‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 75 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

se montrant récalcitrant, le duc fournira lui-même un juste motif d'entrer dans ses États; et quant à la restitution de Suse, il sait très-bien que le traité conclu en cette ville lui impose des conditions dont l'accomplissement doit précéder la restitution qu'il sollicite. Dans le reste de la dépêche, le roi se complaît à rappeler tous les avantages que Son Altesse aurait trouvés dans l'exécution du traité de Suse, tout ce que la France avait déjà fait pour lui et tout ce qu'elle souhaitait faire encore dans l'intérêt de la grandeur de sa maison. »

« Cette lettre du roi, reprend Mazarin, me donne à penser que M. Marini n'a pas demandé à sa cour de pleins pouvoirs pour le maréchal de Créqui, mais pour lui-même, ce qui se tire de ces paroles précises : Je ne vous adresse point le pouvoir que vous m'avez demandé. M. l'ambassadeur me montra d'autres lettres de conseillers d'Etat de ses amis, lui disant toutes que le roi et le cardinal de Richelieu sont fort bien portés pour la paix, mais qu'ils sont aussi très-décidés à la guerre s'ils ne peuvent faire la paix avec honneur. M. de Bullion1 lui mande que les Espagnols traitent sérieusement en Flandre pour obtenir une trêve, et qu'en Angleterre ils offrent au

1 Le futur surintendant des finances

roi Charles de remettre son beau-frère le Palatin en possession de ses États. C'est peut-être pour endormir le roi d'Angleterre1 ; Son Altesse m'assure pourtant que la promesse est sérieuse et sera accomplie. On écrit de Paris que l'affaire de Monsieur est prft de s'arranger, et on s'étonne que le duc de Savoie n'aime pas mieux être le client d'un roi de* France que celui d'un duc de Milan. »

Enfin voici les dernières instructions que le duc de Savoie et le prince de Piémont donnèrent à Mazarin avant son départ de Turin, et par lesquelles se termine l'importante dépêche que nous analysons.

« Je finis en disant à Votre Seigneurie illustrissime qu'ayant été appelé chez le duc de Savoie, avec lequel je trouvai le prince de Piémont, Son Altesse me dit que je devais retourner à Milan le plus tôt possible, que son ambassadeur aurait l'ordre de s'entendre avec moi, et que tous deux, ou ensemble ou séparément, selon que nous le jugerions convenable, nous devions faire tous nos efforts auprès du marquis Spinola et du comte de Collalto pour qu'ils différassent de quelques jours d'entrer dans le Mantouan et dans le Montferrat, en leur en donnant les raisons

1 Dépêche du 8 octobre : « Forse per addormentarlo. » Le jeune diplomate y voyait plus clair que le vieux duc.

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