‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 78 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Ainsi deux importants objets étaient recommandés à l'intelligente activité de Mazarin : veiller à ce qu'il nç se commit aucun acte d'hostilité qui fit éclater la rupture que Von craignait, et hâter l'arrivée des pleins pouvoirs nécessaires à l'ouverture des conférences espérées.

Les troupes espagnoles qui gardaient la frontière milanaise s'étaient, en ces derniers temps, à la faveur de l'élat indécis où en étaient les affaires, quelque peu avancées sur divers points du Montferrat, et se trouvaient en face des troupes du duc de Mantoue, soutenues par les Français qui, sous le comte de Toiras, occupaient la forteresse de Casai, tandis que le jeune duc de Mayenne commandait dans la ville et ailleurs au nom de son père. Il n'était pas facile de prévenir un conflit entre tant de gens de guerre accumulés sur ijn assez petit espace. Poussé par Mazarin et par Pabbé Scaglia, ministre du duc de Savoie, Spinola envoya sur les lieux son fils don Philippe proposer cet arrangement, que les Français ne sortiraient pas de leurs positions et que les Espagnols ne les attaqueraient point. Le maréchal de Créqui répondit officiellement que les Français étant là au service du duc de Mantoue, c'était à celui-ci et à son fils d'en décider ; mais il écrivit en secret à Toiras d'éviter, autant qu'il le pourrait sans compromettre l'honneur

militaire, toute rencontre avec les Espagnols1. Les choses se passaient donc assez bien de ce côté, grâce aux loyales intentions de Spinola et à la prudence de Créqui, Mais on n'avait pu faire entendre raison à Collalto et à ses Allemands. Dès leur entrée en Italie, il y avait eu plus d'une escarmouche, vers le lac de Lecco, entre l'avantgarde autrichienne et les postes avancés des Vénitiens1. Puis, une fois dans le Milanais, Collalto s'y était peu à peu répandu ; il avait, une nuit, traversé TOglio, et s'était jeté sur le territoire d'Ostiana, prèsd'Asola et de Caneto5, territoire qu'il prétendait relever de l'Empire*. Enfin, malgré toutes les promesses qu'il avait faites au chargé d'affaires du Saint-Siège, le général autrichien venait tout récemment d'entrer dans le Mantouan, et d'envahir ses belles et riches campagnes. Que pouvait faire Mazarin, sinon de conjurer, autant qu'il serait en lui, des représailles très-justes en elles-mêmes, mais qui auraient ruiné toute espérance de paix? Il engagea le nonce apostolique de Venise à bien faire entendre à la République qu'il lui importait d'autant plus d'ordonner à ses troupes de rester dans les forteresses qu'elles

1 Dépêche du 14 octobre.

* Dépêche du 15 septembre.

1 Nous supposons que le lecteur a sous les yeux une carte détaillée du nord de rilalie.

4 Dépêche du 23 septembre.

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