en suivait le sort, et qu'il n'y avait plus qu'un seul pays, un seul duché, un seul droit. Loin de se rendre à ces raisons, le duc de Savoie les combattit avec laplume et avec Fépée. A la mort du dernier duc François, à la fin de Tannée 1612, il publia une déclaration solennelle où il revendiquait le Montferràt1, et sur-le-champ il Tenvahit et l'occupa. 11 fallut que TEspagne et la France, alors assez désintéres-
1 Déclaration du due de Savoye des drotcts qu'il a au marqui* aat de Montferràt, etc. Turin, 1613.
sées pour être justes, contraignissent Charles* Emmanuel à se retirer du Montferrat et à laisser Ferdinand succéder à son père.
Le principe du droit des mâles sur le Mantouan tout entier semblait si bien établi que Ferdinand étant décédé sans enfants, son autre frère, le troisième fils de Vincent Ier, ne rencontra point d'obstacle pour recueillir son héritage, et que le duc de Savoie n'osa faire entendre aucune réclamation. Vincent II était donc monté après ses deux frères sur le trône ducal de Mantoue, le 29 octobre 1626. Mais dès Tannée suivante, accablé d'infirmités et n'ayant pas d'enfants, sa succession était en quelque sorte ouverte.
La branche ainée des Gonzague allant s'éteindre, la couronne revenait évidemment, d'après l'article précité du décret d'investiture de l'empereur Sigismond, à la branche cadette dont le représentant vivant était Charles de Gonzague, fils du prince Louis troisième fils du duc Frédéric et oncle de Vincent IL le droit du duc Charles était incontestable;, mais comme ce droit donnait Mantoue à un prince qui s'appelait en France duc de Nevers, l'Espagne, sans le rejeter tout à fait, accueillit aussi la demande d'un autre parent de Vincent II, d'un degré bien plus éloigné, le duc de Guastalla, qui était tout à fait dans sa dépendance, et l'aurait rendue presque aussi puissante