‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 37 sur 282 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

On aurait pu croire que le duc de Savoie, après avoir acquis la ville et la forteresse de Tri no, avec divers autres domaines et des revenus considérables dans le Montferrat, se tiendrait tranquille et remplirait loyalement les engagements solennels qu'il venait de contracter. L'année 1629 n'était pas à moitié écoulée, Louis XIII et Richelieu avaient à peine quitté l'Italie, que Charles-Emmanuel, irrité et humilié de sa défaite, et nous voyant loin de lui aux prises avec les protestants et le duc de Rohan dont il connaissait les desseins et les forces, crut le moment favorable pour nous trahir et secouer le joug des traités de Suse. Non-seulement il n'intervint pas auprès de l'Empereur pour que celui-ci accordât au duc de Mantoue l'investiture de ses États, mais il fît tout le contraire ; il renouvela sous main sa première alliance avec le roi d'Espagne et avec l'Empereur, et tous ensemble, blessés dans leur ambition et surtout dans leur orgueil, animés du même sentiment, la haine de la France, formèrent une conspiration ténébreuse qui peu à peu finit par paraître et par mettre, en 1630, la haute Italie tout entière à feu et à sang. Richelieu, qui suivait d'un œil attentif les intrigues souterraines du duc de Savoie, n'hésite pas à le donner comme le principal artisan des nouveaux troubles. Laissons-le parler lui-

même dans son langage un peu rude, mais plein de force.

« Le duc de Savoie, dit-il1, étoit. le principal boute-feu de cette guerre; il n'avoit traité avec le roi que l'épée à la gorge, et crevoit de dépit d'y avoir été forcé. . . Ayant toujours grandement affecté la vanité d'être estimé avoir entre ses mains la paix et la guerre d'Italie à cause de ses passages qu'il donnoit à entendre ne pouvoir être forcés, il ne pou voit se remettre de ce que le roi avoit détrompé le monde de cette créancelà... Il avoit le premier animé l'Empereur et demandé d'être lieutenant général de ses armes en Italie, et lui donnoit avis et invention d'attaquer la Bourgogne, la Bresse ou la Champagne et les évêchés. En Espagne, il avoit fait le même par les quatre évangélistes * qu'il y avoit... D'Angle-

1 Mémoires de Richelieu, t. V, p. 233. — Il est à remarquer que Benedelti n'est guère moins sévère que Richelieu envers le duc de Savoie, p. 22 : « Il fuoco veniva tanto maggiormente accalorato dalle sagaci et artificiose manière di Carlo Emanuel duca di Savoia, che con la mira di dilatare il suo stato nel Mon ferra to, e con la speranza di poter rendersi arbitro di quelle armi, con varie e ben sovente fra se stesse contrarie risoluzkmi, pose il suo stato in grandi contingenze e dannosi pericoli. » — Brusoni, dans son Supplément à l'Histoire d'Italie, dédié au petit-fils de Charles-Emmanuel, tout en ménageant le duc de Savoie, est bien forcé, pages 154-155, de blâmer aussi ses desseins hasardeux, c suoi precipitosi consigli, » et il l'appelle « principale ar-

hitelto congli Spagnuoli délie turbolenze... » etc.

2 On appelait ainsi les quatre envoyés du duc de Savoie, parce

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