‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 214 sur 282 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

épreuve sur le but, et d'une souplesse infinie sur les moyens. 11 était profondément convaincu que la guerre élait contre l'intérêt de lous et n'avait pour elle que des passions aveu* gles. Donner la paix à la malheureuse Italie» en attendant qu'il la donnât deux fois à la France et à l'Europe, à Munster et aux Pyrénées, c'est là la grande lâche qu'il se proposait c'est sur cette carte qu'il avait mis et qu'il jouait volontiers toutes ses espérances. Il avait aussi , comme tous les hommes d'action, une assez grande confiance en lui-même : il comptait sur cet art de persuader, de manier les esprits et les cœurs, qui déjà lui avait valu plus d'un succès. 11 se liait à la loyauté de Spinola; il croyait avoir trouvé lé secret de ses irrésolutions passées, et qu'une fois l'honneur et l'amour-propre du vieux guerrier satisfaits par l'assurance d'avoir bientôt entre ses mains Casai, il n'hésiterait plus à suivre ses. intentions pacifiques. Une heureuse expérience lui donnait un juste sentiment de l'ascendant qu'il exercerait sur Victor- Amédée. Voilà pourquoi, en cette conjoncture décisive, Mazarin risqua tant, dans le désir passionné d'atteindre enfin cette paix qu'il poursuivait depuis si longtemps et qui lui échappait toujours. Telle fut, en 1650, la dernière entrevue des

deux grands diplomates. Avant de se séparer, Ri-

si

chelieu fit promettre à Mazarin qu'aussitôt arrivé en Italie il lui ferait connaître le résultat de la conférence projetée entre les deux plénipotentiaires d'Espagne et d'Autriche et le duc de Savoie, et qu'alors même que cette conférence n'aurait pas lieu il lui écrirait encore pour l'avertir de ce qui se passerait. Mazarin s'y engagea. Le 4 août il quitta Saint-Jean de-Maurienne, et l'espoir du succès lui donnant des ailes il franchit rapidement le Cenis pour se rendre auprès de Victor- Amédée. Mais déjà il venait de remporter un triomphe qui lui en promettait bien d'autres: il avait vaincu les violences, les ombrages, les soupçons de Richelieu; il avait amené le plus grand homme d'État qu'il y eût en Europe à suivre ses conseils et à accepter les dures mais salutaires propositions qu'il lui apportait. Quelques jours auparavant, le 14 juillet, il avait accompli sa vingt-huitième année.

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