CHAPITRE NEUVIÈMF
faire un pas du côlé de Casai sans s'exposer aux plus grands dangers. Grâce à Dieu, à force de soins et de sages exhortations, Richelieu était parvenu, en caressant l'amour-propre de Montmorenci et en retenant l'impétueux d'Effiat, à diminuer au moins leur mésintelligence ; et d'Effiat ayant proposé de sortir de cette situation embarrassée et de donner une nouvelle leçon au duc de Savoie, on avait fini par se ranger à son avis. Le 6~août, au déclin du jour, pendant que les principaux officiers espagnols, ne se doutant pas de ce qui se passait à Carignau, visitaient les fortifications de la tête de pont, et admiraient les rapides travaux de leurs soldats, deux colonnes françaises, conduites par Montmorenci et d'Effiat en personne, se précipitent tout à coup sur les deux côtés de la demi-lune, y pénètrent, balayent devant elles tout ce qu'elles rencontrent et refoulent l'épée dans les reins les troupes qui gardaient ce poste. Celles-ci en fuyant font obstacle aux troupes nouvelles qui s'avançaient pour les soutenir, et les unes et les autres reculent en désordre. Bien des Espagnols de marque sont tués ou pris ou jetés dans le fleuve. Don Philippe Spinola lui-même ne dut la vie qu'au dévouement de plusieurs de ses officiers qui lui fireot violence pour le tirer de celte sanglante déroute. Le poiit presque en entier resta au pouvoir des Français,
ainsi que loi^s les ouvrages de défense et d'altatjue qu'on avait élevés contre eux, el qu'ils tournèrent contre l'ennemi. Cette action hardie et vigoureuse imprima à l'armée du duc de Savoie une terreur profonde : le drapeau français avait retrouvé en Italie l'auréole de la victoire de Veillane1.
Mazarin mit à profit la défaite que venait d'essuyer Victor-Amédée, pour lui faire mieux comprendre quels redoutables adversaires étaient les Français, et qu'ils pouvaient aisément lui devenir de très-sincères amis, puisqu'ils n'avaient pas en Italie un seul intérêt opposé aux siens, tandisque sa juste ambition et celle de TAut riche étaient à jamais incompatibles. L'Espagne et l'Empire, après l'avoir poussé dans le précipice, semblaient l'y
1 Voyez Mercure françois, 1630, p. G 71, la relation détaillée de ce combat ; voyez aussi une relation presque semblable dans Richelieu, t. VF, p. 2^8, etc. 11 y en a une autre de Montmorenci du 6 août, le jour même de l'affaire, Àrch. des aff. étrang., Turin, 1030, t. III, août-septembre, fol. T2. Après tous ces récits, celui de Mazarin est encore précieux, parce qu'il vient du côté de l'ennemi. Dépêche déjà citée de Mazarin à Barberini, du 6 août : « Su limbrunir délia sera, inentre la mnggior parte degli ufficiali di questo essercito era di là del Po a vedere le fortification! che con molta diligenza s'andavano perfettionando, i Francesi, format o uno squadrone volante di circa 800 huomini, per quanlo si è inteso e potei vedere, si son condotti quasi air improviso dà due parti ad atlaccar quei posti con raolto coraggio, oude dû prima e chi dopo, tanto i Spagnuoli quanto i Tedeschi et Italiani che v'eranc, si son posti in fuga... Ritirandosi con furia per il ponte, diedero lerrore alli stessi soMati et animo agli altri, «