‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 216 sur 282 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

qu'il vient de conclure, et le combat presque commencé est prévenu. Le lendemain, 27 octobre, le traité improvisé la veille est signé ; la citadelle et la ville de Casai sont rendues au duc de Manloue ; peu à peu le M ontferrat est évacué par tous les étrangers, et l'Italie sauvée de la guerre qui la menaçait. Immense honneur que cette action fait à Mazarin : elle couronne avec éclat les succès de sa jeunesse, et l'introduit sur la scène de l'histoire.

Parti de Saint-Jean-de-Maurienne le 4 août, Mazarin passa de nouveau le mont Cenis; et, afin d'atteindre plus vite le duc de Savoie qu'il avait laissé à Saviglian, au lieu de prendre à Suze la grande route de Turin et d'aller ensuite rejoindre aisément ce prince en descendant le Pô, il aima mieux se jeter dans des chemins de traverse mal sûrs mais plus directs. On lui offrit à Suze une escorte; il la refusa, et, accompagné du seul trompette que lui avait donné Richelieu1, il s'avança comme il put, à cheval, au milieu d'un pays désolé par la peste, occupé et parcouru ça et là par des troupes de toute nation. La pensée qu'il portait avec lui la paix lui fit faire une telle diligence qu'en un jour il parvint de Suze à Carignan, où on lui dit qu'était Victor-Àmédée. Mais pendant cette course rapide il rencontra plus d'un danger, et partout le plus triste spectacle s'offrit à

* Arch. des aff. étrang., Turin, 1630, t. III, août-septembre,

fol. 60, lettre du 6 août de Mazarin à Bagni : « Per passar piïi

speditamente, non volli tardare a ricevere accompagnata di soldati

aSuza... » Dépêche du même jour àBarberini: a Havevo

meco un trombetta délia guardia del Re Cristianissimo... »

ses yeux. La peste était dans toute sa violence, à tel point qu'en moins de deux mois les deux années perdirent de vingt-cinq à trente mille hommes. Ni villes ni campagnes n'étaient épargnées. A chaque pas on apercevait des paysans et des soldats qui gisaient étendus morts ou près de mourir. Les rues et les maisons retentissaient de gémissements. Cette mort qui pouvait vous saisir à tout moment effrayait bien autrement que celle du champ de bataille. L'intrépide duc de Savoie était contraint de se condamner à toutes sortes de précautions, et la jeune duchesse, retirée dans son palais de Cherasco, faisait faire quarantaine à toute sa maison1, Mazarin, quoique passant continuellement et forcé souvent de s'ar-

1 Dépêche à Barberini du 6 août : «... La contagione è furiosissima'e sparsa per tutto il Piémont e. » Dépêche au même du 25 août : <r ... Pancalieri e Virle mi si presentano cosi horridi, merce alla quantità de' paesani e soldati morti et in procinto di farlo, gridando feriti dal contagio chi quà chi là per le strade e dentro le case, che certo non credo possa vedersi cosa più spa* ventevole... E cosa maravigliosa ma certa che di queste due armate dà due mesi si sono disfatte sopra 26000 perso ne... essendosi fin fatta sentire (la peste) nel palazzo di Madama a Cherasco, di dove perciô si è ritirata, facendo far quarantena à tuttala sua famiglia... » Un écrivain italien du dix-septième siècle, historiographe de la maison de Savoie, l'abbé don Valeriano Castiglione, dans une histoire inédite de Victor-Amédée Iw, qui se trouve aux archives de la cour à Turin, et dont M. le comte Sclopis a bien voulu nous communiquer quelques fragments, ne fait pas une peinture moins

sombre des ravages qu'exerçait alors la peste: « Il duca di

Savoia, vivendo in un continuo sospetto d'infettarsi, faceva padi-

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rêler dans des lieux infectés, eut le bonheur d'échapper à la contagion. iMais, près de Veillane, le trompette français qui était avec lui le fit prendre lui-même pour un Français, et des soldats allemands et piémontais qui faisaient partie de la garnison de la place, se jetant sur lui à limproviste, manquèrent de l'assassiner1. Il eut grand'peine à se tirer de leurs mains. On dit même qu'aux environs de Carignan, dont les Français venaient de s'emparer, il fut pris et fort maltraité par un soldat que le mal avait rendu furieux*. Toutes ces aventures dont il sortit heureusement, loin de l'intimider, lui

glione il suo cocchio. Tutto era pieno di spavento e cThorrore, più per la morte domestica che per la miiitare. La faccia in somma délie cose troppo si vedeva funesta e lagrimevole, contandosi la perdita dei soldati nelF uno e nell1 altro esercito al numéro di ben trenla mila... »

1 Dépêche du 6 août à Barberini : n ... Non voglio lasciar d'accennarle che dà Suza a questo campo in un giorno ho corso molli per i col i di essere assassina to dà Tedeschi e soldati del duca, che credendomi Francese, ai confini d'Avigliana, mi fecero un' imboscada dalla quale non altro che Dio fhi liberô... » Lettre du même jour à Bagni : « Affrettai il mio ritorno quà con tanta diligenza che m'ha dovuto costar la vita... verso Avigliana diedi in una in> boscada dalia quale essendo creduto per Francese fui cosi vicino a perdermi che posso dire che Dio mi préservasse... »

8 Cette anecdote nous est fort suspecte ; car, si elle était vraie, Maiarin n'eût pas manqué d'en parler à Barberini ouà Bagni ; mais elle se trouve dans l'histoire inédite de Viclor-Amédée, et l'abbé Casliglione ne dit guère que ce qu'il a vu ou entendu dire autour de lui : « ... Non riuscl in quei tempi leggiero il pericolo corso dalMazarini, ministro délia sospensione d'à r mi, mentre che, neW

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parurent de bon augure. « Dieu seul, écrit-il au cardinal Barberini, a pu me sauver, et j'en tire cette espérance qu'il me viendra encore en aide dans une affaire qui intéresse son service1. »

Jl avait trouvé le duc de Savoie campé de l'autre côté du Pô, eu face de Garignan tout récemment occupé par les Français. Le duc était encore maître du pont qui unissait les deux rives; en sorte que par là, avec sa nombreuse armée répandue dans la plaine et composée de Piémôntais, d'Espagnols et d'Allemands, il pouvait à chaque instant se porter sur l'autre rive, frapper quelque grand coup, et au besoin se retirer dans un lieu sûr et bien retranché. Les ingénieurs espagnols avaient à la hâte fortifié ce pont jusque sous les murs de Carignan, construit une demi-lune, et même armé deux îles du Pô si- . tuées à droite et à gauche. L'armée française était ainsi tenue en échec, et elle ne pouvait

arrivar ch'egli fece aile trincere sollo Carignano, fermalo dà corridori francesi, finchè data ne fosse parte al générale e riconostiuta la di lui persona ; perciochè passeggiando egli ail" ombra di alcuni alberi, afflitto dal viaggio e travagliato dà calori estivi, venne diraproviso assalito dà un fantaccino, ilquale agitatodal furoredel morbo conlagioso, non solo colpillo con una pietra nel ginocchio destro, ma strettamente lo abbracciô cadulo in terra, loltù seco, e maie lo trattô con doppîo pericolo délia \ita. •

* Dépêche du 6 août à Barberini : « ... Dà cbeprendo animo a dover haver fortuna in qualche cosa di suo senritio. .. »

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