CHAPITRE QUATRIÈME
les plus propres à les persuader. Selon leurs Altesses, je pouvais dire en toute sincérité aux deux généraux bien des choses qui étaient suspectes dans la bouche de leur ambassadeur, par exeinple Y imminente arrivée des Français, que m'annonçaient les ministres de France et le nonce apostolique à Paris, Monseigneur de Bagni. En supposant que je ne pusse obtenir le délai sollicité, je devais insister pour qu'on n'entrât que dans le Mantouan et non pas dans le Montferrat où il y avait des troupes françaises. Si cela même m'était refusé , je devais demander au moins qu'on n'attaquât pas dans le Montferrat les postes occupés par les Français, ^n sorte qu'aucun acte d'hostilité ne fût commis avant la réponse du roi très-chrétien. Ce jour même le duc de Savoie dépêchera un courrier à Paris, portant l'ordre au président de Montfalcon de se concerter avec Monseigneur le nonce et de travailler en commun à persuader -au gouvernement français d'envoyer des pleins pouvoirs à quelqu'un de ses ministres en Italie. Moi-même je ferais bien d'écrire à ce même nonce et de lui suggérer les diverses raisons à faire valoir auprès de la cour de France. Me conformant donc à cette invitation, je me hâtai d'écrire au prélat et de lui exposer toutes choses en grand détail, le suppliant de vouloir bien m'avertir des
difficultés qu'il rencontrerait, afin que je puisse les aplanir. »
N'oublions pas de dire qu'avant de quitter Turin , Mazarin reçut du duc de Savoie une marque de considération à laquelle il ne pouvait pas n'être pas très-sensible. Il y avait eu une dernière conférence, où on avait rédigé une note en faveur de la suspension d'armes, et Charles-Emmanuel avait voulu que Mazarin fît partiede cetle conférence eh qualité de représentant du Saint-Siège1. Cette note, remise au maréchal de Créqui, fut adressée par lui à Richelieu, et c'est à cette occasion que pour la première fois on rencontre dans les Mémoires du Cardinal, mentionné sans éloge ni blâme et avec l'impartialité de l'indifférence, le nom encore obscur du jeune chargé d'affaires pontifical*. Tout au contraire, l'illustre ministre était depuis quelque temps l'objet constant des pensées de Mazarin. Il sentait que la paix et la guerre étaient
1 Dépêche du 28 octobre : c In tanto devo dire à V. S. lllustrissima che, doppo mille conlrasti, si forma una scrittura nel congresso che fù fatto, nel quale S. Alt. si compiacque che io vi intervenissi. »
1 Mémoires, V, p. 295 : t Le dessein du duc de Savoie étant de se conserver neutre autant qu'il lui seroit possible, il fit des propositions d'accord, et lui et le sieur Mazarin, qui s'entremettait de la part du Pape, pressèrent le maréchal de Créqui d'y entendre, » Le Mercure (rançois ne parle de Mazarin qu'un peu plus tard.